MONŒCIE — POLYANDRIE
Les feuilles vertes du chêne à grappes sont une excellente nourriture pour les bestiaux ; les bœufs et les vaches en sont tres friands, les brebis et les cochons les mangent avec avidité. Cette nourriture pourrait préserver ces animaux des maladies putrides et les guérir de la diarrhée et de la dysenterie. Les feuilles sèches sont une ressource pour les fumiers ; on les ramasse pour les faire pourrir dans les cours et sur les chemins.
Il existe dans les différentes parties du chêne, comme dans les autres végétaux dont la saveur est astringente, un acide connu sous le nom d’acide gallique. Cet acide a la propriété de s'unir au fer dissous dans quelque menstrue et de le précipiter sous la forme d'une poudre noire. Cette propriété fournit plusieurs moyens de teindre en noir et de faire de l'encre. Les substances ordinairement employées sont les galles et le sulfate de fer vulgairement connu sous le nom de couperose.
Les galles sont des excroissances qui se forment très fréquemment sur les chênes à l’occasion de piqüres de quelques insectes de l’ordre des hyménoptères et ordinairement du genre cynips ou du genre ichneumon. Les femelles de ces insectes sont armées d’un aiguillon placé vers l'anus : elles s’en servent pour percer différentes parties des végétaux et elles déposent tout de suite un œuf dans cette ouverture. Le suc qui coule de cette blessure enveloppe l'œuf, se durcit et prend une forme déterminée suivant l'espèce du cynips. L'’œuf vient à éclore dans l'intérieur de la galle ; la larve qui en provient se nourrit de la substance de cette galle ; lorsque l’insecte a subi toutes ses métamorphoses, il perce l'enveloppe et s'envole pour s'occuper du soin de sa reproduction. Parmi ces différentes galles, les unes sont placées sur les feuilles, d’autres sur les pétioles, d’autres sur les pédoncules, d’autres sur les boutons. Il y en a qui sont semblables à des pommes. Celles qui sont sur les boutons ressemblent à de petits artichauts ; quelques-unes sont globuleuses, lisses et anguleuses. Telles sont les galles du commerce, qui nous viennent du Levant et qui sont préférées pour teindre en noir et pour faire de l'encre.
Les forêts qui couvraient anciennement les Gaules étaient réduites avant la Révolution aux bois possédés par les gens de main-morte, par les communes et par les grands propriétaires. Les acquéreurs de biens nationaux ayant coupé les arbres au pied pour payer, souvent même avec profit, le prix de leurs acquisitions, et les bois des communes ayant été dévastés par la crainte de voir les biens communaux déclarés nationaux, les bois de chauffage et de construction sont devenus très rares, excessivement chers, et la génération prochaine est menacée d’une disette absolue de bois. La culture du chêne promet donc aux propriétaires des revenus considérables. Les maires s’empresseront de repeupler les bois communaux ; ils feront planter des chênes sur toutes les places publiques et sur les bords des chemins. Les particuliers convertiront en bois tous les terrains qui, par leur mauvaise nature ou par leur exposition au nord, sont impropres à la culture de la vigne ou des plantes céréales. Les préfets favoriseront ces plantations par l’établissement de pépinières dans les chefs-lieux d'arrondissement. Des arbres droits
et vigoureux, élevés dans les pépinières, réussiront toujours mieux que des arbres languissants et difformes, pris au hasard dans les haies ou dans les taillis. Ce mauvais choix et l'usage trop général de creuser des fosses trop profondes pour la plantation des chênes et de les butter font périr les quatre cinquièmes des arbres plantés de cette manière. En effet les racines du chêne à grappes s'étendront horizontalement sous la surface du terrain : les placer trop profondément, c’est les priver d'air, de lumière et de l'humidité entretenue par les rosées et par les petites pluies si salutaires pendant l'été. Si l'argile est près de la surface, chaque fosse est un petit bassin dans lequel l'eau croupit pendant l'hiver. C’est ainsi que la sècheresse pendant l'été et l'humidité dans les autres saisons font périr le plus grand nombre des arbres plantés. Ceux qui résistent à ces deux causes de destruction languissent pendant longtemps et ne paraissent bien vigoureux que lorsque le collet de la racine a poussé des ramifications sur la surface du terrain. Nous conseillerons donc aux planteurs de ne jamais pénétrer dans l'argile et de s'éloigner peu de la surface du terrain en creusant la place d’un chêne, de râtisser les bonnes terres des environs pour couvrir les racines, de s'abstenir de les butter et de prendre toutes les précautions nécessaires pour les garantir de la dent des bestiaux et des accidents imprévus.