‹ Flore des calcaires de CélasChapitre 13 sur 47 · MONOCOTYLÉDONES · texte numérisé non relu

MONOCOTYLÉDONES

Si ce n'était la remarquable famille des Palmiers, ce groupe important de végétaux, serait mal représenté dans les flores tertiaires jusqu'à présent décrites, nous ne voudrions nullement laisser supposer ici que ces plantes n'aient pas jou d'une extension considérable dans les temps géologiques, elles devaient former, au contraire, des pâturages importants et jouer dans le paysage un rôle que malheureusement il ne nous est pas permis d'analyser, puisque nous ne possédons aucun document qui nous y autorise.

Les fragments conservés dans les couches sont généralement insuffisants, méme pour justifier les nombreuses espèces que l'on a créées.

Ce sont, la plupart du temps, des organes appendiculaires de plantes aquatiques qui fréquentaient les bords des lacs, dressant sur les eaux leurs feuilles rubanées constituant des toufles de verdure auprés desquelles s'épanouissaient les éclatantes fleurs des Nymphoea.

Nous ne visons ici que ces restes connus sous les noms de Typ/a, Carex, Sparganium, Phragnules, Cyperiles et tant d'autres dont nous ne possédons que les organes végétatifs. Quant au contraire nous avons en notre possession des organes fructificateurs ou floraux associés aux feuilles peu caractéristiques pour la plupart de ces plantes, la question se trouve reportée dans le domaine de la botanique pure ; et c'est alors que l'on voit surgir les remarquables travaux de reconstitution des genres géologiques comme ceux de de Saporta sur les Rhizocaulon.

Nous ne citerons ici que pour mémoire les remarquables fleurs de Vallisneria de Célas qui donneront lieu dans la description des espèces à un examen minutieux.

L'étude des restes fossiles des monocotylédonées qui,tout en ayant joui d'une existence aérienne, nous ont laissé les traces de leur passage sur le globe nous permettra de faire quelques remarques de paléogéographie au sujet de cette classe importante de végétaux.

Nous parlerons plus longuement dans la suite des Pandanus. Ce genre, composé de types imposants à couronne de feuilles héliçoïdales qui habite les régions tropicales du globe, en particulier les îles de l'Océan Indien, est très rarement représenté dans les flores fossiles. Celle de Célas en possède un fragment bien authentique. C'était une plante qui devait, comme l'espèce de la Réunion, fréquenter les pentes humides du lac non loin du rivage.

Nous avons représenté d'une manière schématique d'après des documents très récents (1) la dispersion de la famille des Palmiers (Carte 11). Ces végétaux nous arréteront un peu plus longtemps eu égard au rôle considérable qu'ils ont joué dans les temps géologiques, et qu'ils jouent encore de nos jours dans la constitution des forêts tropicales et subtropicales des deux hémisphères.

Les genres de la famille des Palmiers, se font suite les uns aux autres sans se méler et l'on peut noter sur la carte quatre centres principaux caractérisés par des plantes d'espéces et de genres différents. Ce sont :

1° Les régions de l'Amérique comprise entreles deux tropiques.

2° L'Inde, la péninsule Malaise et l'archipel Indien.

3° Madagascar et les fles annexes.

4° L'Afrique équatoriale.

Sauf les Phénix qui se montrent un peu partout au Nord et au Sud de l'Équateur et quelques autres genres tels que : Livistona, Prilchardia, Copernicia, Borassus, Calamus, etc. ; on peut dire que tous les autres sont nettement can-

tonnés et possèdent des aires distinctes et circonscrites.

(1) O. DnupE. Manuel de géographie bot. traduit par Poirault. Paris 1897.

De chaque cóté de cette agglomération bien visible sur la carte on remarque une bande formant bordure oü la famille atteint son maximum d'extension et son minimum de développement. La bande nord, celle qui nous intéresse surtout au point de vue géologique, car les documents que nous possédons sur l'hémisph ére austral sont nuls ou presque nuls, cette bande, dis-je, est surtout occupée dans l'ancien monde par le genre Chamarops qui se trouve aussi bien en Europe (Espagne, Sicile, Grèce) avec Chamærops humilis L. que dans l' Hindou-Kouch et au Nord de la frontière septentrionale de l'Indo-Chine et du Tonkin, avec Ch. Rilchieana. Grifl, Ch. Marliana. Wall, Ch. Khasyana. Griff, Ch. Biroo. Sieb.

Dans le nouveau monde c'estle genre Sabal qui remonte le plus haut avec Sabal palmello. Rein.

On peut ajouter à ces deux genres le genre Phénix, aux feuilles pennées qui occupe la partie chaude de la zone, principalement l'Algérie, la Tunisie, l'Egypte et l'Arabie.

Or les couches géologiques nous donnent précisément à considérer et en abondance des types de ces genres. Nous sommes en présence d'un reliquat important des t emps passés pendant lesquels la limite septentrionale n'a cessé de rétrograder vers le Sud. Le nombre considérable de fragments rangés sous des dénominations vagues, nous enseigne aussi que l'Europe tertiaire a dû posséder des types qui ne font plus partie de nos jours de cette zone, et qui n'ont pu s'y introduire à nouveau. Les palmiers sont des plantes délicates, leur mode de dispersion indique sans aucun doute que les genres sont trés sensibles aux variations du milieu ambiant ; par suite d'un changement extérieur, telle ou telle condition venant à se modifier, les genres qui onteu à en souffrir se sont éteints, et comme d'autre part,ce sont en général des arbres à fruits plus ou moins pesants, les espéces voisines plus endurantes, ont dans leur sphére de résistance et par droit de seul et plus fort occupant, barré le passage à une nouvelle introduction.

L'interprétation rationnelle des Palæorachis peut seule jeter un peu plus de clarté sur cette question déjà si riche en considérations importantes.

I ne faut néanmoins pas perdre de vue que si certains types, ceux à frondes pennées, par exemple, ont laissé des traces plus rares que leurs congénères à frondes flabellifomes ; d'autres ont pu végéter dans des conditions peu propices à leur conservation et sont ainsi à jamais perdus pour nous.

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