GENRE PANDANUS. L
PANDANUS INTERMEDIUS. nov. sp.
Pr. IV. Fic. 2 et 24.
DiacNosE. — P. Foliis funiculiformibus, carina prominente, paucis acutis dentibus munitis, nervis parallelis, transverse conjunctis, infera pars infundibuliformibus parvis pustulis spargitur.
Cette curieuse plante appartient aux couches calcaires bitumineuses du bassin d'Alais mais provient du gisement de Servas.
Les restes des monocotylédones sauf de rares exceptions sont ordinairement mal déterminés, étant donné le nombre restreint de caractères qui les distinguent. Ce sont la plupart du temps des feuilles rubanées présentant une nervation qui se retrouve à peu prés partout. Mais un petit nombre de familles montrent des caractères suffisamment saillants pour que l'assimilation des espèces fossiles soit tentée avec beaucoup plus de succès.
Nous avons figuré les deux fragments qui présentent chacun des caractères spéciaux très utiles pour la détermination générique.
La face inférieure seule, porte la trace de la côte médiane. C'est un lambeau de feuille à dents plus obtuses et moins acérées que celles du Pandanus ulilis (Bory). (Fig.7. dans letexte), espéce actuelle de laquelle nous rapprochons notre fossile.
Mais une particularité qui selon nous ajoute beaucoup de poids à la détermination, c'est la présence sur la surface de la feuille, de petites pustules infundibuliformes, elliptiques, légèrement déprimées, parfois partagées en deux par une ligne saillante, exactement comme nous les trouvons à la base des feuilles du Pandanus ulilis. Elles sont beaucoup plus nombreuses sur la face supérieure ce qu'on apergoit nettement sur le fragment figure 2 a.
Notre fossile présente certaines analogies avec ceux décrits par Ettingshausen, mais ce sont là seulement des ressemblances génériques ; il ne nous paraît pas devoir être confondu avec eux. Les dents sont bien moins fortes que celles du Pandanus austriacus (1) Ett. et beaucoup plus prononcées que celles du Pandanus pseudo-inermis (2) Ett. qui présente des feuilles à limbe beaucoup plus large.
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Face Inférieure Face Supérieure
Fic. 7.— Pandanus utilis (Bory).
(1) ErriNGsSHAUSEN. Über fossilen Pandanéen tab. XXIII, fig. t.
(2) ETTINGSHAUSEN, loc. cit. tab. XXIV, fig. 1 et 2.
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De même que le Chrysodium, ce genre habite de nos jours les régions tropicales, Madagascar, La Réunion, un peu partout, dans le voisinage des côtes. C'est un élément de plus à ajouter à ceux qui donnent à cette curieuse flore sa physionomie si franchement exotique.
HYDROCHARIDÉES
Genre VALLISNERIA. L.
VALLISNERIA SAPORTANA. nov. sp.
Ph IV E
DiacNosE. — V. floribus in pediculo retractili positis; ovario infero fusiformi, fusius minuto basi, circumstipato spatha. Periantho tribus particulis formato, tribus auriculis stigmaticis stigmati superstantibus, oppositis particulis corollæ et illa contectis ante dehiscentiam.
L'ancienneté du genre Vallisneria nous est démontrée par sa dispersion même. Ces végétaux sont en effet répartis à peu prés dans toutes les régions du globe par groupes localisés, et néanmoins les couches tertiaires si riches en débris aquatiques de toutes sortes sont presque muettes à leur sujet. A l'heure actuelle ces plantes sont connues de tout le monde, car les phénomènes qui entourent l'acte physiologique de leur reproduction, ont donné lieu à une foule d'observations que nous ne rappelons ici que pour mémoire.
Une seule fois les Vallisneria furent signalées dans les formations tertiaires. De Saporta décrivit dans les couches d' Aix-en-Provence (1) l'espéce V. bromæliæformis fondée sur deux extrémités de feuilles.
Les conditions de fossilisation ont dü étre particulierement défavorables pour cette plante si gréle et si peu résistante, car habitant les eaux tranquilles douces et salées (M. Baillon ne l'admet qu'avec un point de doute) maintes fois les lagunes tertiaires ont dû être envahies par elle.
Ces plantes s'accommodent de fonds de hauteur trés variable. Les pédoncules floraux femelles qui doivent arriver jusqu'à la surface des eaux afin de permettre au pollen des fleurs màles d'accomplir son róle fécondateur, semblent présenter à cet égard une grande plasticité. C'est ce qui paraitrait résulter d'une observation (in litt) de M. E. Jacob de Cordemoy faite sur des Vallisneria spiralis L: importées à la Réunion, qui s'étant développées dans des ruisseaux sortant des moulins à grains n'avaient trouvé là qu'une couche d'eau extrémement
(1) DE Saporra. Révision de la flore des gypses d'Aix, 2"° fascicule, page 42, tab. V, fig. 1-2.
— 6j re
faible ; ces plantes quoique présentant tous les caractères de la Vallisneria spiralis étaient restées naines et les fleurs étaient portées sur des moignons de pédoncule. ;
Grâce à un heureux hasard la collection du Musée de Marseille possède un spécimen d'autant plus remarquable et précieux qu'il s'agit non plus d'organes foliaires si difficiles à déterminer, mais d'organes floraux.
La plante de Célas s'est développée dans un milieu propice et à une assez grande profondeur d'eau comme semble le témoigner la beauté des fleurs empreintes sur le calcaire.
Une petite plaquette de calcaire blanc jaunâtre feuilleté, porte quatre fleurs qui représentent cette belle espèce. Trois sont d'une conservation admirable.
Portées chacune au sommet d'un pédoncule gréle non rétracté elles sont entourées dans une spathe ; l'ovaire infère est long en forme de fuseau, allant en s'amincissant vers la base qui s'atténue insensiblement et ne présente pas de délimitation marquée avec le pédoncule. Cet ovaire est surmonté par un périanthe à trois lobes assez développés. Dans l'une des fleurs non encore complètement épanouie ces pièces sont légèrement recourbées en forme de crochet. Cette fleur est particulièrement intéressante à considérer car seule elle nous montre la vraie nature et le véritable agencement des lobes stigmatiques et nous fournira par conséquent les bases de notre interprétation. Les autres fleurs nen épanouies présentent une anomalie que nous expliquerons plus loin.
Les Vallisneria (1) possèdent un style en forme de colonne extrémement court. De ce style se détachent trois stigmates entiers ou fendus jusqu'au milieu du lobe et opposés aux pièces du périanthe. Quand la fleur n'est point encore totalement épanouie, quand elle commence seulement à éclore, chaque stigmate plus petit que la pièce périanthique correspondante est appliqué contre elle ; celle-ci le recouvre, puis le périanthe se déjette et les stigmates se dressent au milieu de la fleur.
Nous apercevons sur l'empreinte fossile de gauche dans l'intervalle laissé par les pétales à droite, un lobe stigmatique entier opposé à la pièce correspondante.
Cette fleur par son ovaire infère entouré par une spathe, ses trois pièces périanthiques, ses trois stigmates opposés nous présente tous les caractères du genre Vallisneria.
v aux deux autres fleurs, elles semblent pourvues de shigmates filamenteux. Il n'y a pas lieu de faire entrer en ligne de compte cette anomalie embarrassante au premier abord ; la fossilisation en est seule la cause.
eie iesienssteq Rm nsi aqq Ri iidem deuda iiie uM iud pin usquam iuniitittmiiqumust isi tini isciucd piter MM priae ttu Lira Pte
(1) Ricnanp. Mémoire sur les Hydrocharidés. — Mémoires de l'Institut an 1811.
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Si on a présent à l'esprit que la totalité dés empreintes du gisement porte la marque d'une macération prolongée, on comprendra sans peine que des déchirures aient pu se produire dans des organes si délicats, étant donné surtout la forme récurvée des lobes stigmatiques qui par suite de l'aplatissement ont du forcément se déchirer sur les bords.
Toute la surface de la fleur semble parsemée de fines ponctuations brunàtres qui sont sans aucun doute le résultat de la fossilisation ; les fibres plus résistantes ayant laissé sur la plaque une empreinte plus foncée qui se détache sur le fond plus clair laissé par le tissu conjonctif moins dense.
Ces fleurs d'une physionomie qui n'est pas trompeuse et qui possèdent comme nous venons de le voir les éléments d'une détermination rigoureuse, sont beaucoup plus grandes que celles de la Vallisneria spiralis, L. qui habite de nos jours les eaux tranquilles de l'univers entier. Elles se rapprocheraient à tous égards beaucoup plus de la Vallisneria americana Michx. simple variété de la Vallisneria spiralis L. du reste qui croît dans les eaux salées de l'état du Mississipi et dont l'herbier du Muséum de Marseille possede un fort bel échantillon fleuri.
Néanmoins les différences qui la distinguent de l'espèce vivante actuelle tout en justifiant une appellation spécifique particulière ne sont pas telles qu'on ne puisse voir dans la Vallisneria Saportana l'ancétre direct de celle demeurée depuis indigène dans le midi de la France et qui n'en est que le descendant affaibli par des conditions de milieu plus désavantageuses.
Nous dédions cette belle espéce à la mémoire du marquis de Saporta comme un faible témoignage de notre profonde admiration.
FRAGMENTS DE MONOCOTYLÉDONES Ph. IV, Fue. 4, 4 ^et 4, $ à,
Nous ne voulons point donner pour deux fragments, encore assez considérables que nous avons figurés, une spécification qui pourrait induire en erreur en introduisant de la précision dans un sujet qui n'en comporte pas.
Il faut quand on ne peut faire autrement se contenter des indices que l'on possède sans vouloir leur faire rendre plus qu'ils ne peuvent. A notre avis, les conjectures que la botanique fossile fonde sur l'examen des formes et des nervations peuvent entrer scientifiquement enligne de compte mais nous ne voudrions pas encombrer la science de noms qui n'auraient aucune portée.
L'empreinte figure 4 est un lambeau ayant appartenu à une feuille large et rubanée dont nous avons donné un dessin grossi de la nervation fig. 4 a. Ce sont des nervures paralléles,alternativement plus fortes et plus minces. Bien des feuilles
de monocotylédones présentent cette nervation. Doit-on les rapprocher du genre Cyperus ? Nous pensons qu'elles ont avec ces plantes quelque analogie mais ce n'est point suffisant pour justifier une assimilation quelle qu'elle soit.
Quant au fragment représenté fig. s et dont la fig. 5 a reproduit la nervation grossie, il est un peu plus caractérisé par ses nervures parallèles toutes de méme force, réunies entre elles par des anastomoses transverses obliques. Ce sont des particularités qui le rapprocheraient de la famille des Typhacées où on trouve une semblable nervation dans les Typha et dans les Sparganium.
DICOTYLÉDONES APÉTALES
Le grand groupe des Apétales qui avec les conifères constitue le fond des forêts de la zone tempérée boréale, n'est que faiblement représenté dans la flore de Célas. Nous disons faiblement quant au nombre des genres qui entrent dans la composition de la végétation actuelle de l'hémisphére nord ; car le groupe des Ficus répandu abondamment est celui qui donne son aspect particulier à ce curieux gisement. Avec ceux-ci nous avons à signaler quelques Myrica, un Peuplier, un Cinnamomum et quelques végétaux à feuilles d'aspect proteiforme. Nous voyons là encore une preuve de l'ancienneté de la flore que nous étudions. L'élément boréal n'avait pas fait son apparition dans nos contrées. Les genres maintenant si caractéristiques de nos régions paraissent faire complétement défaut. Ce sont les formes chaudes et exotiques qui dominent, Frguiers, Dammarées ( Doliostrobus) qui depuis lors émigrées ou détruites les remplacent. C'est le luxe de la végétation subtropicale et non pas la monotonie de certains groupements que nous trouverons plus tard.
MYRICACÉES-PROTÉACÉES CARTE III
La question des Myricacées et des Protéacées fossiles est encore loin d'être résolue. Il n'y a encore aucune preuve convaincante qui puisse donner la clef de la question et trancher le diflérent. Il est tout d'abord nécessaire de ne point introduire dans les débats d'idées à priori, etsi on évitait d'examiner les flores fossiles avec le désir de venir apporter des faits nouveaux à l'appui d'une thése qui incline dans un sens déterminé, on donnerait peut-étre aux organes examinés une interprétation plus impartiale et plus juste.
C'est pourtant ce que n'ont pas fait les auteurs en général, en ce qui con-
cerne la présence dans nos contrées des Proléacées australiennes à l'époque tertiaire.
Bentham et de Saporta ont émis d’abord des doutes au sujet des Protéacées fossiles et ont alors rangé parmi les Myricées un certain nombre de feuilles qui n'ont avec la nervation de ces dernières que des rapports plus ou moins éloignés, et qui auraient pu subsister dans quelques-uns de ces genres paléontologiques fort commodes, car tout en indiquant des affinités douteuses ils groupent ensemble des feuilles de même apparence, attendant du hasard des événements une place plus précise.
D'autres auteurs Unger (1) et Ettingshausen (2) admettaient, au contraire, la présence des Protéacées et sont, peut-être, allés un peu loin dans cette voie.
Quant à Heer et Schimper, ils ont adopté une théorie moyenne et tout en rapportant aux Myricées des feuilles qui leur appartenaient incontestablement ils ont laissé subsister comme Protéacées un assez grand nombre de fossiles ayant une physionomie propre, et qui, à moins de fausser les traits de ressemblance ne pouvaient rentrer dans la première famille.
Du reste on peut se convaincre, en lisant les opinions de Schenk à ce sujet, combien un auteur qui examine la question de parti pris peut se contredire (3).
Sauf quelques rares exceptions on peut affirmer qu'au fond, cette question a été traitée par certains auteurs dans le seul but de faire triompher une idée. Même dans l'exposé savant (4) où de Saporta élève des doutes au sujet des Protéacées tertiaires, cet auteur ne donne point de raisons suffisantes. En particulier pour le Lomaliles aquensis il se contente de dire que tout balancé il vaut mieux le placer dans le genre Baccharis et ille rapproche alors d'un Baccharis habitant les régions australes du nouveau monde. Cette interprétation est, à vrai dire, renforcée par la présence dans les mêmes couches de certains petits fruits à aigrette rangés sous la dénomination assez vague de C ypseliles et qui auraient des traits de ressemblance avec les organes similaires des Baccharis ; cet argument quoique spécieux trouve sa contre-partie dans une remarque judicieuse que cet auteur lui-méme fait à propos des Embothrites de Manosque. « Il est « remarquable, dit-il, qu'en Provence ces organes se rencontrent toujours « dans les mêmes localités que les Lomatites. » (5). La nervation d'autre part ferait plutôt penser à un Lomatia qu'à un Baccharis.
PORORRNU LE DU NERONE NS SSD UE e E
(1) UxGer. Neu-Holland in Europa, Wien, 1861. ;
(2) ErrixcsuavsEN. Die Protéaceen der Vorelt Wien, 1851-52.
(3) Scnenk iN ZrrrkL. Traité de paléophytologie, pages 632, et 833.
(4) De Saporra. Comptes rendus de l'Académie.des Sciences, 1881, tome 92, page 133o. (5) DE Sarorra. Etudes sur le Sud-Est, vol. IT, page 89.
sus ip uin
' Ceux-ci présentent constamment, méme les espèces arborescentes de l'Amérique australe, une nervation qui, dans des feuilles assez coriaces, à un aspect herbacé. Deux fortes nervures partant de la base du limbe remontent le long des bords, et ceci est un caractére assez constant que nous avons observé, tant sur les espèces américaines, que sur celles habitant le nord de l'Afrique.
Il faut aussi ajouter que d'autres végétaux présentent une nervation analogue, entre autre un genre de Sterculiacées du Cap Mahernia, plusieurs espèces d'Osteospermum et les feuilles herbacées d'un vip nombre de plantes appartenant aux familles les plus diverses.
Quant au Complonia dryandræfolia Brgnt. Sa détermination présente un caractère plus précis. La présence constatée de fructifications, bien différentes, il est vrai de celles des Comptonia actuels dans les couches d'Armissan (1), justifie l'attribution de ce végétal au groupe. Mais il ne faut néanmoins pas oublier comme le fait remarquer Heer, qu'il n'y a pas connexion entre les fruits et les rameaux et que d'autre part il existe dans la flore d'Armissan une assez grande quantité de Myricacées parfaitement déterminées auxquelles on pourrait tout aussi bien les rapporter.
Brongniart (2) avait, en donnant la description des premiéres plantes de cette localité, fait ressortir les analogies qui existent avec les organes similaires des Protéacées du genre Dryandra, mais la distribution géographique actuelle lui avait fait rejeter l'interprétation en faveur de ce genre. Toutefois, la présence sur la méme plaque des feuilles et des organes fructificateurs est sinon une preuve absolue du moins une indication que nous ne pouvons négliger.
De cette indécision méme des auteurs et des faits que nous allons exposer, il ressort pour nous : que la présence des Protéacées ou des végélaux représenlalifs de ces types dans l'Europe pendant la première moitié de l'époque tertiaire est admissible, et que si nous trouvons un organe présentant avec ceux de cette famille une ressemblance appuyée sur un examen approfondi, nous sommes jusqu'à plus ample informé, en droit de l'attribuer à ce groupe.
On On ne peut mettre en doute que les flores tertiaires, au début du moins de la période, présentent une certaine quantité d'organes foliaires que nous rencontrons partout en Europe et qui possèdent une physionomie bien particulière rappelant les organes similaires des Protéacéesaustraliennes.Ces types après avoir brillé un moment, disparaissent de nos contrées à tout jamais. Peut-on les identifier avec les genres actuellement cantonnés dans le sud-ouest du grand continent austral ? Ce serait peut-être pousser les choses un peu loin et tant que nous posséderons seulement des organes végétatifs, la lumière ne sera point faite.
(1) DE SapronTA. Etudes sur le Sud-Est, vol. II, page 238. (2) BronGniarr. Annales des Sciences naturelles. Botanique, tome XV, page 49, pl. 3, fig. 7.
Le genre Doliostrobus en est un témoin évident. On est bien obligé de rapporter aux Dammarées qui ont de nos jours des feuilles phyllodiques une plante dont les rameaux font penser à ceux des Sequoia et des Araucaria. D'autre part, cette tribu qui est de nos jours cantonnée exclusivement dans l'hémisphère austral a eu des représentants dans l'Europe tertiaire et s'est éteinte, sans laisser aucune trace dans l'hémisphère nord. Nous pouvons donc bien admettre qu'à la faveur de conditions spéciales, d'autres familles de l'hémisphère austral ont pu prospérer chez nous avec des formes particulières, sensiblement différentes de celles profondément modifiées qui habitent nos antipodes. Elles se sont ensuite éteintes sans descendance, et leur présence nous est seulement dévoilée par les traces qu'elles ont laissées pendant les périodes géologiques.
La famille des Protéacées est actuellement dispersée dans le monde entier et manque seulement à l'Europe et à l'Amérique seplentrionale, elle s'avance jusqu'en Abyssinie avec le genre Profea. Le genre Helicia appartient à l'Himalaya ; l'Amérique australe en renferme un certain nombre, enfin le Cap et la région sud-ouest extra-tropicale de l'Australie ont été pour cette famille les continents qui ont présenté à l'heure actuelle les meilleures conditions de développement, et dans lesquels ce groupe a donné lieu à une accumulation de formes d'une physionomie bien particulière. Ces plantes possèdent donc une dispersion des plus curieuses, elles présentent des aires excessivement localisées comme les palmiers ; mais alors qu'il n'y a pas de région qui contienne à la fois tous les groupes principaux de ces monocotylédones ; l'immense majorité des types des Protéacées est représentée en Australie et beaucoup y sont endémiques. (Drude loc. cit.)
Ces plantes du reste transportées chez nous, s'accommodent fort bien de nos climats quand les soins de l'horticulture leur fournissent un milieu qui rappelle tant soit peu celui dont elles jouissent dans leur centre de développement.
Les Myricées au contraire sont folalement absenles des iles du Pacifique et de l'Auslralie, et sont au contraire largement représentées dans l'hémisphère nord, où certaines sections s'avancent jusque sous une latitude élevée. Quant au Complonia il n'a qu'une aire restreinte située sur la partie orientale du continent américain septentrional.
ll est tout à fait irrationnel d'admettre sans aucune preuve pendant la période tertiaire un courant venant de l'Australie, alors qu'il est bien évident et démontré que la marche des végétaux dans notre région s'est effectuée en sens inverse. L'existence de deux courants ainsi opposés est donc impossible.
Mais il semble qu'on peut donner aux faits une autre interprétation et considérer le continent australien non comme un centre de création de la famille des Protéacées, mais comme une terre ayant réuni au plus haut degré les
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conditions favorables au développement de cette famille ; de méme que les régions tempérées de l'hémisphère nord ont présenté pour les genres Myrica et Comptonia des conditions propices.
De Saporta lui-méme fait remarquer que dans les fiotés fossiles d a une espèce de balancement entre les feuilles protéiformes et celles qu'on peut attribuer sürement aux Myricées. Lors de l'apparition des deux familles et pendant la premiére partie de l'époque tertiaire, certains genres qui vivent - actuellement d'une manière presque exclusive sous les latitudes australes extra-tropicales, pouvaient être représentés chez nous, car il est logique de penser que lors de l'apparition des végétaux ceux-ci ont occupé tous les climats ettoutes les contrées oü leur développement et leur reproduction étaient possibles, ils ont été ensuite éliminés quand les conditions de milieu sont devenues défavorables à leur extension et même à leur maintien. Du reste la présence de quelques Protéacées dans l'hémisphère nord et celle de Myricées dans l'hémisphère sud tendrait à démontrer que ces deux familles se sont exclues l'une l’autre, dans les limites extrémes de leur domaine, mais que durant les périodes éocènes et oligocènes inférieurs. Les premières ont trouvé en Europe des conditions favorables à leur développement et que peu à peu, par suite de causes à nous inconnues mais dont il. nous est permis de constater les effets, ces conditions sont devenues de plus en plus propices à certains genres de Myricacées qui sont allés se développant, tandis que les Protéacées ont été d'abord mis en état d'infériorité et de décroissance jusqu'au moment de leur exclusion la plus compléte de notre sol.
Il nous semble du reste que les affinités des flores tertiaires avec les régions australes en général, reçoivent ainsi une explication plus vraisemblable. Nous avons de la migration polaire des preuves qui ne laissent point de doute dans l'esprit, nous n'en possédons aucune des phénomènes inverses qui paraissent irrationnels et impossibles car il faudrait alors admettre que des plantes aient pu passer par les régions équatoriales pour aller à nouveau s'acclimater sous des latitudes extra-tropicales.
Nous n'avons sous les yeux qu'un reliquat du passé. Les contrées où abondent certains végétaux ne sont plus que des forteresses de défense. Les théories paléophytiques doivent prendre ces contrées comme point d'arrivée et non de départ. Si l'hypothèse donne une explication logique de la dispersion des végétaux à l'heure actuelle elle a chance d'étre dans le vrai. L'examen minutieux des formes et de leur groupement dans le temps peut seul nous donner la clef des points de départ et du champ de bataille des types.
MYRICACÉES
Genre MYRICA. L.
MYRICA (ARGUTA sAP.) SAPORTANA. Scn.
Pp. IV. Flo. 6 et 7.
Les calcaires blancs de Célas nous ont conservé deux feuilles dont le réseau veineux est parfaitement visible et qui, quoique mutilées, laissent apercevoir leur forme générale ; elles se rangent tout naturellement auprès des Myricées des gypses d'Aix (1) que de Saporta désigne sous les noms de Myrica sinuala Sap. M. linearis Sap. M. argula Sap. La dentelure est identique à
celle du Myrica linearis et le réseau veineux justifie l'attribution de notre type au Myrica (arguta Sap.) Saportana Sch.
Il nous semble néanmoins qu'étant donné le polymorphisme extréme des feuilles de ce genre qui présente sur un méme rameau des formes larges et étroites, entiéres et dentées, on serait peutétre en droit de réunir les feuilles de ce gisement sous une méme dénomination spécifique.
On a certainement trop morcelé ce groupe et les espèces y ont été multipliées à l'infini. Ce qui est venu compliquer les synonymies et augmenter le nombre des termes faisant double emploi, c'est la réunion à cette famille de presque toutes les feuilles désignées sous le nom de Dryandroïdes et d'une assez grande quantité de
Fic. 8. celles rapportées par certains auteurs aux Protéacées. Myri ; : à Habit L. Schimper (2) change le nom de Myrica argula Sap. en celui
D'après un exemplai-
seb de Myrica Saporlana Sch. et celui de Myrica linearis Sap. en Mure Myrica anguslala Sch. à cause du double emploi des termes qui servent en effet à désigner deux feuilles de la mollasse suisse qu'Heer avait rapportées au genre Dryandroides et qui ont été depuis incorporées au genre Myrica.
D'autre part, Friedrich, décrit dans le tertiaire d'Eisleben un Myrica sous le nom de Myrica anguslala Sch. mais il est évident qu'il doit y avoir là une con-
fusion dans les termes car les feuilles d'Eisleben sont beaucoup trop dentées
(1) DE Saporra. Etudes sur le Sud-Est de la France. — Ann. sc. nat. 4" série, tom. 17 page 81, pln: 6, fig. 172-3.
(2) ScuiwpeR. Traité de paléontologie végétale, vol. 11, pages 550-551.
et les nervures y sont trop rapprochées pour pouvoir l'assimiler au Myrica anguslala d'Aix qui pourrait presque se confondre avec le Myrica Saportana Sch. Ceux-ci sont sans conteste, de véritables Myrica, tandis que celui de Prusse semble se rapprocher plutôt de ces types ambigus de Myrica banksicefolia (Dryandra angustifolia Ung). (1).
Nous ne pouvons passer sous silence l'analogie qui existe entre notre espèce et le Myricophyllum (Myrica) anceps Sap. des calcaires de Saint-Zacharie.
Dans la nature actuelle le meilleur terme de comparaison est fourni par le Myrica Ethiopica L. (fig. 8 dans le texte) qui présente avec les feuilles fossiles d'incontestables analogies.
MYRICA BANKSIOEFOLIA. Uxc.
Pp CICBG 5;
SyNONYMIE. — Dryandroïdes banksiæfolia. Meer. Flore tert. suisse, vol. I, page ro2, vol. III, page 187, tab. CLIII, fig. 6.
Une seule empreinte provenant des couches de calcaires blancs nous fait connaître la présence de cette espèce qu'on peut, sans effort, assimiler au Myrica banksiefolia Ung. si abondamment répandu dans le tertiaire.
La forme est étroite, l'aspect coriace, mais les dents sont moins prononcées que sur l'exemplaire figuré par Heer.
Du reste plusieurs Myrica vivants présentent la méme différence sur un méme rameau. Cela ne doit donc point entrer en ligne de compte.
Les nervures secondaires émergent sous un angle droit puis se recourbent en forme d'arc et simulent par leur réunion une nervure bordante d'oü partent des anastomoses qui se rendent aux dents.
Les nervures de deuxième ordre sont beaucoup plus nombreuses dans fis. . "DS le Myrica aquensis (Sap) (2). Le mode Myrica Californica Myrica cerifera L. de réunion des nervures à la marge Cham, et ScHl-
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(1) Uncer. Flore fossile de Sotzka, t. XX, fig. 2. (2) Dr Saporra. Révision des gypses d'Aix, page 123, tab. VII, fig. 7-8.
D d m n'est pas identique, c'est pourquoi nous ne pensons point pouvoir réunir les deux empreintes.
Les auteurs ont placé sous la rubrique de Myrica banksicefolia des feuilles fort dissemblables. C'est ainsi que parmi les figures de Sotzka tab. VII (xxvii) celles portant les numéros 2 et 4 sont si différentes sous le rapport du réseau veineux qu'on s'étonne de les voir placées cóte à cóte.
Nous devons signaler les analogies qui existent entre notre empreinte et le M yrica (Dryandroïdes) serrolina Heer (1) qui pourrait tout aussi bien trouver place ici.
Dans la nature actuelle, c'est à côté des Myrica Californica Cham. et Schleecht (fig. 9. dans le texte) et Myrica cerifera, L. (fig. 10). que notre empreinte parait devoir prendre place.
Sous-GENRE COMPTONIA. Baxks.
MYRICA (Comptonia DRYANDROEFOLTA. BnoNGT.
PL, Pic 9 à f4.
(BiBLIOGRAPHIE ET SYNONYMIE.) ScHimper. — Loc. cit., tom. II, page 808.
Par son abondance dans les dépóts tertiaires inférieurs et moyens aussi bien que par sa forme, cette curieuse plante, quelle que soit d'ailleurs l'interprétation qu'on adopte, est une des plus caractéristiques de la période oligocène.
Deux opinions bien opposées sont en présence, Brongniart et de Saporta l'ont rapportée aux Myricacées, Ettingshausen et Heer ont voulu au contraire y voir une Protéacée du genre Dryandra.
L'école allemande, du moins certains de ses auteurs, fonde son interprétation sur la ressemblance des organes végétatifs avec ceux des Dryandra.
Il faut bien avouer qu'aucun, méme le Dryandra formosa, R. Br, ne présente des lobes identiques à ceux de l'espéce fossile, ils sont toujours beaucoup plus acuminés. Mais d'autre part il est certain que la nervure médiane forte, la consistance de la feuille, le port méme, sont autant. d'arguments qui plaident en faveur de cette opinion. |
Brongniart (2) tout en reconnaissant que ces organes foliaires avaient des affinités avec les organes similaires des Protéacées, invoqua la dispersion géographique pour les rapprocher des Myricacées,nous avons ailleurs fait remarquer combien cette manière de procéder est défectueuse.
(1) HgER. Loc. cit., tab. CLIII, Bg. T1; (2) BRoscNIART. Ann. des Sciences nat. bot;, t. XV, page 49, pl. 3, fig. 7.
Si eR.
De Saporta (1) put appuyer ses déductions sur des bases plus sérieuses, ayant à sa disposition des organes fructificateurs. Il ne faut point oublier pourtant, l'auteur l'indique lui-même, qu'il n'y a pas connexion entre les organes ; les feuilles sont seulement mélées aux chatons et répandues sur une méme dalle.
Bien que des auteurs n'admettent point cela comme une preuve, on peut dire que c'est déjà une forte présomption en faveur de la réunion des différentes parties à un végétal unique. :
Néanmoins aprés avoir lu la magistrale description donnée par le savant paléontologiste, l'esprit n'est point absolument terrassé par l'évidence. ll y a maintes restrictions qui ne donnent point entière satisfaction à la pensée.
Nous n'avons incontestablement pas affaire à une Protéacée australienne, mais c'est en tous cas un végétal bien particulier qui fait désirer que des découvertes ultérieures viennent enfin apporter la lumière sur cette question dont les empreintes étudiées par de Saporta font prévoir la solution mais qu'elles ne lranchenl pas encore.
PROTÉIFORMES
GENRE HAKEA. Scunap.
HAKEA BANKSIOEFORMIS. nov. sp.