‹ Flore des damesChapitre 111 sur 169 · CHAPITRE Vif · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vif

en sorte que, dans cette circonstance solennelle, ii avait cru devoir adjoindre l’intendant de la maison de son gendre à son vieux majordome, afin que les préparatifs de fête fussent faits avec la célérité et le luxe nécessaires.

Boltroff, intendant du comte d’Haraucourt, était un personnage important, ou du moins qui croyait l’êtve; moitié cuisinier, moitié soldat, il se promenait gravement, la rapière au côté et une canne à la main, encourageant de la voix les groupes de travailleurs qui terminaient les apprêts du banquet champêtre, ou bien, caressantde sa houssine les épaules de ceux qui ne lui paraissaient pas mettre assez d’empressement à exécuter ses ordres. Au moment où sa voix sonore faisait résonner les échos d’une bordée de jurons flamands, il se trouva face à face avec le jeune Wilhelm qui semblait arriver à propos pour donner un sujet de développement à^a colère naissante du rodomont domestique.— Eh bien, mon jeune coq, dit-il en accompagnant ses paroles d’un geste ironique,vous a-t-il plu de me préparer les douze corbeilles de roses dont jai besoin pour couvrir la table de vos maîtres ; vous savez que je vous ai donné l’ordre de me les apporter vous-même ce mati n, — Je sais, reprit Wilhelm avec impatience , que je n'ai point d’ordres à recevoir de

NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

vous; quant aux roses que ma maîtresse a si souvent soignées de ses propres mains, je vous ai déjà déclaré qu'aucune d’elles ne serait souillée par le contact de vos soldats à éperons dorés.

— Misérable ! oses-tu bien parler ainsi de ce que la Bourgogne renferme de plus noble etde plus illustre? va, et que dans une demi-heure mes ordres soient exécutés.

— Exécutez-les donc vous-mcme, car pour moi, je ne saurais cueillir des fleurs là où n’existe pas seulement la trace d’un bouton.

Au calme déterminé de Wilhelm, Boltroff sentit le feu monter à son visage, il saisit le bras du jeune homme dans sa main nerveuse, et l’entraînant vers le parc, il courut s’assurer de la réalité du malheur qu’on venait de lui annoncer; en effet, aucun des arbustes du bosquet n’offrait la trace d une fleur; tout avait disparu roses et boutons, et la monotone verdure de ce lieu de délices faisait un tel contraste avec l’aspect qu’il présentait encore la veille, que Boltroff resta quelques instants comme anéanti. Cependant la colère reprenant le dessus, il voulut frapper le jeune homme, mais celui-ci parant du bras gauche les coups qui lui étaient portés, lira de son sein une dague qui y étail cachée et en blessa son agresseur.

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