‹ Flore des damesChapitre 113 sur 169 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

jardin d’agrément un vaste préau sur lequel avaient eu lieu bien des exercices militaires; mais les plantes étiolées, qui croissaient péniblement dans ce lieu, portaient en naissant le stigmate de l’esclavage et la pâle livrée des prisons. Bollrofif, il faut lui rendre cette justice, avait cependant fait tous ses efforts pour répondre au désir de son maître, et nulle peine n'avait été épargnée pour donner à ce jardin quelque peu d’attrait.

Un matin Marguerite, triste et souffrante, était allé verser ses larmes secrètes aux pieds d u Christ; elle s’approchait instinctivement de la croisée comme l oiseau captif se presse contre les barreaux de sa cage, quand ses yeux aperçurent un bouquet des plus belles roses placé sur la saillie extérieure de la muraille ; ouvrir le lourd châssis, saisir les fleurs, savourer à lon^s traits leur délicieuse odeur, tout cela fut l'affaire d’un instant. Les souvenirs d'une vie heureuse étaient attachés à ce bouquet, et ils vinrent en foule se présenter a 1 esprit de Marguerite; aussi tombant à genoux, mon Dieu, dit la belle comtesse, pourquoi me laissai-je aller à ma douleur ?ne devrais-je pas savoir que vous veillez sur moi ? n’est-ce pas par un effet de votre ineffable bonté que ces roses se sont offertes pour ranimer mon espérance et réveiller en moi cet amour de la vie

NOUVEAU langage des fleurs.

qui ne devrait jamais quitter le chrétien attaché à ses devoirs ; oh ! la plus grande cause de mes chagrins provenait de mon manque de foi; pardonnez-moi, Seigneur! Déposant alors ses roses dans un vase au col allongé, elle fut les placer au-dessous du triptique sculpté devant lequel elle avait coutume de réciter ses prières.

Quand elle revint près de son époux, sa ligure paraissait rayonnante, et les couleurs qui avaient reparu sur Son teint donnaient à ses charmes un éclat si merveilleux qu’aucun de ceux qui la virent ne manqua de remarquer le changement subit qui venait de s’opérer en elle.

Plusieurs jours se passèrent ainsi; chaque matin Marguerite trouvait à son oratoire un bouquet de roses destiné à remplacer celui que la nuit avait dû flétrir. Les deux ou trois premières fois elle ne fut pas éloignée de penser (car que ne penserait pas une âme sensible et malheureuse?) que ces roses étaient un présent du ciel ; mais en voyant chaque jour amener la même offrande, elle supposa quec’étaitlà une des attentions délicates de son époux, et elle crut devoir l’en remercier; le comte pâlit tout d’abord , et répondit sèchement qu’il était plus habitué à cueillir des lauriers que des roses ; au surplus, ajouta-t-il, vos beautés ont pu frapper d’autres yeux que les miens, et celui sur qui

Page 1