CHAPITRE VII
noire ; au-delà, les champs cultivés scintillaient d’une lueur argentine, et les étoiles, parsemées sur un ciel foncé, semblaient, par instant, lancer leur lumière en éclairs plus rapides que la pensée. Marguerite observait toutcela; pénétrée de ce magique tableau, de cette majesté muette de la nature endormie : Oh ! dit-elle, comment l’espérance a-t-elle pu fuir de mon cœur ? Ne devais-je pas penser que le Dieu qui veille aux mouvements de ces milliers de globes n’abandonnerait pas une créature pensante qui s’humilie devant lui. J’ai pu pêcher, mes faiblesses méritaient peut-être une punition; mais je sens à ma conscience tranquille que mes douleurs ne doivent pas durer longtemps !
La nuit était avancée, et les heures avaient paru voler pour la jeune femme qui les avait ainsi passées, partie dans la contemplation , partie dans de saints élancements; aussi elle s’étonnait de voir pâlir sa lampe, et elle allait regagner son lit à la hâte quand un léger bruit, comme celui de l’eau qui ruisselle , vint attirer son attention; penchée en avant,la main sur son cœur, ellerelenait jusqu’à son baleine pour concentrer toutes ses facultés dans le sens de l’ouïe; bientôt une ombre apparut à la fenêtre, et un bouquet de roses y fut déposé avec soin. Surmontant toute crainte, Marguerite, qui d’abord avait fui, revint à la bâte, et s’adressant à
NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
i homme qu elle ne pouvait reconnaître : Qui que vous soyez, lui dit-elle, cessez vos entreprises téméraires ; il y va de voire vie et de mon honneur. — Quoi, madame , )cprit la voix bien connue de Wilhelm (il s était plus arrêté sans doute à l’harmonie des sons qu’au sens des paroles), quoi madame, est-ce vous, à cette heure? vous-même qui daignez recevoir mon offrande; ah ! je suis plus que payé de mes peines. — Mais vous risquez votre vie, je le répète. — Eh ! qu'importe ma vie si mes actions ont pu contribuer à diminuer les ennuis qui dévorent vos jours dans cette prison. — Vous ne songez donc pas, enfant, que votie vie n est pas la seule exposée; vous pouvez me lendre à jamais la plus misérable des femmes; s’ils
vous voyaient, ils soupçonneraient.— Oh ! non,
madame, non; ils méprisent trop un vassal comme moi pour penser qu’un cœur bat dans sa poitrine,- iis me tueraient... mais vous seriez , comme vous devez 1 être, à l’abri de tout soupçon. Si j’en doutais le moins du monue, voyez-vous, celte main, cette seule main qui me retient suspendu sur l’abîme s’ouvrirait pour m engloutir à jamais, et avec moi la pensée qu’une souillure peut s'attacher à votre nom. — Eh bien ! avec ces nobles sentiments , Wilhelm , vous ne refuserez pas de vous rendre à mes prières, allez, allez vite et