‹ Flore des damesChapitre 119 sur 169 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

teur spirituel et consciencieux de mille petites scènes familières comme nous en représentent les Duval-le- Canms, les Roehn, les Meissonnier.

Maisce n'était pointlà le but où visait l’âme ardente du jeune homme; revenu dans sa famille, on le voyait se livrer le jour à des travaux qu’il appelait huitième, en riant, le détail de son commerce; puis le soir venu, il quittait la ville pour aller rêver plus à l’aise, pour épier la cause de ces puissantes émotions qui nous saisissent «à la vue des grandes scènes de la nature. Un soleil couchant, un beau clair de lune, un orage même, étaient pour lui des objets d'inépuisables méditations. Sa noble tête alors, prête à s’éclaircir d’un rayon divin, ressemblait au fanal dont la niasse gigantesque, imposante déjà aumilicu du crépuscule, deviendra sublime lorsqu’une lumière bienfaisante illuminera son front.

Mais je m'aperçois que ma comparaison peut vous paraître étrange, car je ne vous ai pointdit encore quel homme était Georges M***; il était grand, bienfait; une chevelure presque noire tombait en masses droites autour d’un vaste crâne; un front large ombrageait ses veux moins bleus que gris, et d’une expression mélancolique et douce; un nez aquilin, une bouche bien arquée, à lèvres minces, qui laissait en souriant

NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

apercevoir de belles dents, tout cela composait un ensemble encore moins beau, peut être, que remarquable. Georges n’avait pas cru nécessaire de laisser croître une barbe épaisse, que beaucoup de ses collègues considèrent comme un moyen commode de dissimuler une tête qui ne dit rien $ sa figure légèrement levée vers le ciel était empreinte de ce calme méditatif, suite naturelle du commerce habituel de l’âme avec le monde idéal.

Georges vivait ; ses tableaux trouvaient des acquéreurs ; il faisait le portrait à ravir et ne manquait point de modèles, c’était assez pour une ambition de province. Un évènement inattendu vintcependant modifier quelque peu les projets d’avenir du jeune'peintre et détruire Puniformité de sa vie monotone. Non loin de la ville d’Hyères résidait, au sein de sa famille et dans un château domanial, le comte deCrépières. Riche et ami des arts, ce seigneur avait entendu parler de Georges, et il voulut l’appeler auprèsde lui pour devenir son Mécène, Donner des leçons de peinture à deux demoiselles récemment sorties d’un des premiers couvents de la capitale, tel était le prétexte dont le comte avait coloré son projet généreux.

L’artiste voulut résister d’abord ; ami de la liberté, il lui fallait pouvoir prendre ou laisser ses pinceaux

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