CHAPITRE VII
pour laisser voir une toile sur laquelle sa pensée, embryon encore imparfait, attend le souffle du génie pour éclore avec les éléments d’une vie immortelle. — Un regard de Beatrix sembla dire, je vous comprends: Anna se tourna vivement vers sa mère pour solliciter la permission d'accéder au désir de Georges. Celte permission ayant été accordée, il fut convenu que la famille se rendrait le lendemain matin dans le sanctuaire du peintre.
L’atelier de Georges avait un aspect particulier 3 les murs en étaient nus 3 dans un porte-feuille ouvert on apercevait les gravures des plus beaux tableaux de Raphaël, de Lesueur et du Poussin ; au milieu , sur le chevalet, une grande toile, sur laquelle la vierge, assise au sein d’une gloire, semblait intercéder pour une sainte Catherine et un saint François agenouillés aux deux côtés du tableau, indiquait assez quel était l’objet des soins de l’artiste. Cette page offrait déjà de précieux détails; les mains, les pieds, les draperies semblaient achevés; les têtes seules n'étaient qu’à l’état d'ébauche avancée.
<' Anna courut, aussitôt arrivée, se placer devant la toile, et elle s’écria : «Mais ce sont nos portraits »; George répondit : Ce seront eux du moins, puisque vous me le permettez. La comtesse prit son ouvrage
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et s’installa dans un grand fauteuil ; Anna vint se placer sous les yeux du peintre qui, prenant ses pinceaux, se mit «à couvrir à grands traits la figure de Sainte-Catherine. Lorsque la chevelure d’ébène d’Anna se fut étendue sur la toile, quand ses grands yeux eurent pris leur élan vers le ciel, il eût semblé voir, grâce au talent de l’interprète, une larme d’amour divin humecter celte ardente paupière, l’âme vint errer sur les lèvres de la Sainte avec les mots de sa fervente prière.
A chaque coup de pinceau, la famille étonnée ne pouvait retenir des exclamations de surprise et d admiration, ellorsqu’enfin l'artiste descendit de son siège pour apprécier l’effet lointain de son travail, il vit des larmes humecter les yeux de Béatrix. Dans sa contemplation muette la jeune fille avait suivi chaque mouvement de la main, chaque expression du visage de son maître, et elle s'était identifiée avec ses puissantes émotions.
Dans ce moment Georges était admirable ; en effet, son beau front rayonnait de génie, ses yeux lançaient des flammes et l’action avait coloré ses joues d’un feu inaccoutumé : Je suis donc artiste ?... dit-il en prenant la main de Béatrix pour la conduire vers le siège que sa sœur venait d’occuper ; la jeune fille ne répondit