chapitre vu
rien, mais sa main tressaillit involontairement et pressa convulsivement celle du peintre.
Oh ! oui, je suis artiste, poursuivit-il ; j’ai espéré de le devenir le jour où j ai eu le courage île lacérer et de détruire les études imparfaites qui couvraient les murs de cet atelier ; aujourd hui, en présence d’une nature digne du pinceau de Raphaël, pourrais-je ne pas me sentir inspiré du feu qui brille dans ses plus beaux ouvrages ?
Un long silence suivit cette exclamation; Béatrix é/nue était là les yeux à demi baissés ; ceux de l'artiste dévoraient la divine expression de cette figure angélique, et son pinceau, guidé par une main sûre, ne posait point une touche qui ne manifestât la plus pure inspiration ; enfin, épuisé, hors de lui, Georges murmura un remercîment et tomba sans connaissance au pied de son ouvrage.
Un accès de fièvre brûlante fut la suite de celte scène ; le médecin défendit expressément de laisser reprendre promptement les pinceaux à un homme chez lequel 1 amour de l'art pouvait devenir une cause de mort.
nouveau langage des fleurs.
La sainte image de la Vierge fui en même temps relirée de l’atelier, etplaeée dans lachapelle du château, afin quelle ne pût pas si tôt frapper lcsyeux de Georges. Les premiers vœux du convalescent furent en effet pour voir son ouvrage; mais de douces instances parvinrent à le détourner de ce projet; il parut même revenir à d'autres idées, car il parla de s'éloigner pendant quelque temps pour visiter lllalie. Lecomte proposa de se mettre de la partie, etil n'était plus question que des préparatifs du voyage lorsqu’une circonstance, insignifiante en apparence, vint renverser ces plans.
Georges allait bien ; la famille l'engagea à venir faire une promenade dans le parc, et les deux jeunes filles voulurent se placer auxeôlés du malade pour surveiller scs pas chancelants. L’air était chaud, la nature luxuriante, et tout semblait exciter dans l’àme l'élan des plus purs sentiments; Georges fit observer à ses élèves tout le charme des objets qui les entouraient, et l’on vint à parler du beau idéal dans les arts.
— Je crois, dit le comte, que Chateaubriand a parfaitement défini le beau idéal en disant qu’il faut choisir et cacher dans la nature pour arriver à quelque chose de plus beau que la nature même.
— Vous me prenez, reprit Georges, presque au de-