CHAPITRE VII
peut, par ses seuls efforts, embellir la nature.Qu’on fournisse, au contraire, à l’artiste des modèles dignes de lui, la flamme de son génie aura trouvé un aliment. Son âme cessera de s’user dans cette décevante recherche d’une perfection que l’imagination peut tout au plus atteindre et ne peut inventer.
Faut-il démontrer ce que j'avance? Raphaël, le Dante m’en fourniront le moyen. Raphaël! à ce nom qui ne se sent ému ? et cependant parcourez ses premiers ouvrages ; chaque coup de pinceau révèle les tâtonnements d’un homme encore esclave des principes puisés à l’école de son maître. Il y a de la sécheresse du Perugin dans le dessin, dans la manière de peindre, et de sa froideur glaciale dans les expressions. Mais aussitôt qu’il j vu la Fornariua, l’artiste devient lui-même; son génie étincelle, il trouve enfin le type virginal. Et qu’on ne croieças que l’amour de Raphaël pour cette femme fût une fassion vulgaire ; aurait il bravé pour son idole jusqu’à l'inflexible Léon X, si celte idole n'eût été qu’une hexuté commune et s’il n'avait ressenti pour elle qu’ui caprice passager? Fornarina était le fer qui devait faire jaillir l’étincelle du génio de Raphaël et lui donnera foi en la beauté.
Et Dante, celte majestueuse figure qui domine tout son siècle, croit-on aussi qu’une âme tranquille et
froide eût pu rêver sa gigantesque divine comédie ; qu'une patience humaine en eût achevé l’ensemble ? Non ! un sentiment divin se révèle à chacune de scs pages ; son courage ne vient point de lui ; il est tout en sa Beatrix céleste. Et des commentateurs vulgaires oui voulu voir dans cet admirable amour une allégorie mystique; et des âmes froides ont prétendu nier que Beatrix fût un être de nature humaine! Ils n’ont pas compris qu’une âme chrétienne et grande ne pouvait aimer que comme celle du Dante. Ah! s’ils voyaient, ceux-là, l’image vivante d^ cette Beatrix, ils croiraient à la poésie, comme à la peinture. Personne ne peut m’apprendre aujourd’hui à lire la pensée intime de Raphaël et du Dante !
— Maître fou, reprit le comte en riant, tous parlez trop et avec trop de véhemence pour un convalescent ; mais comme vous parlez bien d'ailleurs, je veux que la beauté couronne l’éloquence; allez,enfants, cueillez, cueillez le laurier, pour ombrager ce front bien digne de le porter. Anna courut aussitôt à travers les bois, tandis que sa sœur la suivait é un air pensif. Quand elles furent éloignées, —• ç*, fit le comte, maintenant que je puis parler à cœur ouvert, je vous dirai, Georges, que votre imagination vous tuera; celle flamme sans aliment dévorera voire âme, si vous ne