CHAPITRE II
louchante encore : laissons parler à cet égard Chateaubriand, il raconte ce qu’il a vu dans un langage qui donne à tout un prix inestimable :
« Nous passâmes , dit-il , auprès du tombeau d’un enfant,... on l’avait placé au bord du chemin, selon l’usage, afin que les jeunes femmes, en allant à la fontaine pussent attirer dans leur sein l’ame de la jeune créature et la rendre à la patrie. On y voyait dans ce moment des épouses nouvelles qui, désirant les douceurs de la maternité, cherchaient en entrouvrant leurs lèvres, à recueillir l’ame du petit enfant qu’elles croyaient voir errer sur les fleurs. La véritable mère vint ensuite déposer une gerbe de maïs et des fleurs de lis blancs sur le tombeau. Elle arrosa la terre de son lait, s'assit sur le gazon humide, et parla à son enfant d’une voix attendrie (1).
Eloignons ces tristes tableaux, qui semblaient ne devoir point éclore sousma plume à propos des fleurs, et parlons plutôt du rôle que celles-ci ont à remplir dans nos fêtes publiques; je dois mentionner d’abord cette cérémonie touchante,dontlesadeptes de laliberté ont su priver nos villes, mais que les campagnes nous
(t) Chateaubriand Atala,
NOUYUAU LANGAGE UESFLEGUS.
offrent encore dans toute sa simplicité primitive : la Fête-Dieu.
Aussitôt que l’aurore a annoncé la fête du roi du monde , les maisons se couvrent de tapisseries de laine et de soie ; les rues se jonchent de fleurs, et les cloches appellent au temple la troupe des fidèles* Le signal est donné ; tout s’ébranle, et la pompe commence à défiler.
« On voit paraître d’abord les corps qui composent la société des peuples. Leurs épaules sont chargées de 1 image des protecteurs de leurs tribus, et quelquefois des reliques de ces hommes qui, nés dans une classe inférieure, ont mérité d’être adorés des rois par leurs vertus : sublime leçon que la religion chrétienne a seule donnée à la terre »(i). Ensuite:
L’étendard de Marie avec lenteur s’avance ;
Quatre vierges au front couronné d’innocence Pressent d’un doigt mystérieux Les blancs cordons tombant de la cime argentine, Et qui semblent, tendus à la troupe enfantine,
La guider au chemin des cieux.
Sur l’écharpe d’azur qui ceint votre corsage,
Que votre voile blanc, comme un léger nuage ,
(i) Chûteaubriand, Génie du Christianisme.