CHAPITRE XI
S'exhale dans les airs sans dévoiler tes charmes,
Que ne puis-je, du pauvre en essuyant les larmes,
Lui dérober l’aspect du bienfaiteur !
Timide comme toi, je veux dans ma retraite Et dans l’oubli passer mes jours ;
Un peu d’encens vaut-il ce trouble qui toujours Poursuit notre gloire inquiète P Simple en mes goûts, de paisibles loisirs Rendent mon âme satisfaite ;
Mon nom contente mes désirs,
Puisque l’amitié le répète.
L’avenir m’oublîra ; mais, chère à mon époux Dans mon enfant trouvant mon bien suprême,
Bornant ce monde à ce que j’aime,
Je n’étonnerai point le vulgaire jaloux,
Oui, comme toi, cherchant la solitude,
Ne me plaisant qu’en ces vallons déserts J’y viens rêver, et soupirer ces vers Qui ne doivent rien à l’étude.
Oh! si les pensées suaves et douces qui régnent dans cette pièce sont un rayon de l’aurore, j’aime mieux sa douce clarté que l’éclat éblouissant d’un soleil qui blesse le regard. Mais non, et Delille s’est trompé parce qu’il s’est placé à un faux point de vue;
NOUVEAU LANGAGE LES FLEURS
Il eût dû distinguer entre les travaux littéraires auxquels l’esprit de la femme est apte à se livrer. Certes, je ne viendrai pas ici m’établir le défenseur de ces bas bleus arrogants qui, laissant au fond d’une province mari, enfants, famille, viennent étonner la capitale de leurs prétentions outrées et finissent par végéter en écrivant des paroles de romances ou des devises de bonbons.
Mais quand une femme, instruite sans morgue, spirituelle sans prétention, consacre ses loisirs à quelques essais poétiques dans le genre de ceux que je viens de citer, je dis, sans crainte d’être démenti, que personne ne peut prétendre à plus de finesse d’aperçus à plus de mélodie de style, àplus d’expression etd’ame que n'en contiennent les morceaux qui précèdent, et en particulier l’idylle à la violette.
lËpilocjUf.
Voilà donc encore une fois vos ordres accomplis r madame ; voilà donc encore un livre ajouté à ce déluge de livres qui inonde la société moderne ! M appartientil maintenant de chercher jusqu’à quel point mon œuvre peut avoir son utilité ? est-ce bien à moi à venir proclamer l'éloge de mon propre enfant? ne dois-je pas craindre de me laisser entraîner à une indulgence par trop paternelle? n’importe; car il ne s agira point ici de la forme de cet écrit; je 1 abandonne entièrement à la critique sous ce rapport; je ne veux que développer les intentions par lesquelles j’ai été mû ; expliquer comment ces pages doivent être
NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
lues, par les daines auxquelles elles s’adressent, pour porter leurs véritables fruits.
Vous ne vous attendiez peut-être pas, Clémence, à me voir aborder des questions politiques dans un traité du langage des fleurs ; Singulière erreur, mon amie; peut-on se dispenser aujourd’hui de parler politique à propos de tout? Entrez chez un marchand de nouveautés, pendant qu’on développera devant vous la gaze et le satin , vous entendrez plus loin les commis inoccupés traiter les hautes questions sociales tout en rangeant des foulards de Chine ou en frisant les boucles de leurs cheveux. Moi même, quand je vais chez mon tailleur, au lieu d’entendre à travers la cloison qui sépare l'atelier du salon où le maître mesure les hommes sous son instrument véritablement niveleur, au lieu d’entendre, dis-je, de belles voix allemandes s’unir en choeur pour chanter un des îefrains mélodieux de la patrie, j entends baragouiner véhémentement des questions sociales au milieu du bruit des carreaux qui frappent l’étoffe rebelle.
Dans un tel pays, et avec des dispositions semblables, les améliorations gouvernementales doivent
aller grand train, n’est-ce pas?.Erreur, mon amie,
erreur encore ! on parle beaucoup, mais on agit peu; que dis-je? on n’agit que de manière à reculer le
EPILOGIJE.
progrès. D’une part, on demande trop ou l’on demande de manière à cire refusé : d’un autre côté, on refuse tout dans la crainte d’être entraîné si l’on accorde quelque chose.
Dans ce chaos, si quelque homme honorable croit avoir une pensée heureuse, d’une application utile, croyez-vous qu’il lui soit loisible de la mettre au jour ? point du tout. Ira-t-il vers la pressera presse lui demandera d’abord s’il s’agit d’un fait qui puisse servir de base à un grand scandale, et favoriser le parti auquel le journal appartient. Comment donc faire? s’adresser bien plus haut? sans doute; l'idée est ingénieuse.Vous écrivez au roi; vous lui dites : Sire, toute pensée heureuse devrait aller se vivifier par la sanction royale et redescendre ensuite sur les masses pour améliorer leur sort en excitant la reconnaissance envers votre personne auguste.mais le roi règne et
ne gouverne pas! Vous recevez une réponse du cabinet particulier par laquelle on vous annonce qu’attendu que le sujet de votre lettre semblait rentrer dans les attributions du ministre de l’inlcrieur, on la lui a renvoyée pour y donner suite : quelle suite, bon Dieu! Le ministre qui a bien assez de se défendre contre les prétentions de ceux auxquels sa place donne envie , délègue un chef de division pour l’exa-
NOUVEAU langage des fleurs.
men de votre affaire. Le chef de division, peu inquiet des améliorations qui se produiraient ailleurs que dans ses appointements, passe le dossier à un chef de bureau ; celui-ci saisit un mot relatif à l’ordre public; vite, il se débarrasse de votre lettre en la communiquant au préfet de police, qui charge son secrétaire de vous entendre dans ce que vous pouvez avoir à lui faire connaître d’intéressant pour la sûreté de la ville.
Étonné d’une convocation rue de Jérusalem, vous vous V rendez presque en tremblant; car ce mot de police a toujours quelque chose de repoussant poulies gens tranquilles. Vous arrivez là, et, fort heureusement pour vous, vous trouvez un homme aimable, éclairé, qui, après deux minutes d’entretien, finit par reconnaître et vous avouer que vous êtes victime d’une mystification. Ainsi se terminent vos relations avec l’autorité !
Ln sorte, allez-vous dire , que dans ce gouvernement de tous, par tous, il n’y a que les gens honnêtes qui soient obligés de rester chez eux, de laisser faire et de laisser passer. C’est presque là la vérité, madame ; cependant, il est une voie d’action trop connue de ceux qui veulent faire le mal et dont les gens bien pensants pourraient faire également usage: c’est la