EPILOGUE
propagande des idées ; c’est cet empire du plus éclairé sur celui qui l’écoute avec confiance. On peut bien exciter des émeutes avec cela, pourquoi n’en pas esssayer l'usage au profit de l’ordre et de la vertu ?
Cette question, je veux aujourd’hui que nous l'examinions ensemble; nous arriverons, j’en suis sûr, à nous entendre, et vous reconnaîtrez avec moi que c’est par le sexe aimable, auquel ce petit livre s’adresse, qu’une telle propagande peut seule s’exercer.
« L’idée de réformer les hommes par les femmes n'est pas nouvelle; elle est venue chez les Grecs au plus grand des législateurs et au plus vertueux des rois. Lycurgue, suivant Aristote, essaya de commencer par elles la réforme de Lacédémone.
« 11 n’v a point d’exemple d’une grande société améliorée par les femmes, mais il y en a beaucoup d’hommes en particulier réformés par elles, de révolutions heureuses qu’elles ont occasionnées dans la constitution des lois , et de peuples entiers qu’elles ont préservés de leur ruine. Si l’histoire, qui ne nous offre qu’un petit nombre de combinaisons, ne nous a pas encore montré jusqu’où peut s’étendre leur pouvoir, elle nous apprend une vérité bien incontestable, c'est qu’il n’y a personne de plus intéressé à la réforme des hommes qne les femmes. Partout où les
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peuples onl eu des mœurs, elles ont régné ; et partout où ils sont tombés dans le dernier degré de corruption , elles sont esclaves. Les femmes furent toutes puissantes chez les peuples les plus vertueux de la Grèce. Il n’y a que nous autres Lacédémoniennes, disait l’épouse de Léonidas, qui commandions à nos maris, parce qu’il n’y a que nous qui fassions des hommes. Xenocrite à Cumes, par une simple attitude fait une révolution ; elle se montre à visage découvert devant ses compatriotes et elle se voile devant leur tyran, parcequ'il n’y a que lui, leur dit-elle, qui soit un homme. L’honneur renaît dans les habitants de Cumes et la tyrannie est détruite. Chez les Romains, les femmes étaient honorées à leur mort d’éloges publics, comme les chefs de la nation. En vain le vieux Caton murmurait de leurs prérogatives; ce peuple reconnaissant, en leur faisant part de sa gloire, se ressouvenait que le flambeau de sa liberté avait été allumé au bûcher d'une femme vertueuse. Mais qui peut les voir sans pitié dans presque toute la voluptueuse Asie et sur les rives barbares de l’Afrique, condamnées à de rudes travaux ; ici, vendues pour l'esclavage, là, immolées sur les tombeaux des grands et des rois? Qui peut, même aujourd’hui, voir leur sort avec indifférence dans les lieux où elles ont été sou-