‹ Flore des damesChapitre 17 sur 169 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

j’interrogeai chacun sur le contenu de mon précieux manuscrit. Le professeur d’arabe me dit que c’était un livre sanscrit, le traducteur de sanscrit déclara qu’il s'agissait de syriaque , le savant de langue syriaque soutint que mon manuscrit était en persan moderne, un autre prétendit que l’écriture était sûrement coulique ; bref, après avoir parcouru tous les recoins des galeries, remué toute la poudre scientifique et fait vingt fois, à triple étage, le tour du parallélogramme, compris entre les rues Neuve-des-Pelits- Champs, Richelieu, Colbert et Vivienne, je sortis un peu moins instruit que je n’étais entré, puisqu’il paraissait résulter des avis combinés de nos illustrations linguistes que mon livre n’était écrit en aucune

langue connue.à la Bibliothèque royale. Désolé, ne

sachant plus, comme l’homme qui se noie, à quel brin de roseau rattacher mon espérance, je suivis tristement la place de la Bourse et les Panoramas , espérant, du moins, trouver une distraction à mes ennuis dans le mouvement de la foule et cette douce flânerie que fait naître la vue des étalages brillants du commerce Parisien. En arrivant au boulevard, je me rencontrai face à face avec un vieillard vêtu d’une robe étroite et longue, qu’une ceinture de cachemire serrait autour de scs reins ; ses yeux brillaient sous un bonnetpointu

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de fourrure, d’où sortaientquelquesmèches de cheveux blancs ondoyants, qui se mêlaient aux flots d’une barbe argentine. Parbleu, Monsieur, lui dis-je, vous paraissez être étranger à l’Europe, pourriez-vous me dire en quelle langue ce livre est écrit? Après avoir jeté les yeux sur l’objet que je tirais de ma poche avec précaution, il les tourna vivement vers moi et plein d’émotion : Demandez, dit-il, aux petits du rossignol s’ils connaissent le langage de leur mère ; ces lignes ont été tracées sur les bords où fut mon berceau et où, bientôt, j’irai chercher une tombe ; elles parlent d’une science à laquelle j’ai dû bien des joies et des douleurs ; c’est le traité du Selam , écrit par l’homme qui sut le mieux lire les secrets de la nature. Si ce n’est point une faiblesse indigne d’un vieillard de jeter un regard sur les traces que ses pas ont laissées sur le chemin de la vie, ah! cédez-moi ce livre qui ne peut vous être bien utile et dont le prix est inestimable à mes yeux, par les doux souvenirs qu’il me rappelle.

Je m’empressai d’assurer le bon vieillard, que je satisferais volontiers à son désir, s’il consentait à m’éclairer sur le contenu du livre, et y joindre les enseignements de son expérience; le marché fut bientôt conclu, et je ne crois pouvoir mieux faire que de vous transmettre l’extrait de nos conversations.

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