CHAPITRE I
jetées en aliment à 1 avide curiosité de chaque jour et qui passent souvent trop inaperçues, Jules Janin voulut payer un tribut de regret à la femme dont le goût a mérité tant de fois vos éloges. — Madame Prévost, la marchande de fleurs du Palais-Royal. Admis dans son intimité, Janin ne put voir se fermer, froide et muette , la pierre qui allait la couvrir à jamais, et prodigue de sa verve, parce qu’il était véritablement ému, il voulut consacrer à madame Prévost une des plus charmantes élégies qui soient jamais sorties de sa plume. 11 nous introduit donc d’abord sur le lieu de la scène: « Non loin, dit-il, du corridor sombre qui conduit sur la scène du théâtre français, derrière un énot me pilier, se cache dans la pierre , comme la violette se cache sous la feuille, la boutique ou pour mieux dire, le parterre de madame Prévost. Parterre éternel, celui-là - il ne redoute ni le froid de l’hiver, ni Tardent soleil de Tété, ni la poussière, ni l’orage. Un printemps perpétuel habite ce massif pilier. A cette ombre protectrice se plaisent, plus qu’en tout autre lieu, les roses de toutes les saisons, les pâles violettes, la modeste anémone, le superbe camellia,
1 œillet odorant, le dahlia devenu vulgaire ; sur ces quatre pieds carrés, la Flore parisienne verse chaque matin les trésors de sa corbeille, depuis la fleur de
nouveau langage des fleurs-
l’oranger qui pare le Iront des reines, jusqu à la modeste marguerite....
« La jeune femme ne passait jamais devant cet humble parterre sans se souvenir en soupirant de la première fleur qu’elle avait mise à son corsage. Là venaient butiner chaque jour toutes les passions timides de Pai is. Cette boutique de madame Prévost renfermait des idylles toutes faites, de molles élégies, des poésies parlantes 3 on y trouvait écrits, à toute heure, dans le calice embaumé des fleurs, les seuls billets doux qu’une femme accepte toujours, même en présence de son mari. Au besoin vous auriez trouvé chez madame Prévost, la langue universelle
tant cherchée par les philosophes.» Remarquez-
vous, madame, la langue universelle, etcestJanin qui le dit !
Après avoir fait le portrait de son héroïne, le poète vient à nous parler du livre où madame Prévost inscrivait les noms de tous ceux qui dépeuplaient sa riche corbeille :« Singulier livre, terrible histoire ! touchante histoire! Que de noms qui se tiennent par un lien de fleurs ! que de chaînes tour à tour brisées , renouées, rompues ! que de dates funestes. Voilà donc d’où venait la fleur que vous portiez dans vos cheveux, Coralie, et vous disiez que vousl aviez cueillie