‹ Flore des damesChapitre 22 sur 169 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

peut donc rester sous-entendu toutes les fois qu’il n’est pas déterminatif du verbe. Du reste, quand on veut bien s’aider de la double opération de l’analyse et de la synthèse, on arrive aisément à comprendre ou à composer un sélam. La nécessité peut quelquefois hâter singulièrement nos progrès àcet égard : en voici la preuve : j’étais jeune alors, et peu initié encore aux finesses du langage des Heurs; parcourant seul des pays divisés par les discordes d’une multitude de chefs ambitieux, je fus pris pour un espion et retenu captif dans une petite bourgade que le sort des armes avait récemment maltraitée; l’homme inculte est méchant quand il est malheureux ; ma mort fut résolue par forme de représaille ; pendant que j’attendais mon sort, je vis un jour tomber à mes pieds l’armoise et le souci pluvial : l'un signifiait présagé, l'autre bonheur, en fallait-il davantage pour ranimer en moi l'espoir de la liberté ? Je m'accrochai aux barreaux de l’étroite ouverture qui inc servait de croisée, et j’aperçus une jeune fille qui fuyait ; son doigt, placé sur sa bouche, semblait m’inviter à la prudence ; je ne pus cependant m’empêcher de rester assez de temps dans la position que j’avais prise pour bien considérer celle qui s’intéressait à mon bonheur; elle était belle, mais je ne sais quoi de triste empreint sur sa physio-

NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

nomie, inspirait la pitié et semblait indiquer qu’elle était malheureuse. La journée suivante se passa sans que je visse ma libératrice ; car c’est ainsi que mon cœur aimait à la nommer: Enfin, vers le milieu de la nuit j’entendis l’homme qui gardait la porte de ma prison, s’écrier d’une voix brusque : Eh quoi ! folle, es-tu donc amoureuse de l’homme qui doit mourir? Que veut dire ce Selam, donne-le-moi ; mais, agile, la jeune fille s’élança, et ce second bouquet suivit la route qu’avait prise le premier. Avec quelle impatience j’attendis le jour î L’odorat, le tact, cherchèrent mille fois à deviner ce que les yeux seuls pouvaient lire; enfin, aux premiers rayonsdu soleil, je découvris l’ériné des Alpes, le laitron de Laponie, le peuplier noir, le fenouil et le prunier sauvage; leur disposition exprimait : jeudi, à une heure de la nuit, le courage et la force te rendront indépendant. Jeudi était le lendemain ; comme les heures me parurent longues! de combien de minutes elles eussent été composées si j’avais dù supputer d'après le battement de mes artères! Enfin l'instant arriva. J’avais entendu tour à tour le bruit désarmés, celui plus pacifique des verres, et toutsemblaitreplongé dans le silence, lorsqu’un craquement, dans le coin le plus obscur de mon réduit, attira mon attention ; une porte secrète venait de s’ouvrir, et la jeune fille

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