CHAPITRE III
ou Selam entra (l’un air déterminé; elle remit un poignard entre mes mains; puis, allumant un tas de branchages qu’elle avait apporté, elle m’entraîna, quand elle vit les flammes gagner la toiture ; nous étions déjà loin avant que l’alarme fut répandue ; les gardes dormaient du sommeil de l'ivresse.
Quand nous fûmes au milieu des bois, ange du ciel, dis-je à ma libératrice, tu vas me suivre, la vie que tu m’as rendue sera désormais dévouée à la tienne.—Non, reprit-elle, cela ne se peut; lu ne connais pas la tâche que je me suis imposée! la mort seule pourra m’en délivrer. Enfant, je fus, comme loi, traînée en esclavage; pour éviter le sort qui m’attendait, j’eus le courage de feindre la folie, et je vécus au milieu de ces bordes que je déteste, environnée du moins d’une pitié respectueuse ; mais si j’ai flétri mon existence par ce triste mensonge, c’était moins pour conserver des jours qui ne sont rien, que pour me consacrer au bonheur de dérober à ces barbares une partie des captifs que leur accorde la guerre; ils n’osent punir la folie des entreprises audacieuses qu’ils lui voient quelquefois tenter, ils n’osent surtout la soupçonner des ruses qu’elle emploie pour remplir ses desseins ,• va donc, fuis : moi, je retourne dans ma cabane feindre un sommeil que je ne goûte jamais, et demain, pauvre folle, j’irai
52 NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
demander, d’un air stupidement barbare, si les flammes ont respecté tes os.
Je ne pus que serrer avec reconnaissance la main delà jeune fille, et pour lui obéir, je m’éloignai rapidement, roulant dans mon esprit des projets de vengeance; mais la raison fit bientôt évanouir ces vaines chimères, et il ne me resta, de cette aventure, qu’une double reconnaissance au cœur: pour la jeune fille qui avait consacré sa vie tout entière au soulagement de ses frères, et pour Dieu qui lui avait donné dansles fleurs un moyen secret et facile de communiquer avec ceux sur lesquels devait s’exercer sa charité.