CHAPITRE III
DEUXIEME DIALOGl'E.
Moi. — Vous m’avez éclairé, mon père, sur les premiers mystères du selam, mais il reste encore bien des points sur lesquels mon esprit n’est qu’à demi satisfait; ainsi, selam, si je ne me trompe, veut dire lettre par signes ; mais, à part cette correspondance entre deux personnes éloignées, n’en peut il exister une autre, immédiate, rapide comme la parole et qui ne permette pas de grouper les fleurs d'après les règles que vous avez exposées?
Le vieillard.— Sans nul doute ; il peut arriver, dans mainte circonstance, que les fleurs nous servent à nous communiquer des pensées que nous voulons dérober à un tiers ; c’est alors seulement que l’on peut employer le mode indiqué dans tous vos traités, et développé avec tant d’esprit par M me Charlotte de la Tour, et par M me Leneveux.
Les temps du verbe s’expriment ainsi : le présent, en tenant la fleur symbolique à la hauteur du cœur.
Le passé, en la présentant le bras incliné vers la terre,
Le futur, en la portant à la hauteur des yeux.
Pour désigner les personnes on tient les fleurs droi-
NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
tes et de la main droite pour dire je ou moi ; penchées à gauche et de la main droiie pour exprimer tu ou loi; et enfin droites de la main gauche pour signifier il ou lui. Pour donner au symbole une valeur contraire de celle qui lui estassignée par l’usage, il suffît de tenir la fleur renversée. Ainsi la branche de myrte, dont la signification est amour, pourrra peindre la haine quand elle sera présentée dans la position que je viens d’indiquer.
Moi. — J’avais trouvé dans les auteurs celte manière de modifier l’expression de selam, et j’attendais impatiemment que vous me disiez si elle était admissible, ou, dans le cas contraire, d’où provenaient ses défauts.
Le vieillard. — Vous avez fort bien fait d’attendre, car la patience est la mère des bonnes études. Une instruction trop précipitée a l’inconvénient de manquer de logique et de clarté; elle peut produire sur l’esprit le même mal qu’un repas pris à la hâte produit sur l’estoinac. 11 éloufle et ne nourrit pas.
Vos auteurs, dites-vous, ont indiqué cette manière de modifier l’expression du selam ; c’est déjà une erreur. Le selam est une lettre, c’est-à-dire la représentation de la pensée d’une personne absente; or, vous semblerait-il possible de concilier le faitdel’ab-