‹ Flore des damesChapitre 4 sur 169 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

reste de sa personne était si grossier que ie regard disparaissait dans celte large physionomie- Ce monsieur-là était évidemment mieux élevé que l’autre ; c’était bien mieux qu’un Parisien de province, c’était un provincial de Paris. A force de vivre dans la ville, il en avait saisi sinon l’élégance et la grâce du moins le scepticisme et l’esprit.—Madame, dit-il, à M me Prévost, voulez-vous faire porter un bouquet pour ce soir chez M me de Melcy ?

» Celui-là sorti :—« Pour celui-là, me dit M"' e Prévost, je ne lui ferai ni bien ni mal :M me de Melcy aura un bouquet comme tout le monde, quelques beaux dahlias et quelques fleurs sans odeur; elle pourra le porter à la main ou le mettre à sa ceinture; l’homme qui sort d’ici n’est pas un fat, ce n’est pas un imbécille, il fait peut-être une faute en envoyant un bouquet à cette dame qui certes ne le lui a pas demandé ; mais cependant je ne me mêlerai pas de ses affaires, qu’il se défende et qu’il se protège lui-même !» Aussitôt dit, aussitôt fait. M me de Melcy eut donc un second bouquet, moins gros, moins odorant et beaucoup moins ridicule que le premier.

» Ce second bouquet parti, j’allais sortir, quand je vis se glisser dans la boutique de M ,ne Prévost unbeau jeune homme de dix-huit ans, mais si tremblant , si

NOUVEAU LANGACE DES TUEURS

timide, si bien rougissant qu'on eût dit qu’il entrait chez la dame de ses pensées — Madame, dit-il tout bas et tout ému, seriez-vous assez bonne pour envoyer quelques fleurs, sans dire de qui elles viennent, à M n,e de Melcy ? Disant ces mots, il tendait à M me Prévost un louis d’or. — M me Prévost, très peu étonnée de ce troisième arrivé, lui rendit 17 fr. sur sa pièce d’or; puis quand il fut sorti :

» — Çà, dit-elle, je veux faire quelque chose pour celui-là; il est jeune, il est beau, il est timide, il est modeste, il ne veut pas qu’on sache que c’est lui qui envoie ces fleurs, je le protège. Parlant ainsi, elle prenait presqu’au hasard dans sa corbeille quelques fleurs des champs, très simples, douces couleurs, douces odeurs, et elle composait un bouquet qu’on eût dit cueilli dans la prairie au mois de juin. Par un caprice soudain, elle plaça au beau milieu de ce bouquet un brin de serpolet en fleurs. Moi, je la regardais faire ; elle cependant m’expliquait tout ce mystère. — « 11 est impossible, disait-elle, que M n,u de Melcy ne choisisse pas ce soir ce bouquet-là parmi les trois qu’elle va recevoir. Le premier est un bouquet de bouchère à grosses fleurs rouges ; si une femme le portait au bal, elle aurait l'air d’avoir trop bu; le second bouquet est trop blanc pour une jeune femme langoureuse

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