CHAPITRE I
et pâle comme estM" K deMelcy; celui-ci, au contraire, est vif, animé, modeste : il ne ressemble à nul autre, il est frais, il est gracieux, il sera porté ce soir.— N’êles-vous pas comme moi, ne protégez-vous pas ce petit jeune homme? » ajouta-t-elle en riant.
« A demain, lui dis-je—Et que ferez-vous ce soir ? reprit-elle. — Je vais à l'Opéra. — Grand bien vous fasse ; voulez-vous un bouquet, mais un vrai bouquet, pour jeter à M ,le Taglioni?
» Ce soir-là M lle Taglioni, cette merveille de l'air, nous faisait ses adieux. Nous allions la perdre, sinon pour toujours, du moins pour bien longtemps , celte adorable créature si légère que l'oiseau l’envie; tout Paris s’était porté à l'Opéra pour revoir son idole bien aimée. La salle était pleine jusqu'aux combles. J’étais de très bonne heure à mon poste , dans une seconde loge à gauche, et je pensais à cette grande perte que nous allions faire , quand soudain s’ouvrit brusquement la loge voisine de la mienne : deux femmes, l'une très jeune, l’autre sur le retour, se placèrent sur le devant de la loge, pendant que trois cavaliers qui les accompagnaient s’arrangeaient, les deux plus âgés derrière les deux dames, le plus jeune sur la banquette de derrière: — Et jugez de ma stupeur! Je reconnus les trois jeunes gens que j’avais vus chez
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NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
M me Prévost lout-à-l'heure : le grand honnne bruyant et fier, le gros fin et silencieux, le petit qui se cachait dans son bonheur. La vieille dame sur le retour tenait à la main le bouquet rouge; la jeune dame avait à son côté souple et délié les fleurs des champs. Elle paraissait faite pour ces douces fleurs, qui paraissaient faites pour elle. La pâleur de son teint s’animait au reflet des marguerites ; de temps à autre elle semblait aspirer avec délices la faible odeur du serpolet. J’aurais de bon cœur averti de sa bonne fortune le jeune protégé de M me Prévost ; mais le moyen de lui dire : — « Mon ami, félicitez-vous ! Vous avez deux rivaux qui ont envoyé chacun un bouquet à votre maîtresse. Le premier bouquet, M me de Melcy l’a infligé a son amie ; le second bouquet, elle l’a gardé pour parer sa chambre ; elle porte le vôtre à son corsage ; vous êtes le plus heureux des trois ! » Mon jeune fanatique était véritablement dans une position à ne rien écouler.
» Le spectacle commença. Que vous dirai-je de M lle Taglioni ? Elle fut adorable ; elle s’enveloppa tant qu’elle put dans sa tristesse charmante, comme Junon, sur le mont Ida, s’enveloppe dans son transparent nuage. Elle s’abandonna cœur, corps et âme, tant qu’elle put, àses chastes transports. Le parterre ravi et charmé la suivaitde Pâme et du cœur dans ce septième