CHAPITRE I
ciel qu’elle a découvert. Moi cependant, ce soir-là , j’étais également partagé entre M ile Tagliorii et M me de Melcy.j j'étais à la fois sur la terre et dans le ciel M lle Taglioni était si légère, rnaisM me de Melcy était si belle! Celle-ci s’envolait si bien dans son nuaçe , mais celle-là était si près de moi! oui, tout à côté de moi ! Elle tournait vers moi sa blanche épaule recouverte d’un lin duvet imperceptible ; ses cheveux noirs se posaient à peine sur ce cou d'un blanc mat; son bras nu plus d’une ibis se glissa dans ma loge, près de moi! —Cependant les trois hommes qui étaient derrière elle étaient occupés, chacun selon sa nature : le grand homme faisait du bruit, applaudissait à outrance et criait bravo ! le gros profitait du tapage de son voisin pour murmurer tout bas à l’oreille de la belle dame quelques uns de ces mots sans suite qui ont toujours ou lmp de sens ou pas assez de sens ; le petit jeune homme, abasourdi dans sa contemplation muette, n’aurait même pas pu vous dire, — qui donc était avec lui, là^haut dans le ciel. De ces trois hommes, l’un était stupide , l’autre était trop habile, le troisième était tout simplement un niais : i! était donc le plus avancé des trois.
» La dame entre ces trois hommes se tenait comme doit se tenir une femme d’esprit qui n’a pas trop de
cœur. Tour à tour elle applaudissait M lle Taglioni, elle écoulait parler le gros garçon, elle regardait de côté le petit jeune homme qui ne pouvait la voir; elle avait même pour moi, son voisin, quelques-uns de ces regards incertains qui ne sont ni l'attention, ni l'indifférence; après quoi elle revenait à son bouquet et au brin de serpolet qu'elle flairait avec une joie enfantine. Elle était vraiment très jolie, d’une beauté transparente et calme, œil ouvert comme l'âme, de beaux cils noirs, de beaux cheveux noirs,une petite main, la bouche presque rouge, tant ce sang brun éclate sous la peau, la dent très blanche. Je comprenais bien que le petit jeune homme fût si amoureux, je ne comprenais pas qu’il fût si bête. De ces trois hommes il n'y avait que moi qui s’occupât convenablement de cette belle personne : je la voyais sans la regarder, je l’entendais sans lui parler, je la trouvais belle sans le lui dire.
« Ala fin, M lle Taglioni avait dansé, avec quelle adorable élégance, vous le savez, l’admirable dernier pas de la Sylphide, quand soudain toute la salle se leva comme un seul homme : l ame, les mains, les pieds, les cœurs, les voix se confondaient dans un applaudissement unanime. C’en est fait, pas une seule femme ne garde le bouquet qu’elle avait à la main ou sur le cœur; ce fut aux pieds de M lle Taglioni une avalanche