CHAPITRE V
France accomplissait cette louchante et naïve cérémonie. Cet usage était encore dans toute sa vigueur au XVI e siècle, et paraissait d’une certaine importance , en ce qu’il servait à fixer la préséance par un acte de possession public et notoire.
En 1541, la baillée aux roses donna lieu à une contestation sur la préséance entre le jeune duc de Bourbon Montpensier et le duc de Nevers, tous deux pairs de France, mais avec cette différence que le moins ancien des deux pairs se trouvait prince du sang. La question déférée au Parlement, il intervint un arrêt portant « qu’ayant égard à la qualité de prince du sang jointe avec la qualité de pairie, la cour ordonnait que le duc de Montpensier pourrait le premier bailler les roses».
Vers 1589 , la baillée aux roses cessa par la raison que les Ducs et Pairs n’eurent garde de se soumettre à cette cérémonie envers un parlement de la façon de la ligue.
Sous le règne de Louis XIV, le premier président Lamoignon eut quelques velléités de rétablir celte ancienne coutume ; il en parla au maréchal de Villeroi qui lui répondit, si nous devons en croire Bussy Rabutin :
— Monsieur le Président, les pairs de France qui
NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
tiennent avant tout aux prérogatives de la couronne, ne s’entendent pas toujours bien avec le Parlement ; croyez-moi, restons les uns et les autres dans nos limites; n’exhumonspas d’antiques coutumes qui deviendraient peut-être de véritables sujets de discorde, et surtout gardons-nous, en gens sensés, de découvrir le pot-aux-roses.
Nous pouvons bien admettre que M. de Villeroi se permît cette pointe d’assez mauvais goût; car en France la plaisanterie, bonne ou mauvaise, a toujours eu une grande puissance. Quoi qu’il en soit, la baillée aux roses a cessé, depuis lors, de compter au nombre des coutumes parlementaires.
Rosière.
C’est à Saint-Médard, évêque de Noyon, qu’est due l’institution touchante d’une récompense à la vertu oflerte par la vertu même. Une simple couronne de roses était le prix ; mais il devait être décerné par toutes les jeunes filles d un village à celle qu’une pratique constante de ses devoirs faisait reconnaître pour la plus modeste et la plus sage. La sœur du saint fondateur eut 1 honneur d’être désignée la première en 532, à Salency,lieude sa naissance, pour obtenir la couronne de rosière.