CHAPITRE I
de fleurs. Oh ! cependant, que de prières muettes, que de tendres serments attachés à ces fleurs et sur ces fleurs ! Oli ! les femmes enthousiastes qui jettent ainsi aux pieds d'une femme cette odorante moisson, dont chaque feuille est une espérance ou un souvenir! Mais la chose était ainsi : ces femmes, si elles y eussent pensé, auraient jeté leurs diamants et leurs perles à la sylphide qui s’en allait.
» Seule, peut-être, M mc de Melcy avait gardé précieusement le modeste bouquet placé à sa ceinture. Malheureusement pour lui, le petit jeune homme, jusqu'alors immobile et muet, soit qu’il fût rdveillé par l’enthousiasme universel, soit qu'il voulût montrer à tous qu’il avait vu le ballet, se levant tout à coup, se mit à crier comme les autres et à applaudir. Alors je vis la jeune femme tirer violemment le bouquet de sa ceinture, en respirer l’odeur encore une fois, couper avec ses dents le serpolet en fleurs, et enfin de sa main blanche jeter aux pieds de M lle Taglioni ces fleurs tant aimées. En ce moment M me de Melcy était admirable. A peine son bouquet était-il tombé sur la scène, qu’elle le regretta, et se tournant vers les trois hommes avec un regard suppliant et plein de douleur : « Qui de vous me rapportera mon bouquet? » leur dit-elle.
«Mais allez donc chercher une fleur danscette mon-
NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
tagne de fleurs! Quand ces trois hommes entendirent le vœu de leur souveraine, vous les eussiez vus dans toutes sortes d’attitudes. Le plus grand répondit en riant qu'il aimerait autant chercher une goutte d’eau dans la mer. Le plus gros appela la dame : capricieuse! Le plus jeune sortit comme un fou pour se précipiter sur le théâtre. Pendant ce temps, le grand homme donnait son châle à la dame, le gros homme offrait son bras à la dame. Moi, je sortis de ma loge pour aller faire mes derniers adieux et mes derniers compliments à M lle Taglioni.
»Ence lemps-là, on entrait sur le théâtre de l’Opéra sans qu'il fût besoin d’avoir une médaille d’ivoire dans sa poche. Il suffisait qu’on fût un peu connu du contrôleur, et l'on entrait. Mon jeune homme, haletant, se tenait à cette porte qui s’ouvrit pour moi et pour lui. M lle Taglioni était encore sur le théâtre, au milieu de cè monceau de fleurs, si heureuse et si triste à la fois, qu’à la voir on se sentait l’envie de pleurer et de rire, Elle nous tendait scs petites mains en nous disant adieu , quand tout d'un coup elle se recule épouvantée en voyant mon jeune homme fourrager au milieu de ses fleurs pour trouver le bouquet de sa maîtresse ; mais à dix-huit ans comment reconnaître une fleur parmi les fleurs PToulauplus peut-on reconnaître une femme