‹ Flore des damesChapitre 8 sur 169 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

parmi les femmes! jeilis tout bas à M lle Taglioni de quoi il s’agissait, elle fit alors un petit vol en arrière, elle avait l’air de dire à ce jeune homme : cherchez bien , Monsieur.

» Comme elle se relirait, moi qui étais de sangfroid, je découvris dans cet amas de camellias et de roses mon adorable petit bouquet champêtre. Quoi d’élonnant? jel'avais vu faire, je l’avais contemplé tout le soir ; il était le seul de son espèce dans cet amas de fleurs. Je mis d’abord le charmant bouquet dans ma poche. — Monsieur, dis-je ensuite au Malheureux jeune homme, avez-vous trouvé ce que vous cherchiez?

— « Hélas! Monsieur, reprit-il, je suis un insensé; je ne sais même pas ce que je cherche. Et il se mettait en mesure de chercher encore, lorsque le théâtre fut envahi par la multitude des danseuses subalternes qui venaient se partager les dépouilles odorantes de Mile Taglioni.

«Je me trouvai donc dans la rue avec mon jeune homme. — Voulez-voust lui dis-je, que je vienne à votre aide demain ?

« 11 accepta avec empressement, et nous nous donnâmes rendez-vous chez moi pour le lendemain.

«Lelendemain, mon jeune homme fut exact; à neuf

22 NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

heures du soir, il était chez moi en grand habit de bal. — Eh bien! me dit-il tristement, savez vous quelque chose de notre bouquet ?— Je vous conseille, lui disje, de mettre tout simplement à votre boutonnière ce brin de serpolet tout flétri ; il m’a souvent porté bonheur. Rappelez-vous seulement que je vous le prête, et que je ne vous le donne pas.

« Il me regarda d’un air si triste que j’eus envie de lui rire au nez; mais cependant il se laissa faire (on a tant de superstition quand on aime !) et nous sortîmes lui et moi pour aller au bal de M me de Melcy, à laquelle il devait me présenter. Nous enlrons. Les deux rivaux étaient déjà dans la place, où ils avaient introduit les plus belles fleurs et les plus rares. Les salons se remplissent lentement; la belle veuve était triste et rêveuse. Le jeune homme me présente, elle me salue de cette façon languissante qui veut dire : à la bonne, heure! quand tout à coup son regard s’anime, le sourire revient sur ses lèvres : — Bonjour, Arthur, ditelle au jeune bomme ; vous venez bien tard ce soir ?

« Un mois après, M me de Melcy épousait Arthur; ce jour-là Arthur portait encore à la boutonnière mon brin de serpolet. — Arthur, lui dis-je, maintenant que mon talisman a eu tout son effet, vous me le rendrez ce

soir.

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