‹ Flore des damesChapitre 9 sur 169 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

— « Quoi vous rendre ? ditM rae de Melcy.

— « Ce brin de serpolet, Madame, reprit Arthur; il me l'a prêté il y a un mois, il est à lui, et le voici.... En même temps il faisait mine de me le rendre avec un gros soupir.

« Par pitié , s'écria M ,ne de Melcy, laissez-le lui !

— « Et que me donnerez-vous, Madame?

— « Tenez, reprit-elle tout bas, rien pour rien.—Et elle sortit de son sein l’autre moitié de la branche desséchée qu’elle avait tranchée avec ses dents.

« Je retournai chez M ,ue Prévost, et je lui racontai mon histoire. — Bon, dit-elle, je ne croyais pas si bien faire. Et vous avez revu Mme de Melcy?

■— « Elle est partie pour ses terres de Normandie — parmi le thym et la rosée, ajouta M me Prévost. »

A la suite de cette histoire, l’auteur nous ramène à la femme dont il déplore la perte prématurée et à l’art qu’elle cultivait; « elle n’est plus, dit-il : avec elle l'année a perdu son printemps, le bal sa plus fraîche parure. Elle avait fait du bouquet une science , de la plus petite fleur un langage; elle savait toutes les langues que parlent les roses; elle entendait ce que disent les marguerites dans les bois, ce que raconte le chèvrefeuille aux vieilles tourelles; elle devinait les murmures des violettes et

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les soupirs des dahlias dans leurs serres. Elle était la providence de toutes les passions jeunes et inspirées; elle nous avait délivrés de l’élégie amoureuse, du dithyrambe galant, del’épitre à Cldoris, de toutes ces poésies prétendues badines qu’elle avait remplacées par les fleurs de son jardin. Elle n’est plus , il n’y a plus de poésie dans la rose , il n’y a plus de parfum dans la violette ; les fleurs d’hiver ne sont plus que des fleurs dont on se pare une heure, et que l’on jette après au coin de la borne. Qui donc, maintenant qu’elle est morte, nous fera tout un drame avec son brin de serpolet ?

« Et le livre dcM me Prévost; savez-vous ce qu'il est devenu ? M me Prévost l’a brûlé elle-même vingt-quatre heures avant de mourir! Elle suivait d’un regard tranquille la dernière étincelle de ce feu léger qui consumait tant de serments si peu tenus , tant de prières si souvent exaucées, tant de promesses jetées auvent. Avec M m «= Prévost sont ensevelis tous les mystères du cœur humain qu’elle avait découverts, dont elle seule eût pu écrire l’histoire avec une épine de rose; serments plus légers que la feuille d’automne, paroles d’amour que l’écho emporte, vagues parfums moins fugitifs que ces serments d’amour, histoire du monde parisien que je me garderais de révéler, quand

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