CHAPITRE V
panachées ! C’est bien le chef-d'œuvre de Part horticullural ; c’est vraiment un bel et noble arbuste ! Nous ne pouvons le voir chargé de milliers de fleurs comme à Naples ou dans l’Asie orientale, sa patrie ; nous n’avons rien qui approche du célèbre patriarche des camellias européens, celui de Caserte, s’élevant à 15 mètres de hauteur; mais le talent, on devrait dire le génie de nos jardiniers, nous dédommage par les étonnantes variétés que crée la fécondation artificielle ; leur nombre passe déjà cinq cents, toutes plus séduisantes les unes que les autres. Si le camellia, à une seule variété près, est absolument inodore , il ne faut pas trop s’en plaindre ; nous pouvons introduire sans danger ses brillantes corolles dans nos appartements qu’elles réjouissent, lorsque la terre est glacée et dénuée de toute parure ; et puis, vous savez bien qu’on ne saurait avoir toutes les perfections. C’est au père Camelli, jésuite, que nous devons cette heureuse conquête; il nous apporta, en 1739, la rose du Japon, la rose du Catliay, comme on l’appelait alors; mais Linné eut assez de goût et d’esprit, pour donner à la belle fleur le joli nom qui lui est demeuré. Heureux le camellia , si quelques jardiniers modernes , cédant à une absurde manie, n’eussent désigné une foule de variétés charmantes, par des noms ridicules, j’en de-
nouveau langage des fleurs.
mande pardon aux personnages d’ailleurs fort respectables, qui les ont portés par accident. Vous allez visiter l’exposition de la société royale d’horticulture ; en entrant vous êtes tout d’abord enchanté, ravi; vous courez d’un camellia à l'autre, ne sachant auquel donner la préférence; vous voulez enfin savoir comment on nomme votre favori, et vous reculez en voyant que c’est un Kewblusk ou bien un Striped , un Sckrimakersii, peut-être un Drouard-Gouillon! Le moindre inconvénient de ces appellations mélodieuses, et d’une foule de superlatifs plus ampoulés que latins, c’est de jeter une confusion déplorable dans la synonimie. » Voilà certes une critique juste, qui s'applique non seulement au camellia, mais encore à toutes les plantes d’ornement dont le catalogue suffirait seul pour faire reculer d’horreur l’amateur empressé dont l’oreille aurait encore quelque délicatesse, et l’esprit un peu de goût.