‹ Flore des damesChapitre 90 sur 169 · SAULE PLEUREUR · texte numérisé non relu

SAULE PLEUREUR

Amant de Pholoë, le beau Salix un jour Sous Pombrage des bois soupirait son amour,

Pholoë, tendre et sage , en cette solitude,

Souvent laissait errer sa molle inquie'tude;

Tantôt joignant sa voix à la voix des oiseaux ,

Tantôt rêvant assise au bord des clairs ruisseaux, Parfois cueillant des fleurs , et de ces fleurs moins belles Relevant sans apprêts ses grâces naturelles ,

Son berger, s il paraît, lui cause un doux plaisir;

Mais elle aime sans crime , et sourit sans rougir.

Lui, mêlant jusqu alors , fidèle à 1 innocence ,

Le respect au désir, la crainte à Tespérance ,

U attendait qu’hymen , de rose couronne ,

Vînt proclamer l’epoux dans l’amant fortune'.

Qui peut compter, bêlas! sur ta vaine promesse,

I aible raison ? L’amour se rit de la sagesse.

Pholoë, ce jour Là, sous un berceau lointain ,

Se confiait, paisible, à la fraîcheur du bain :

150 NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

Là d’épais aliziers, penches sur l’onde pure, Prote'geaient, sa pudeur d’un rideau de verdure. Le calme de ces lieux, leur silence e'carté,

Ce demi-jour des bois, plus doux que la clarté, Tout lui dit : « Ne crains pas un regard téméi-aire » Belle nymphe : pour toi, veille ici le mystère ».

Cependant vers cette onde ouverte à tant d’appas , Le hasard , non le crime , avait conduit tes pas, Salix ; et seul coupable, à travers le feuillage Zéphyr t’a révélé les secrets du rivage,

Dieux ! que d’attraits offerts à ton œil enflammé ! Pâris fut moins ému, quand sur l’Ida charmé Il vit, galant arbitre , et Junon sans parure,

Et Minerve sans voile, et Vénus sans ceinture.

Ici des flots mouvants, le limpide cristal Trahit d’un sein de lys le contour virginal ;

Là , sur l’azur des eaux, levant ses tresses blondes, Elle semble Vénus sortant du sein des ondes.

Salix rougit, se trouble; un feu séditieux Dans ses veines s’allume, étincelle en ses yeux ;

Il veut parler : sa voix expire, et vers la rive,

Demi-courbé , l’œil fixe, et l’oreille attentive,

11 tremble que son souffle , agitant les rameaux ,

De son bruit délateur n’épouvante les eaux.

Page 1