‹ Flore des dames, ou, Nouveau langage des fleursChapitre 10 sur 23 · FEUILLE, VIOLETTE ODORANTE · texte numérisé non relu

FEUILLE, VIOLETTE ODORANTE

Æ. JU’marui imp ■

(liguassent à toutes, et qu’ils auraient même pu étendre à beaucoup d’autres objets.

Violette. — Modestie.

La plus douce, la plus suave et la plus modeste de toutes les Heurs, recevra notre dernier hommage.

Une petite parabole de Krummacher nous paraît la plus jolie citation que l’on puisse faire au sujet de la violette.

« Un matin de printemps, Maria se promenait avec son père et sa mère dans la campagne , et elle leur dit :

— Pourquoi aime-t-on tant la violette? Je sais qu’on l’a souvent placée dans beaucoup de jolies chansons , et aussitôt qu’elle fleurit on la cherche avec empressement, et l’on se réjouit de la trouver.

— Songe, répondit la mère, que c’est le premier don que le printemps nous apporte après le triste hiver. On a d’autant plus de joie de voir le bien et le beau qu’on les a désirés plus longtemps.

— Ne nomme-t-on pas aussi, demande la jeune fille , la violette fleur de la modestie ?

— Oui, et elle mérite bien ce nom , dit la mère ; car elle croît en secret, humble et timide, et cependant elle est belle cl répand un parfum aussi doux que quelque autre fleur que ce soit.

— Et voilà pourquoi, dit le père , on l’estime, ou la cherche et l’on se réjouit quand on l’a trouvée.

Si la modeste violette

Sous l’herbe se voile en naissant ;

Son mérité perce en cachette Comme l’esprit en se montrant.

Un peu après. Maria trouva entre des épines une violette épanouie. Mais une large goutte de rosée remplissait le calice de la petite fleur et la faisait pencher vers la terre.

Alors la jeune fille s’arrêta et dit :

— Celte lourde goutte de rosée va renverser notre violette !

— Oh ! non , répondit la mère ; ne brillet-elle pas dans ce calice comme une perle?

Bientôt le soleil s’élèvera, et alors tu verras la violette s’élever encore plus belle , et exhaler un parfum plus doux , car la rosée du ciel nourrit et rafraîchit les Heurs.

— Remarque aussi, dit le père, que la violette croît entre les épines; mais elles ne lui nuisent pas; au contraire, elles la protègent contre le souffle trop froid de la nuit et contre le vent orageux. C’est là encore une précaution de la Providence.

Et là-dessus , Maria répondit en regardant la petite fleur.

— Eh bien , je ne cueillerai pas la violette avant que la goutte de rosée ne l’ait embellie et fortifiée.

— Oh! dit la mère, comme la simplicité de l’enfant est prompte à sentir ce qu’il y a de céleste dans les choses du monde!

— C’est que, répondit le père, celte simplicité se rapproche du ciel.

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