DE CHINE
7 WAWW yV V/ S?<edJە
JY. Jtè/nonJ rmp ■
N’est plus gonflé par les orages ;
Le zéphyr chasse les frimas,
Et l’hirondelle voyageuse, Franchissant la mer orageuse, Revient habiter nos climats ; L’aimable et tendre Philomèle Fait entendre ses doux accents; L’amour a fait naître ses chants , L’écho les répète avec elle;
Le cygne au plumage argenté,
Sur l’onde se jouant sans cesse , Incline son cou , se redresse,
Plonge, et tout fier de sa beauté,
De sa grâce et de sa noblesse.
Navigue avec agilité.
Partout quelle vive allégresse!
Quelle joie au sein des hameaux!
Sur l’herbe que zéphyr caresse Bondissent les jeunes agneaux ; J’entends le son des chalumeaux;
Je vois la folâtre jeunesse Dans les prés, au bord des ruisseaux.
Livrant son cœur à la tendresse, Danser à l’ombre des ormeaux.
Quittez votre toit solitaire,
Amis, et venez dans les champs Jouir des plaisirs du printemps Tandis qu’il règne sur la terre.
Le sombre hiver qu’il a chassé Déjà se prépare à le suivre :
Nous n’avons qu’un temps à vivre,
Et bientôt il aura passé.
Pyramidale bleue. — Constance.
Ou a fait de cette plante l’emblème de la constance, parce que ses fleurs bleues sont la couleur symbolique de cette vertu , et qu’elles se succèdent sans interruption pendant une grande partie de l’année. En parlant des anciens romans, un auteur s’écrie à propos de la constance :
On n’y voit que des cœurs constants,
Des sages, des femmes cruelles,
Et l’Age d’or des vrais amants L’est aussi des amis fidèles ;
Ainsi l’on peint le bon vieux temps.
De ces jours heureux d’innocence,
De l’amour et de la constance,
On fait aujourd’hui les romans.
Rose. — Beauté.
La reine de nos jardins naquit, suivant Anacréon, lorsque Vénus sortit du sein de l’onde. L’incarnat de cette fleur délicieuse est
attribué au sang de Vénus. Cette déesse éperdue volait au secours de son Adonis blessé à mort j des rosiers épineux se trouvèrent sur son passage , déchirèrent son sein, et plusieurs gouttes de son sang jaillirent sur les roses 5 ces fleurs, qui jusqu’alors avaient été blanches, ont conservé depuis la couleur du sang de Vénus. S’il fallait citer deux vers seulement de toutes les poésies inspirées par les roses, nous pourrions composer un gros in-folio. Bornons-nous à la traduction de l’ode d’Anacréon : quel poëte pourrait se fâcher de cette préférence?
Des fleurs je chante la plus belle,
.La rose, trésor du printemps,
Thaïs, à ma chanson nouvelle Viens mêler tes aimables chants.
Des humains la foule charmée Admire ce don précieux.
Et la pure haleine des dieux De ses parfums est embaumée.
Dans la saison chère aux amours,
Des grâces la troupe riante ,
Pour en composer ses atours,
Va cueillir la rose naissante ;
Vénus, empruntant ses couleurs,
En paraît encore plus charmante;
La rose est chère aux doctes sœurs, Et le poète heureux la chante,
Dans le buisson, pour la saisir,
La main se glisse et brave l’épine ; Qu’il est doux alors de cueillir De l’amour la fleur purpurine,
Et dans un ravissant loisir D’en savourer l’odeur divine!
Des festins la rose est l’honneur;
Et dans ces jours où le buveur Livre à Bacchus son âme entière ; Pour lui , moins douce est la lumière Que ne l’est cette aimable fleur.
Sans la rose, que peut-on faire ?
Des sages qu’Apollon préfère Lisez les vers harmonieux ;
Elle teint les doigts de l’aurore :
Des nymphes le bras gracieux Lui doit l’e'clat qui le décore,
Et des plus tendres de ses feux Vénus entière se colore.
Dans nos maux sa vertu souvent Fut utile au dieu d’Epidaure,
Et ses guirlandes sont encore Des morts le dernier ornement.
Bien que le temps lui fasse outrage, La rose orne encor le bocage ,
Et jusqu’à son dernier moment
JV. ftèmoruJ tsttf/ ■
A les parfums de son jeune âge.
Me faut-il raconter comment La terre fit ce bel ouvrage?
Alors que, glissant sur les flots,
Sortit du sein de l’onde émue La belle reine de Paphos ,
Cypris, rougissant d’être nue ,
Quand du cerveau du roi des cieux,
Terrible et respirant la guerre,
S’élança la déesse altière
Dont l’aspect fît trembler les dieux;
Cybèle, à ce double prodige,
N opposa, pour charmer les yeux , '
Qu un bouton de sa jeune tige.
L Olympe en le voyant sourit,
Et sur la plante répandit Du nectar la douce rosée ;
Des parfums du ciel arrosée,
Soudain iraîche et majestueuse,
Parut sur la branche épineuse La rose que Bacchus chérit.
Avant de terminer l’article relatif à la rose, disons quelques mots de la Rosière de Salency et de la Rose d’Or.
On se rappelle cette antique institution de saint Médard , évêque de Noyon , qui consistait à couronner, tous les ans, u ne rosière dans
l’église de Salcncv. Le prix de la vertu était un simple chapeau de roses blanches.
La sœur du fondateur fut nommée en 532, d’une voix unanime, première rosière de Salcncy ; elle reçut la couronne des mains de saint Médard , et la légua , avec l’exemple de scs vertus, aux compagnes de son enfance.
La couronne de Salency a passé, de protecteur en protecteur, sur le front de l’innocence, et cette louchante cérémonie se renouvelle chaque année.
M. Fontanes a dit.
.hélas! belle rosière,
D’autres amis des mœurs doteront la chaumière ;
Mes présents ne sont point une ferme, un troupeau,
Mais je puis d’une rose embellir ton chapeau.
La rose d’or fut instituée par le pape, dans le douzième siècle, et fut d’abord donnée par galanterie à quelques princes ou princesses -, mais, bientôt après, les papes changèrent celte galanterie en un acte d’autorité , par lequel , en donnant la rose d’or aux souverains, ils témoignaient les reconnaître comme tels,
JY. Atond rmp ■
cl d’un autre coté les souverains acceptèrent avec plaisir, de la part du saint-siège, cette espèce d’hommage. Alexandre III envoya la rose d’or à Louis le Jeune, roi de France, pour le payer des grands honneurs qu’il en avait reçus dans son voyage en France.
Sensitive. — Pudeur.
Cette fleur, originaire du nouveau moude, est nommée en latin mimosa pudica, parce qu’elle semble imiter les minauderies d’une comédienne.
Un jour, dit Aimé Martin, que j’étais assis sous un bouquet d’acacias aux épines blanches comme de l’ivoire, je vis tout à coup l’ombre qui m’environnait se mettre en mouvement, et faire place à des jets de lumière ; je levai les yeux, toutes les feuilles de ces arbres venaient de se fermer : le bosquet entier était flétri. Un nuage , en passant audessus de ma tête, avait causé ce phénomène -, mais le ciel étant redevenu serein, les feuilles parurent sc ranimer, et reprirent soudain leur
fraîcheur. Je pensai d’abord que cet arbre qui fleurit dans les climats brûlants de l’Inde, ne donne son ombre que sous les rayons du soleil, et que, par une espèce de prévoyance, il la refuse à la terre lorsqu’elle semble n’en avoir plus besoin ; mais je découvris bientôt que ce mouvement avait un but plus utile, et annonçait une prévoyance plus admirable.
Les feuilles de l’acacia à grandes épines sont découpées avec tant de légèreté , qu’elles seraient brisées par la pluie, si elles n’avaient pas la propriété de se prêter un secours mutuel, et de se poser les unes sur les autres comme les tuiles de nos toits. C’est ainsi qu’elles résistent aux ondées les plus fortes, et que l’eau glisse sur leur surface inclinée.
Tournesol. — Fausses richesses.
Celle fleur, originaire du Pérou, se dirige constamment du côté du soleil : elle a cela do commun avec beaucoup d’autres plantes, et notamment avec l’héliotrope.
Un poêle tourmenté par une femme qui
voulait impérieusement qu’il fît des vers pour elle, et qu’il la comparent au soleil, s’écria dans un moment d’impatience :
Que me veut donc cette importune ?
Que je la compare au soleil?
Il est commun, elle est commune,
"Voilà ce qu’ils ont de pareil.
Tulipe. — Déclaration d’amour.
Cette fleur est un des plus beaux ornements des jardins du sérail à Constantinople. Les odalisques la préfèrent à toutes les autres.
La tulipe, transportée des champs de la Cappadoce en Europe, y fleurit pour la première fois en l’an 1559. Son apparition occupa les savants : le célèbre botaniste Charles de l’Écluse n’a point voulu que la postérité ignorât qu’un ambassadeur illustre, Angicrus Busbccque, lui envoya des graines de Turquie à Vienne... Cedon eut de singulières suites 5 et l’innocente étrangère, par ses charmes nouveaux, excita de nouvelles pas sions. On compta , on classa scs attraits ; on
lui en créa de convention, et par la culture on les varia. En 1710, la possession d’une lu lipe reconnue parfaite, selon les conditions qu’avaient fixées les amateurs, n’eut plus de prix. On avait décidé que sa hampe (nommée baguette en terme d’horticulture) devait être forte, d’un vert éclatant ; que les six divisions de la corolle, arrondies à leurs extrémités, présenteraient six pétales d’un tissu épais, panachés de couleurs vives, contrastées, aussi brillantes à l’extérieur qu’à l’intérieur, et ne se mêlant jamais à la nuance du fond ; que les étamines seraient brunes au lieu d’être jaunes; que la corolle, enfin, plus haute que large , serait à peine évasée. Ce fut en Hollande, et surtout à Harlem, que ces beautés furent le plus appréciées : une tulipe qui les réunissait toutes, ayant excité l’envie d’un amateur dépourvu d’argent, il en devint propriétaire par l’échange de trente-six sacs de blé, quatre de riz, quatre bœufs gras, douze brebis et huit porcs engraissés, deux muids de vin , quatre tonneaux de bière,
deux de beurre, dix quintaux de fromage, un lit, des habits, etc. Le contrat de ce marché subsiste encore en original, et l’on y apprend que le nom de vice-roi désignait la fleur qui en fut l’objet. Douze arpents de terre furent offerts en vain pour une autre tulipe ; une troisième se paya vingt mille francs ; une certaine mère-brune fut échangée en France contre un moulin, et la mère-brune vaut aujourd’hui trois francs!... En Hollande, les étals généraux crurent devoir intervenir et mettre un frein à la prodigalité des fous tulipiers; en France, une mode nouvelle en fit l’affaire. On reconnut que se ruiner pour un parterre était ridicule, mais que le bon goût absolvait ceux qui consacreraient leur fortune à la création d’un jardin anglais.
Les Turcs, qui ne sont légers qu'en amour, conservent pour la tulipe une considération qui date de temps immémorial : c’est d’après la forme de sa corolle qu’ils ont, dit-on, imaginé celle du turban , que pendant des siècles ils n’ont cessé de porter. Encore aujourd’hui,
en Turquie, les tulipes ont du prix; dans l’intérieur des harems on célèbre en leur honneur une fête dont les détails ne sont pas sans intérêt. Celle qui se donne au sérail mérite d’être connue : — Vers le milieu du mois d’avril, on construit dans une des cours de ce palais de longues galeries en bois, dans l'intérieur desquelles on dispose des gradins que l’on recouvre des plus magnifiques tapis , sur lesquels sont placées des carafes remplies de tulipes : ces carafes ou vases, de cristal ou de porcelaine , sont entremêlés de torches, de candélabres, de flambeaux. Sur le dernier degré de ce brillant amphithéâtre on place, renfermés dans des cages dorées, les serins du sultan et des globes en verre transparent remplis dcîiqueursrouges, bleues, jaunes, etc. Tous les bâtiments qui environnent celle cour sont décorés avec des fleurs. Le pavillon du Grand Seigneur est dressé au milieu des galeries, et devant les carreaux sur lesquels il repose sont rangés les présents qu'il a reçus à l’occasion de la fête, car il n’y a point de
solennité dans ce pays qui ne tourne au profit du pouvoir. Plus parées que de coutume, les sultanes et les odalisques parcourent celte magnifique exposition, où, réunies en différents groupes, elles chantent, jouent des instruments, dansent, afin de récréer le malheureux prince, que la satiété, l’ignorance et l’absolutisme, ont rendu insensible a tous les plaisirs. Le soir, tout s’illumine : des lanternes en soie et des verres coloriés, disposés en guirlandes, font comme des festons de rubis, de saphirs, d’émeraudes et d’opales; la cira qui alimente les bougies et les torches est parfumée, et en se consumant répand une odeur délicieuse, tandis que de légères ondées d’eau de rose, lancées par des arrosoirs invisibles, rafraîchissent l’air. A la fin de la fête, le sultan fait distribuer par des esclaves aux femmes qu’il a distinguées les présents qui lui ont été offerts. Chaque Turc célèbre dans son harem la fêle des tulipes d’a près scs moyens. Habituellement, on coupe une belle tulipe , le plus près possible de Loi-
gnon ; on la place dans un vase à col longci étroit, et sur une bande de vélin festonné collée sur le vase, on écrit de quelle espèce est la Heur, accompagnant ce renseignement de quelques mots du Coran ou d’une citation de quelques poètes. Préparé ainsi, le don d’une tulipe est une preuve de la plus haute considération. Renfermée dans un sèlam , cette fleur signifie : « Les maux que vous me « faites souffrir sont cause que mon corps est « devenu sec comme un cure-dent. » Cette comparaison n’est point élégante, mais elle est très-juste en Turquie, où les cure-dents se font ordinairement en bois de sandal : peutêtre même v semble-t-elle de bon goût, car les sultans, pour obéira une loi de Mahomet, devant s’occuper de travaux manuels, c’est à la fabrication des cure-dents qu’ils s’adonnent de préférence.
Mais, loin de s'étonner du culte dont la tulipe est l’objet à Constantinople, il faut louer les Turcs d’avoir borné à cette fleur un hommage qu’il eût été fort naturel qu’ils pro*