PARTIE THÉORIQUE
Tous les êtres organisés, animaux ou végétaux, ont pour base de leur organisation uu tissu formé de petites lamelles transparentes, disposées dans tous les sens, de manière à constituer des aréoles ou cellules communiquant toutes ensemble, soit par la continuité de leurs cavités intérieures, soit par des pores ou fentes, qu’ on observe sur leurs parois (*).
Ce tissu cellulaire fondamental sert de base à tous les organes des végétaux. C’est en se modifiantà l’infini qu’il constitue les différents
(*) Richard.
appareils organiques que nous remarquons dans les plantes. Nous le voyons presque a son état de pureté et de simplicité primitives dans la moelle de certains arbres ; c’est lui qui forme le bois, l’écorce et l’épiderme : les feuilles, les fleurs et les fruits nous le représentent également dans des états différents. En
un mot, il n’est aucun organe des plantes, qui n’offre du tissu cellulaire dans sa composition.
La plupart des botanistes ont voulu faire un tissu élémentaire particulier des vaisseaux que l’on observe dans les plantes. Mais c’est a tort, car il faudrait également en faire un des membranes, des fibres, etc. Les vaisseaux ne paraissent être que des modifications particulières des lamelles du tissu cellulaire, qui, au lieu d’èlre courtes, planes et entre-croisees, sont longues et roulées diversement sur ellesmêmes, pour constituer des canaux.
Nous ne reconnaissons donc dans les végétaux, comme dans les animaux, qu’un seul tissu élémentaire et fondamental 5 c’est le tissu lamineux, qui, par la disposition de scs par-
lies, forme des aréoles ou cellules, ou bien se roule sur lui-même, et donne naissance au\ vaisseaux. De là, deux modifications piincipales du tissu élémentaire, savoir : le tissu arèolaire et le tissu vasculaire.
1 ° La première modification du tissu élémentaire des végétaux, dépendant de l’arrangement de ses lamelles, est le tissu arèolaire ou vacuolaire . Il se compose de cellules contiguës les unes aux autres, et dont la forme dépend en général des résistances qu’elles éprouvent. Quelques auteurs l’ont comparé a la mousse qui se forme sur l’eau de savon , par l’agitation de ce liquide. Quand elles n’éprouvent que la résistance occasionnée par la présence des cellules adjacentes, il n est pas rare de leur trouver une forme à peu près hexagonale, en sorte qu’elles ressemblent as sezbien aux alvéoles construites par les abeilles. Mais elles peuvent être plus ou moins allongées, arrondies ou comprimées, suivant les obstacles qui s’opposent à leur libre développement. Leurs parois sont minces et trans-
pareilles j elles communiquent toutes ensemble, soit que leurs cavités s’ouvrent mutuellement l’une dans l’autre, soit, comme nous l’avons déjà dit précédemment, qu’il existe sur leurs parois des pores ou même des fentes. Ces porcs, qui sont à peine visibles au moyen des instruments d’optique les plus forts, ont été aperçus par Leuwenhoek et llill, et dans ces derniers temps, M. de Mirbel en a de nouveau prouvé l’existence.
Dans le tissu ligneux, les cellules du tissu aréolaire sont fort allongées et forment des espèces de petits tubes parallèles entre eux. Leurs parois sont opaques, épaissies, quelquefois même elles finissent par s’oblitérer entièrement. C’est à cette modification que M. Linck a donné le nom de tissu allongé.
Le tissu cellulaire, dans son étal de pureté native, a peu de consistance; il se déchire facilement. Aussi trouve-t-on souvent dans certains végétaux , des espaces vides, remplis seulement par de l’air, et qui résultent de la rupture des parois de plusieurs cellules. Ces
espaces, auxquels on a donné le nom de lacunes, se rencontrent surtout dans les végétaux qui vivent sous l’eau, et chez lesquels ils semblent s'opposer à la macération que ces plantes subiraient infailliblement par leur séjour prolongé dans un liquide.
2 ° Le tissu vasculaire ou tubulaire est la seconde modification du tissu élémentaire.
Les vaisseaux, nous l’avons dit, ne sont que des lames de tissu élémentaire roulées sur elles-mêmes, de manière à former des canaux.
Les parois des vaisseaux sont assez épaisses, peu transparentes et percées d’un grand nombre d’ouvertures au moyen desquelles ils répandent dans les parties latérales une portion des fluides gazeux ou liquides qu’ils charrient. Ces vaisseaux ne sont point continus depuis la base jusqu’au sommet de la plante, mais ils s’embranchent fréquemment entre eux, et finissent par.se changer en tissu aréolaire. D’après la nature des lluides qu’ils contiennent, on distingue les vaisseaux en Y. lymphatiques cl en Y. propres.
Les vaisseaux lymphatiques sont ceux qui renferment des sucs aqueux cl surtout la sève ascendante ; aussi Duhamel les appelle-t-il vaisseaux sèveux.On en connaît cinq espèces:
1° Les vaisseaux en chapelet ou moniliformes; 2 ° les vaisseaux poreux ; 3 ° les vaisseaux fendus ou fausses trachées ; 4 ° les trachées-, 5 ° les vaisseaux mixtes.
1 ° Vaisseaux en chapelet. Ce sont des tubes poreux, resserrés de distance en distance, et coupés par des diaphragmes percés de trous à la manière des cribles. On les trouve partout où la sève doit avoir un cours actif, c’est-àdire au point de jonction de la racine et de la tige, de la tige et des branches, etc. Ces vaisseaux pourraient bien être considérés comme de simples cellules de tissu aréolaire, régulièrement disposées par séries ou lignes longitudinales.
2° Vaisseaux poreux. Ils représentent des tubes continus, criblés de pores disposés par bandes tranversales. M. Tréviranus les appelle
vaisseaux ponctués.
3° Fausses trachées. Tubes coupés de fentes transversales. Ce sont, aiusl que les trachées, les principaux conduits de la sève. Ils sont désignés par M. de Candollc, sous le nom de vaisseaux fendus. L’existence des l’entes de ces vaisseaux et des pores de l’espèce précédente est niée par beaucoup d’auteurs, qui pensent que les lignes et les points que le microscope fait apercevoir sur ces tubes sont de nature glanduleuse et non perforés.
4° Les trachées , que Malpighi et Iledwig avaient comparées à l’organe respiratoire des insectes, sont des vaisseaux formés par une lame argentine et transparente, roulée sur elle-même eu spirale, et dont les bords se touchent de manière à ne laisser aucun espace entre eux, sans cependant contracter d’adhérence (*). Dans les dicotylédons, on les observe autour de la moelle -, et dans les monocotylédons, c’est ordinairement au centre des lilets ligneux.
(*) Elles ont la plus grande ressemblance avec les élastiques enû\ de laiton, que l’on met dans les bretelles.
L’écorce et les couches annuelles du bois n’en contiennent jamais. On en trouve quelquefois dans les racines.
Hedwig considérait les vaisseaux spiraux ou trachées, que Grew appelle vaisseaux aériens, comme composés de deux parties, savoir, d’un tube droit et central, rempli d’air, et qu’il nommait pour cette raison vaisseaupneumatophorc, et d’un tube roulé en spirale sur le précédent, rempli de fluides aqueux et auquel il donnait les noms de vaisseau adducteur chylifère , etc.
5° Les vaisseaux mixtes, découverts par M. Mirbel, participent à la fois de la nature de tous les autres, c’est-à-dire qu’ils sont alternativement poreux , fendus ou roulés en spirale, dans différents points de leur étendue.
Les vaisseaux propres, que l’on désigne encore sous le nom de réservoirs des sucs propres, sont des tubes non poreux, contenant un suc propre, particulier à chaque végétal. Ainsi, dans les conifères, ilsconlicnncnt de la résine; dans les euphorbes, un suc blanc et laiteux, etc.
On les trouve dans les écorces, la moelle, les feuilles et les fleurs. Ils sont tantôt solitaires, tantôt réunis en faisceaux.
Ces différentes espèces de vaisseaux se réunissent souvent plusieurs entre elles et constituent des faisceaux allongés, soudés ensemble par du tissu cellulaire; elles forment alors les fibres proprement dites. Ce sont ces libres ou faisceaux de tubes qui forment la trame de la plupart des organes foliacés des végétaux.
On appelle, au contraire, parenchyme la partie ordinairement molle, composée essentiellement de tissu cellulaire, que l’on observe dans les fruits, dans les feuilles, etc. Cette expression s’emploie par opposition au mot fibre. Toute partie qui n’est point fibreuse est composée de parenchyme.
C’est en s'unissant et se combinant de diverses manières que les tissus parenchymateux et libreux constituent les différents organes des végétaux. Dans tous, en effet, on ne trouve, par l’analyse, que ces deux modifications essentielles du tissu fondamental.
Pour terminer tout ce qui a rapport à l’anatomie des différentes parties constituantes et élémentaires de l’organisation végétale, nous devons nous occuper des glandes et des poils considérés dans leur structure anatomique.
Les glandes sont des organes particuliers qu’on observe sur presque toutes les parties des plantes, et qui sont destinés à séparer de la masse générale des humeurs un fluide quelconque. Par leurs usages et leur structure, elles ont la plus grande analogie avec celles des animaux. Elles paraissent formées par un tissu cellulaire très-fin, dans lequel se ramifientun grand nombre de vaisseaux. Leur forme et leur structure particulière sont trèsvariées, et les ont fait distinguer en plusieurs espèces. Ainsi il y a des :
1° Glandes miliaires. Elles sont fort petites et superficielles; elles se présentent sous la forme de petits grains arrondis , disposés par séries régulières, ou dispersées sans ordre dans toutes les parties des plantes exposées à l’air.
2° Glandes vésiculaires. Ce sont de petits
réservoirs, remplis d’huile essentielle, logés dans l’enveloppe herbacée des végétaux. Elles sont très-apparentes dans les feuilles du myrte et de l’ oranger , et se présentent sous l’aspcctdepctitspoints transparents, lorsqu’on place ces feuilles entre l’œil et la lumière.
3° Glandes globulaires. Leur forme est sphérique; elles n’adhèrent à l’épiderme que par un point. On les observe surtout dans les labiées.
4o Glandes utriculaires ou en ampoules.
Elles sont remplies d’un fluide incolore, comme dans la glaciale.
5° Glandes papillaires. Elles forment des espèces de mamelons ou de papilles, qu’on a comparées à celles de la langue. On les trouve dans plusieurs labiées, par exemple, dans la sarriette.
Enfin il y en a de lenticulaires, de sessiles, d’autres qui sont portées sur des poils, etc.
Les poils sont des organes filamenteux, plus ou moins déliés, servant à l’absorption et à l’exhalation dans les végétaux. 11 est peu de
piaules qui en soient dépourvues. On les observe principalement dans celles qui vivent dans les lieux secs et arides. Dans ce cas, ils ont été regardés par quelques botanistes, comme servant à multiplier et augmenter l’étendue de la surface absorbante des végétaux. Aussi n’en voit-on pas dans les plantes tréssucculcntes, comme les plantes grasses, ou celles qui vivent habituellement dans l’eau.
Les poils paraissent être, dans beaucoup de cas, les canaux excréteurs des glandes végétales. En effet, ils sont fréquemment implantés sur une glande papillaire. Ne sait-on pas que les poils de Vurtica urens et de Yurtica dioïca ne déterminent la formation d’ampoules sur la peau que parce qu’en s’y enfonçant ils y versent en même temps un fluide irritant, sécrété par les glandes sur lesquelles ils sont implantés -, puisque quand, par la dessiccation, ce fluide s’est évaporé, les poils des orties ne produisent plus le même effet?
On distingue les poils en glandulifércs, excréteurs et lymphatiques.Les premiers sont, ou
appliqués immédiatement sur une glande, ou surmontés par un petit corps glandulaire particulier, comme dans la fraxinclle (dictamnus albus ) ; les seconds sont placés sur des glandes don t ils paraissent être les canaux excréteurs, destinés à verser au dehors les fluides sécrétés -, enfin les troisièmes ne sont qu’un simple prolongement d’un pore cortical.
La forme des poils offre un grand nombre de variétés. Ainsi il y en a de simples s de rameux, de subuleux , de capitës. D’autres sont creux et coupés de distance en distance par des diaphragmes horizontaux.
Ils sont quelquefois solitaires , ou bien rassemblés en faisceaux, en étoiles, etc.
Quant à leur disposition sur une partie, on la désigne sous le nom de Pubescence.
Nous venons de considérer la structure anatomique des végétaux, de pénétrer dans l’intérieur de leur tissu, de séparer et d’analyser les rudiments ou parties élémentaires de leur organisation; étudions maintenant le végétal considéré dans son ensemble : voyons quels
sont les organes qui le composent dans son état parfait de développement.
Un végétal dans son dernier degré de développement et de perfection offre à considérer les organes suivants :
1° La racine, ou celte partie qui, le terminant inférieurement, s’enfonceordinairement dans la terre, où elle fixe le végétal ; flotte dans l’eau, quand celui-ci nage à la surface de ce liquide.
2° La tige, qui, croissant en sens inverse de la racine, se dirige toujours vers le ciel au moment où elle commence à se développer, se couvre de feuilles, de fleurs et de fruits, et se divise en branches et rameaux.
3° Les feuilles, ou ces espèces d’appendices membraneux, insérés sur la lige et ses divisions, ou bien parlant immédiatement du collet de la racine.
4 U Les fleurs , c’est-à dire des parties trèscomplexes, renfermant les organes de la reproduction dans deux enveloppes particulières, ^destinées à les contenir et à les prolé-
ger : ces organes de la reproduction sont le pistil ai les étamines. Les enveloppes florales son lia corolle et le calice.
5° Le pistil, ou organe sexuel femelle, simple ou multiple, occupant presque toujours le centre de la fleur, se compose d’une partie inférieure creuse, propre à contenir les rudiments des graines, c’est-à-dire les ovules , on l’appelle ovaire ,* d’une partie glanduleuse située ordinairement au sommet de l’ovaire, destinée à recevoir l’impression de l’organe mâle, on l’appelle stigmate ,• quelquefois d’un style , sorte de prolongement filiforme du sommet de l’ovaire, qui supporte alors le stigmate.
6° Les étamines, ou organes sexuels mâles, composées essentiellement d’une anthère, espèce de petite poche membraneuse, le plus souvent à deux loges, renfermant dans sou intérieur la substance propre à déterminer la fécondation oui epollen. Leplusordinairement l’anthère est portée sur un filet plus ou moins long ; dans ce cas, 1 ''étamine se trouve formée
d’une anthère ou partie essentielle, d’un filet, ou partie accessoire.
7° La corolle , ou l’enveloppe la plus intérieure de la fleur, souvent peinte des plus riches couleurs, quelquefois formée d’une seule pièce, est dite alors corolle monopétale ,• d’autres fois elle est j oolypétale, c’est-à-dire composée d’un nombre plus ou moins considérable de pièces distinctes, qui portent chacune le nom de pétale .
8° Le calice, ou enveloppe la plus extérieure de la lleur, de nature foliacée, ordinairement vert, composé d’une seule pièce, il est monosépale j ou formé de plusieurs pièces distinctes, qui sont nommées sépales, il est appelé alors polysépale.
9° Le fruit, c’est-à-dire l’ovaire développé et renfermant les graines fécondées, est formé par le péricarpe et les graines.
10° Le péricarpe, de forme et de consistance très-variées, est celte partie de l’ovaire développé et accru, dans laquelle étaient contenus les ovules, qui sont devenus les graines. Il se
compose de trois parties, savoir : de l’^ptcarpe, ou membrane extérieure qui définit la forme du fruit ; de Y endocarpe , ou membrane qui revêt sa cavité intérieure simple ou multiple ; enfin, d’une partie parenchymateuse, située et contenue entre ces deux mcmbraues, et qu’on nomme sarcocarpe.
Le sarcocarpe est surtout très-développé dans les fruits charnus.
11° Les graines contenues dans un péricarpe y sont attachées au moyen d’un support particulier, formé des vaisseaux qui leur apportent la nourriture; ce support est le trophosperme. Le point de la surface de la graine où s’attache le trophosperme se nomme hile ou ombilic.
Quelquefois le trophosperme, au lieu de cesser au pourtour du hile, se prolouge plus ou moins sur la graine, au point de la recouvrir même entièrement. C’est à ce prolongement particulier qu’on a donné le nom d 'arile.
La graine se compose essentiellement de deux parties distinctes, VépispermeelVamande.
12 u Vêpisperme est la membrane ou le tégument propre de la graine.
13° Y?amande est le corps contenu dans Vêpisperme.
L’ amande est composée essentiellement de Vembryon , c’est-à-dire de celte partie qui, mise dans des circonstances convenables, tend à se développer et à produire un végétal parfaitement semblable à celui qui lui a donné naissance.
Outre Vembryon , 1 "'amande contient encore quelquefois un corps particulier de nature et de consistance variées, sur lesquelles est appliqué Vembryon , ou dans l’intérieur duquel il est entièrement caché ; ce corps a reçu le nom d "’endosperme.
\?embryon est la partie la plus essentielle du végétal ; c’est pour concourir à sa formation et à son perfectionnement que tous les autres organes des végétaux paraissent avoir été créés : il est formé de trois parties; l’une inférieure ou corps radiculaire , c’est celle qui, dans la germination, donne naissance à
la racine $ l’autre, supérieure, est la gemmule; c’est elle qui, en se développant, produit la tige, les feuilles et les autres parties qui doivent végéter à l’extérieur j enfin une partie intermédiaire et latérale , qui est le corps cotylèdonaire , simple ou divisé en deux parties nommées cotylédons. De là la division des végétaux pourvus d’embryon en deux grandes classes, les monocotylëdons , ou ceux dont l’embryon n’a qu’un seul cotylédon , et les Dîcotylèdons , ou ceux dont l’ embryon présente deux cotylédons.
Telle est l’organisation la plus générale et la plus complète des végétaux. Mais on ne doit pas s’attendre à trouver toujours réunis sur la même plante les différentes parties que nous venons d’énumérer rapidement ; plusieurs d’entre elles manquent très-souvent sur le meme végétal. C’est ainsi, par exemple , que la tige est quelquefois si peu développée, qu’elle paraît ne point exister, comme dans le plantain , la primevère ; que les feuilles n’existent pas du tout dans la cuscute ; qu’on
ne Irouve pas de corolle dans tous les mono cotylédons , c’est-à-dire qu’il n’existe alors qu’une seule enveloppe autour des organes sexuels -, que celle seule enveloppe disparaît quelquefois comme daus le saule , etc. 5 que souvent encore la fleur ne renferme que l’un des deux organes sexuels, comme dans le coudrier, où les étamines et les pistils sont contenus dans des fleurs distinctes ; ou enfin, que les deux organes sexuels disparaissent quelquefois entièrement, et la fleur alors est dite neutre, comme dans la boule-de-neige, 1 ''hortensia, etc.
Cependant, dans les différents cas que nous venons de citer, celte absence de certains organes n’est qu’accidentelle, et n’influe pas d’une manière marquée sur l’organisation 5 en sorte que ceux de ces végétaux dans lesquels ces organes manquent ne s’éloignent point sensiblement, ni dans leurs caractères extérieurs, ni dans leur mode de végétation et de reproduction, de ceux qui les possèdent tous.
Mais il est un certain nombre d’autres végétaux, qui, par la privation constante des organes sexuels, par leurs formes extérieures, la manière dont ils végètent et se reproduisent, s’éloignent tellement des autres plantes connues, que de tout temps ils en ont été séparés pour former une autre classe à part.
C’est à ces végétaux que Linnèe a donné le nom de cryptogames , c’est-à-dire de plantes à organes cachés ou invisibles, pour les distinguer des autres végétaux connus , dont les organes sexuels sont apparents , et qui avaient reçu pour cette raison le nom de phanérogames.
Les plantes cryptogames , qui sont mieux nommées agames , puisqu’elles sont privées d’organes sexuels, sont fort nombreuses; elles constituent environ la septième ou la huitième partie des quarante mille végétaux connus aujourd’hui.
Comme elles sont dépourvues de graines, et par conséquent d’embryon et de cotylédon, on les appelle aussi inembryonèes ou acotylè-
dones. On arrive donc ainsi à trouver dans les végétaux trois divisions fondamentales tirées de l’embryon, savoir :
1 ° Les inembryonês ou acotijlédons, c’està-dire les plantes dans lesquelles on n’observe ni fleurs proprement dites, ni par conséquent d’embryon et de cotylédons ; tels sont les fougères (*), les mousses , les hépatiques > les lichens , les champignons , etc.
2 ° Les embrgonès ou phanérogame s , plantes pourvues de fleurs bien évidentes, de graines et d'embryon. On les distingue en monocotylédons , ou celles dont le corps cotylédonairc de l’embryon est d’une seule pièce, et développe une seule feuille par la germination ;
(*) Quelques auteurs ont placé les fougères parmi les plantes à embryon monocotylédon , mais à tort selon nous. En effet, il est de la dernière évidence que ces végétaux ne se reproduisent pas au moyen de véritables graines, mais simplement par des corps particuliers, espèces de bulbilles qu’on observe sur d’autres végétaux, et auxquels on donne le nom de sporules.
(Richard.)
tels sont les graminées, les palmiers, les liliacès , etc.
En dicotylêdons, ou celles dont l’embryon offrant deux cotylédons développe deux feuilles séminales par la germination -, par exemple, les chênes, les ormes, les labiées, les crucifères, etc. Le nombre de végétaux dicotylêdons est plus considérable que celui des acotylédons et des monocotylédons réunis.
Telles sont les grandes divisions fondamentales établies dans le règne végétal.
Des développements plus longs excéderaient les bornes et la portée de cet ouvrage. Nous ne pouvons cependant résister au plaisir de citer le passage suivant, extrait des Harmonies de la Nature, et qui représente sous des couleurs si poétiques le mystère de la floraison. Ces détails compléteront d’ailleurs ceux que nous venons de donner au sujet de la composition de la fleur. « Lorsque les végète taux ont acquis, après une certaine révo- « lution de jours, de mois ou d’années, la « propriété admirable de se reproduire, ils
« deviennent adultes, ils manifestent au de- « hors les organes de l’amour renfermés dans « leurs fleurs ; on y distingue les parties « sexuelles du mâle et de la femelle. Celles « du mâle sont formées pour l’ordinaire de « petits corps ovoïdes, ou lobes appelés anthè- « res, suspendus en équilibre à des filets nom- « més étamines 5 ils sont jaunes dans la fleur « du lis, et noirs dans celle de la tulipe. On « les nomme anthères, du mot grec anthexos « fleuri, agréable, formé de eran aimer, et de « anthos lleur. Si ce nom leur a été donné par « les Grecs, auxquels nous devons, dans l’o- « rigine, les noms de notre botanique, ainsi « que ceux de presque toutes nos sciences, « cela prouve qu’ils avaient reconnu le sexe « masculin dans les plantes, puisque cette « partie renferme une poussière qui en fé- « conde la sève femelle. Nous ferons observer « aussi que celte organisation, qui résulte « d’une des lois fondamentales de la nature, « a été tellement méconnue de Tournefort, « le grand restaurateur de notre botanique,
l( qu’il n’a jamais considéré le pollen ou « poussière fécondanlc de Panthère que comte me un excrément qui n’était d’aucune uti- « lité. On doit en conclure que les anciens « avaient fait bien des découvertes dont les « modernes se sont fait honneur, et que ceux- « ci ue doivent jamais y opposer, comme une « autorité, l’ignorance ou l’erreur d’un sa- « vaut, quelque éclairé qu’il soit; car on ne « peut disconvenir que Tourncfort n’ait « d’ailleurs autant de connaissances en bola- « nique que Newton pouvait en avoir en as- « tronomie. Au centre des anthères est pour « l’ordinaire l’utérus ou l’organe femelle de la « Heur, appelé pistil, peut-être du nom grec « pislis, foi, confiance : c’est un tuyau des- « tiué à recevoir les poussières des étamines.
« il est composé de trois parties : du stigmate,
« espèce de bourrelet fendu, qui reçoit le pol- « len ; du style, tuyau fisluleux qui le con- « duit à l’ovaire sans le perdre; et de l’ovaire,
« qui renferme la semence et le fruit. Toutes « ces parties sont très-sensibles dans la plu-
« part des fleurs, telles que celles du lis, du « pommier, qui ne sont qu’une agrégation de « plusieurs mâles divisés et rangés en cercle « autour du pistil, qui réunit plusieurs fe- « nielles. Il est remarquable que les anthères « ou parties mâles protègent la partie femelle, « en l’environnant et en la couvrant jusqu’à « son développement. Ce caractère de protec- « tion dans les mâles semble commun à beau- « coup de fleurs comme à beaucoup d’ani- « maux. Dans plusieurs végétaux, les parties « mâles sont séparées des femelles, et y prête sentent des fleurs de formes différentes : « telles sont celles du coudrier, du châlai- « gnier, du melon, etc., où la fleur mâle se « distingue de la femelle qui porte le fruit, « par l’émanation d’une poussière jaune qui la « féconde. Les fleurs mâles du coudrier, qui « paraissent dès l’hiver, se manifestent sous « la forme de chenilles suspendues aux bran- « clics, et les fleurs femelles qui produisent « les noisettes, se trouvent sur l’écorce en « petits filets d’un pourpre vif.
« Dans d’autres végétaux, les (leurs mâles « et les femelles sont séparées sur des indivi- « dus différents ; tels sont le palmier-dattier, « le papayer, le pistachier, l’orme, etc. 11 « est remarquable que les arbres mâles de ces « espèces sont plus élevés que les femelles, « afin que les vents puissent apporter à celte les-ci les poussières fécondantes. La fécon- « dation des femelles s’opère de fort loin , et « souvent par l’entremise des insectes, cn- * tre autres des abeilles, qui recueillent sur « les mâles le pollen dont elles composent leur « cire, et vont ensuite sur les arbres femelles « recueillir le miel de leurs nectaires.
u Le nectaire est un réservoir qui contient « un nectar ou liqueur plus ou moins sucrée; « il est pour l’ordinaire situé dans la corolle « au bas des pétales, et recouvert d’une pe- « lite coquille. On en ignore l’usage par rap- « port à la plante, dont il nourrit peut-être « la semence dans l’état de fœtus; mais il est « évident qu’il sert aux besoins de beaucoup « d’insectes , tels que les mouches à miel et
« les papillons. C’est sans doute pour celte « raison que la nature a donné, en général, « aux. végétaux beaucoup plus de fleurs qu’ils « ne peuvent rappporter de fruits.
« La corolle, ainsi nommée parce qu’elle « ressemble à une couronne, est l’ensemble « des pétales , et les pétales sont des feuilles « de la corolle , et forment la partie la plus « brillante de la fleur. Leur usage est de « préserver les parties sexuelles qui les en- « tourent des injures de l’air et de la pluie; « mais elles en ont un bien plus étendu, et « dont, que je sache, aucun botaniste n’a « parlé jusqu’à nous ; c’est de réverbérer les « rayons du soleil sur les sexes mêmes de la « fleur, et d’en accélérer la fécondation.
« La nature , après avoir réchauffé les parce tics sexuelles des plantes par une corolle, « protège la corolle à son tour par le calice. «Le calice, ainsi nommé du grec kvm% , « coupe, quoiqu’il n’en ait pas toujours la « forme, est l’enveloppe la plus extérieure de « la corolle , et la soutient lorsqu’elle est
« épanouie. Il est charnu dans le rosier et ee divisé en cinq parties ; on l’appelle alors « péricanthc , de deux mots grecs nefi, au- « près, autour, et kvSror , fleur, adjoint , « pour ainsi dire, à la fleur -, sans doute parce « qu’il est adhérent à l’ovaire. Il est à remar- <e quer que les fleurs isolées n’ont point, « pour l’ordinaire, de calice, telle est la lu- « lipe ; mais celles qui naissent dans des buis- « sons et sur des branches , où elles sont ex- « posées à se heurter par l'action des vents , « sont plus ou moins protégées par des cali- « ces, qui prennent alors différents noms, « comme ceux de péricanthc, d’enveloppe, « despathe , de balle, de chaton, de coiffe et « de bourre.
« C'est dans l’état de floraison que les plante tes ont acquis toute leur beauté, c’est aussi « par les fleurs que les botanistes les caractère lisent; cependant elles n’acquièrent toute te leur perfection que dans l’état de frucliliée cation. Ainsi le célèbre Linnée, qui les caee ractérise par les fleurs, semble avoir moins
« approché du système de la nature que Tourte nefort, qui les caractérise par les fruits.
« L’harmonie conjugale non - seulement «. lie entre eux les végétaux du même sexe, « mais elle en rapproche les genres par des « contrastes, comme l’harmonie fraternelle « en réunit les espèces par des consonnances. a Comment reconnaîtrons-nous donc les rap- « ports qui existent d’espèce à espèce ou de « genre à genre, puisqu’à peine nous élu- « dions ceux qui existent entre les membres « du même individu? Cependant les espèces « si variées, les genres si différents, et les « puissances même de la nature, qui sem- « Lient lutter sans cesse entre elles , ne sont « que des membres de son grand corps, qui « se correspondent entre eux. Au défaut de u livres qui puissent nous guider dans ces « profondes études, consultons notre cœur, « et guidons-nous dans les recherches de la « science par le sentiment du plaisir. »