Livre charmant de la nature
Que j’aime ta simplicité !
Ta science n’est point obscure ,
Tu nous plais par la vérité ,
Nous retiens parla volupté,
Et nous charmes par ta parure.
Mais des plus tendres sentiments Les fleurs nous fournissent l’image j Elles font les plaisirs du sage,
Elles enchantent les amants Qui se servent de leur langage.
De cet art aimable et coquet La beauté n’est point offensée ,
Et souvent son âme oppressée Confie aux couleurs d’un bouquet Les doux secrets de sa pensée.
Leur langage est celui du cœur :
Elles expriment la tendresse ,
Elles expriment la ferveur
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Et les désirs de la jeunesse.
Sans jamais blesser la pudeur,
L’amant les offre â sa maîtresse ,
Et brûle encor, dans son ivresse ,
De lui prodiguer le bonheur Dont un bouquet fait la promesse.
Absinthe. — Amertume.
L’absinthe étant la plus amère de toutes les plantes, on en a fait l’emblème de l’absence, qui, suivant La Fontaine, est le plus amer de tous les maux.
Je vais tout seul, hélas! rêver en liberté;
Si vous e'tiez avec moi, ma Julie !
Je ne donnerais pas pour un an de gaîté Un jour de ma mélancolie.
Acacia rose. — Élégance.
11 y a un siècle que les forêts du Canada nous ont cédé ce bel arbre. Les sauvages de l’Amérique l’ont voué aux chastes amours, tandis que nous, nous l’avons consacré à l’élégance, à cause du beau vert de son feuillage et de ses jolies fleurs.
Acanthe. — Arts.
Les auciens trouvaient la feuille d’acanthe si gracieusement découpée qu’ils en ornaient leurs vases les plus précieux. Virgile nous apprend que la robe d’Hélène était relevée par des feuilles d’acanthe en broderies. Callimaque conçut l’idée du chapiteau corinthien d’après l’offrande d’une nourrice sur le tombeau d’une jeune fille. Cette offrande consistait en bijoux disposés dans une corbeille entourée de feuilles d’acanthe. Depuis ce temps y cette plante n’a pas cessé de fournir des ornements à l’architecture et à la sculpture, et on en fait l’emblème des arts. Voici comment s’exprime sur ce sujet notre poëte préféré :
Ah ! si favorise du dieu de l’harmonie,
Sï de son feu sacre' ranimant mon ge'nie,
Je pouvais tout à coup offrir à vos regards Ces mortels inspires, créateurs des beaux-arts;
Ces sages qui, marchant loin des routes tracées,
Nous ont fait heritiers de toutes leurs pensées;
Je voudrais, mesurant la profondeur des cieux, Suivre du grand Newton le vol audacieux ;
Le peindre triomphant au bout de sa carrière;
Et dans un pur cristal appelant la lumière,
Déployer tout à coup à yos regards surpris Les riantes couleurs de l’écharpe d’iris.
D’un siècle tout entier interrogeant l’histoire,
Mes vers vous rediraient la splendeur et la gloire. Molière avec gaîté châtiant nos erreurs,
Se moquant de Paris pour corriger ses moeurs; Racine d’Athalie enfantant la merveille;
Rome se réveillant à la voix de Corneille ,
Et ses héros, toujours plus grands que leurs revers, De leur antique gloire étonnant l’univers.
Je peindrais La Fontaine, et ses doux badinages Écrits pour les enfants, et qui charment les sages ; Fénelon, dont les cœurs gardent le souvenir,
Qui légua son exemple aux siècles à venir,
Et qui, pour éclairer les maîtres de la terre,
Parlait comme Socrate et chantait comme Homère; Rossuet, proclamant d’une éloquente voix Le néant des grandeurs sur le tombeau des rois,
Et, le front couronné d’une palme immortelle, Implorant pour ces rois la clémence éternelle.
Hélas! ces jours fameux sont passés pour jamais,
Et ce siècle, en fuyant, emporte nos regrets.
Aigremoine. — Reconnaissance.
La lige de cette plante est haute de trois
pieds -, ses feuilles sont velues, âcres et astringentes : ses fleurs rosacées et jaunes j leur calice est épineux et se change en un fruit rond, hérissé de piquants. A propos de cette plante, citons la fable suivante :