‹ Flore des dames, ou, Nouveau langage des fleursChapitre 5 sur 23 · LES CAPUCINES ET L’AIGREMOINE · texte numérisé non relu

LES CAPUCINES ET L’AIGREMOINE

Dans un couvent de l’Arragon Vivaient d’aimables capucines ,

Cachant leurs figures lutines Sous un grotesque capuchon ;

Chacun en était idolâtre;

Et surtout de jeunes muguets Dont le parfum, le teint blanchâtre, Composaient les simples attraits.

Les belles encapuchonnées,

Pour exprimer leur tendre feu,

Chaque soir se faisaient un jeu De leur lancer quelques fusées (*);

Mais cette innocente faveur Rendit jaloux un aigremoine,

Qui, gros et gras comme un chanoine,

Voulait être leur directeur.

Le grand point, en pareille affaire,

Est de posséder Fart de plaire;

(*) Ces fleurs lancent, le soir, des étincelles électriques.

Et l’austère galant De plaire ignorait le talent.

Tandis qu’il projetait de punir ces coquettes,

L’été, successeur du printemps,

Vint dessécher les muguets si charmants,

Et flétrir les anachorètes.

T.e jaloux, qu’on trouva moins laid,

Obtint alors ce qu’il voulait.

Pour réussir il faut savoir attendre ;

Et les cœurs les plus fiers finissent par se rendre.

Aloès succotrin. — Douleur.

Cette plante originaire de Pile de Socotora, est de la famille des liliacées. L’aloès est fort employé en médecine, et son amerlumt a donné lieu à l’emblème qu’il désigne.

Amarante. — Immortalité.

Cette fleur, qui conserve sa couleur et ne se fane point, est bien appliquée à la pensée qu’elle représente. La teinte mélancolique de ses fleurs l’avait fait choisir dans l’antiquité comme un signe de deuil ; on s’en couronnait dans les fêtes funèbres. L’ordre des chevaliers

de l’Amarante fut institué par la reine Christine de Suède , en 1653.

Je suis la fleur d’amour qu’Amarante on appelle,

Et qui vient de Julie adorer les beaux yeux.

Rose, retirez-vous , j’ai le nom d’immortelle ;

Il n’appartient qu’à moi de couronner les dieux.

Je t’aperçois , belle et noble Amarante!

Tu viens m’offrir, pour charmer mes douleurs,

De ton velours la richesse e'clatante ;

Ainsi la main de l’amitie' constante,

Quand tout nous fuit, vient essuyer nos pleurs.

Ton doux aspect de ma lyre plaintive A ranime’ les accords languissants ;

Dernier débris de Flore fugitive.

Elle nous lègue, avec la fleur tardive,

Les souvenirs de ses premiers présents.

Ananas. — Perfection.

Aucune plante n’a plus d’éloquence que l’ananas dans le langage de Flore. En effet, le plus beau et le meilleur dos fruits devait être le symbole de la perfection.

Parmi les espèces les plus célèbres par leur magnificence et leur parfum, nous devons citer le pyramidalts.

Bignone. — Ardeur.

Labignone, connue sous le nom de jasmin de la Virginie, est une espèce qui supporte nos hivers. C’est un des arbrisseaux les plus propres à composer des festons et des guirlandes sur les murs, les rochers et les arbres. Ses feuilles, d ’unrougeéclatant, forment à l’extrémité .des rameaux un superbe corymbe recourbé ; aussi le chantre de la nature dit-il : « Le colibri s’enfonce souvent dans la corolle rouge du bignonia, dont le goulot allongé a la forme d’une coupe antique. Sa petite tête brille des couleurs les plus vives : son plumage est irisé de saphir, d’émeraude, d’or, d’argent et de feu ; il semble s’épanouir au souffle du zéphyr, et s’élever comme une fleur dans une urne de rubis. »

Charmant ciseau, c’est au sein d’une fleur Que l’amour va le rendre père,

Qu’il verra ses petits, qu’il aimera leur mère,

Et qu’il connaîtra le bonheur.

Blé. — Richesse.

Citons, au sujet du blé, une fable extraite d’un fablier de Flore.

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