‹ Flore des dames, ou, Nouveau langage des fleursChapitre 6 sur 23 · L'ÉPI DE BLÉ · texte numérisé non relu

L'ÉPI DE BLÉ

Trois beaux esprits, en allant à Vincennes,

Eurent ensemble un démêlé'

Sur un certain épi de blé

Que l’un d’eux cueillit dans la plaine.

« Voyez, dit Florimond, cet épi de froment,

Comme il est gros et comme il se rengorge!

Ce n’est pas dufroment, repritPaul,c cstdel orge ;

Je m’y connais assurément.

—Vous vous trompez tous deux, interrompit Armand, Je gage que c’est de Taverne;

Ne voyez-vous pas que la graine Va toujours en diminuant ? »

Pendant cet altercas survint le jeune Ariste,

Ami de ces messieurs, de plus, grand botaniste ;

On lui montre l’épi... « Quelle simplicité !

Ignorants, leur dit-il, c’est du seigle ergoté;

Notez ce nom sur votre liste. »

Bouton de uose. — Jeune fille.

Cet emblème est de tous les temps et de tous les poêles.

Jeune fille est le bouton frais De la rose prête d’éclore;

Ce bouton est si cher à Flore Qu’une épine en défend l’accès.

L’aiguillon perce, il assassine Le vieillard qui le vient cueillir.

Qu’un jeune amant vienne s’offrir,

Le bouton s’ouvre et plus d’épines.

GülELEMAIN.

Les vers de Demoustiers sont peut-être plus jolis. Yoici à quel point d’histoire mythologique ils se rattachent.

Jalouse de ce que Jupiter avait seul enfanté Minerve, Junon consulta la déesse Flore sur le moyen d’en faire autant. Celle-ci lui montra une Heur dont le simple attouchement devait effectuer son projet. Junon la toucha, et Mars vint au monde :

Il existe encore une fleur Qui renouvelle ce prodige.

Dès que l’hymen la touche, aussitôt elle meurt.

Mais on voit naître de sa tige Une grâce enfantine, aux yeux tendres et doux,

Ou bien un jeune amour, sans carquois et sans ailes , Ainsi les descendants des héros et des belles,

De fleur en fleur sont venus jusqu’à nous.

Chêne. — Hospitalité.

Cel arbre, le roi de nos forêts, est de la famille des Armentacées -, il atteint souvent cent pieds de hauteur.

.robuste ge'ant

Contre lequel la faux du temps s’ëmousse.

Le chêne était un objet d’adoration chez nos pères. Les Celtes célébraient leurs mystères sous son épais feuillage. En Epire, ces arbres rendaient des oracles, et les Grecs le croyaient habité par des êtres d’un ordre surnaturel. À Rome, la couronne de chêne s’accordait à celui qui avait tué des ennemis, contribué à une victoire ou sauvé la vie à des citoyens. Les usages du chêne sont innombrables. On l’emploie comme bois de construction -, on recueille ses graines ; on en retire le kermès , le liège, le tan , une teinture noire, la noix de galle, etc.

Dahlia. — Faux éclat.

Qu’on nous pardonne cet emblème : le Dah-

lia n’a ni odeur, ni utilité reconnues 5 voilà pour quelle raison nous le représentons comme l’image du faux éclat 5 mais , en revanche , il est impossible de voir la fleur de cette plante sans y reconnaître l’une des plus ravissantes productions de la nature.

Originaire de Suède, elle doit son nom à un botaniste de cette contrée, le savant Dahl.

Quelques personnes ont essayé d’échanger cette dénomination contre celle de Georgina , en l’honneur , dit-on , de Georgi, voyageur russe 5 mais le nom de Dahlia a prévalu, malgré tous les efforts contraires.

En 1789, la marquise de Bute importa le Dahlia d’Espagne en Angleterre, où il a longtemps été cultivé avec une éclatante supériorité. Mais, à partir de 181 4, les plus belles graines furent semées en France, et nos cultivateurs ont si bien varié les espèces, depuis celte époque, qu’il est désormais impossible de trouver de plus belles collections de celte plante ailleurs qu’en France.

Tous nos iardinierscultivent en ce moment

une variété connue sous le nom du Comte de Paris. C’est l’espèce la plus nouvelle , et aussi la plus jolie.

Eglantine. — Poésie.

Les piquants de cette Heur sont l’emblème des difficultés que la poésie offre à ses disciples. L’Académie des Jeux floraux à Toulouse, donne, chaque année, une églanline d’or à ceiui qui a remporté le prix de poésie sur ce sujet : « Célébrer les charmes de l’élude et ceux de l’éloquence. »

Madame Desbordes-Valmore a consacré les vers suivants à l’églanline :

L’ÉGIABITINE.

( V ous persuadez mon cœur.)

Eglantine! humble fleur, comme moi solitaire.

Ne crains pas que sur toi j’ose e'tendre la main :

Sans en être arrachée , orne un moment la terre,

Et comme un doux rayon console mon chemin.

Quand les tièdes zéphyrs sommeillent sous l’ombrage Quand le jour fatigué ferme ses yeux brillants , Quand l’ombre se re'pand et brunit le feuillage,

Par ton souffle vers toi guide nos pas tremblants.

SERINGA, é EGLANTIER, <• ^ MARGUERITE DES PRES, <■ / // vv/ t

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Mais ton front humecte par le froid crépuscule Se penche tristement pour éviter ses pleurs;

Tes parfums sont enclos dans leur blanche cellule , Et le soir a change ta forme et tes couleurs.

Rose, console-toi! le jour qui va paraître Rouvrira ton calice à ses feux ranime;

Ta brillante auréole , il la fera renaître,

Et ton front reprendra son éclat embaumé.

Fieu r au monde étrangère, ainsi que toi dans l’ombre Je me cache, et je cède à l’abandon du jour;

Mais un rayon d’espoir enchante ma nuit sombre;

Il vient de l’autre rive... et j’attends son retour!

Giroflée. — Beauté durable.

On eu compte plusieurs. La giroflée rouge (emblème, dépit) se cultive dans les parties méridionales de l’Europe. Elle fleurit dans toutes les saisons : on la cultive dans nos jardins pour en obtenir des variétés à fleurs doubles de diverses couleurs. La giroflée jaune croît sur les vieux murs et dans les ruines d’édifices : elle a pour emblème, préférence. La blanche représente la simplicité.

Charlemagne aimait beaucoup les giroflées :

au temps des croisades, nos guerriers en rapportaient de l’Égypte et de la Syrie.

La dénomination française de la giroflée vient de l’odeur de girofle qu’exhalent ses fleurs. Le nom de la plante est arabe.

Hortensia. — Frivolité.

Cette belle fleur, appelée vulgairement rose du Japonj n’est connue en France que depuis

L’hortensia forme ce qu’on appelle des fleurs en corymbe. Ce sont des réunions de fleurs distinctes et nombreuses qui viennent aux extrémités des rameaux. Les plus intérieures ne ressemblent pas tout à lait même, par les caractères, à celles de l’extérieur.

La beauté des fleurs de l’hortcnsia, tantôt roses, tantôt bleues, les avait mises fort à la mode, il y a trente ans , et sans être l’objet d’un engouement presque exclusif, ces fleurs sont encore fort recherchées, malgré leur privation d’odeur.

Commerson ayant rencontré l’hortensia dans son voyage autour du monde, le dédia à une personne qui lui était chère, et qui l’accompagnait dans ses excursions. Avant lui, ce bel arbrisseau avait été, il est. vrai, découvert par deux voy ageurs étrangers, mais sous d’autres noms. L’un, Thunberg, l’avait prise pour une espèce de viorne • l’autre, Loureiro , pour une primevère.

Les Chinois et les Japonais, chez lesquels nous avons été chercher l’horlensia, en apprécient tout comme nous la grâce et l’éclat , et souvent sur les papiers qui nous viennent de ces contrées nous vovons ces arbrisseaux à côté des camellias dont les fleurs ont fait fureur à leur tour dans le monde élégant, et qu’on retrouve encore dans les bals et dans les boudoirs.

L’hortensia se multiplie plus facilement de bouture : il demande une terre de bruvère , et veut être garanti du froid en hiver ; les fleurs sè succèdent et conservent leur éclat pendant une graude partie de la belle saison.

La variété à Heurs bleues se produit eu employant une terre ferrugineuse. Le nom japonais est sejo; et le chinois, sau eau hoa.

Iris. — Message.

Chez les anciens, l’Iris était le symbole de l’éloquence. L’odeur de cette fleur ressemble à celle du jasmin. L’emblème de Y Iris blanc est ardeur.

Les mythologues nous disent qu’l ris était fille de Chaumas, fils de la Terre. Messagère de Junon, elle fut placée dans le ciel par cette divinité, pour prix de ses services. Selon les poëtes, c’est l’écharpe d’im que nous admirons dans l’arc-en-ciel. Son emploi particulier était d’abréger l’agonie des malheureux qu’une passion violente portait à se donner la mort.

L’/m croissait en abondance sur les montagnes de la Macédoine. Les anciens avaient soin qu’elle fût cueillie par une personne chaste, et observaient à cette occasion une foule de pratiques superstitieuses.

On trouve eu Provence une sorte d'iris, appelée œil de-paon, parce que ses fleurs imitent cette espèce de disque qui se trouve sur la queue de l’oiseau de Junou.

Parmi les biens perdus dont, je soupire encore,

Quel nom portait la fleur.. . la fleur d’un bleu si beau, Que je vis poindre au jour, puis frémir, puis e'clore , Puis que je ne vis plus à la suivante aurore!

Ne devrait-elle pas renaître à mon tombeau?

Laurier. — Gloire.

Celte plante est originaire de l’Italie. Le laurier, dont le nom dérive du latin, fut de tout temps révéré citez les anciens, qui l’avaient consacré à Apollon ; depuis, ou en couronne les héros et les poètes. Plusieurs végétaux portent improprement le nom de laurier. Le plus remarquable est le laurier-rose. Laurier ! s’écrie M. de Saint Ange :

Tu seras du vainqueur l’ornement et le prix !

Tes rameaux, respectes des foudres ennemis ,

Du palais des Césars protégeront l’entrée ;

ft comme de nos fronts la jeunesse sacrée

N’cprouvera jamais les injures du temps, Que ta feuille conserve un éternel printemps.

Les bords du Pènèe sont couverts d’une multitude de lauriers -, ils s’élancent à la hauteur des plus grands arbres, et l’on assure que, par une vertu secrète, ils éloignent la foudre des rives qu’ils enchantent. C’est là, dit-on , ce qui a fait imaginer aux poëtes de changer en un arbrisseau la fille du fleuve grec. Laurier, dans cette langue, s’exprime parle mot Daphné. On se rappelle le myrte charmant de Marmontel, au sujet de celte nymphe.

Daphné fut sensible et belle, Apollon sensible et beau :

Sur eux l’amour d’un coup d’aile Fit voler une étincelle De son dangereux flambeau.

Daphné, d’abord interdite, Rougit, voyant Apollon.

Il s’approche, ellel’évile;

Mais fuyait-elle bien vite P L’amour assure que non.

Le dieu qui vole à sa suite ,

De sa lenteur s’applaudit.

Elle balance , elle hésite :

La pudeur hâte sa fuite ,

Le désir la ralentit.

Il la poursuit à la trace,

Il est prêt à la saisir :

Elle va demander grâce ;

Une nymphe est bientôt lasse Quand elle fuit le plaisir.

Elle désire, elle n’ose .

Son père voit ses combats,

Et par sa métamorphose A sa défaite il s’oppose :

Daphné ne l’en priait pas.

C’est Apollon qu’il implore ;

Sa vue adoucit ses maux :

Et vers l’amant qu’elle adore Ses bras s’étendent encore Et se changent en rameaux.

Lierre. — Amitié.

Cet arbrisseau est Je symbole de l’amitiè , î>arcc que, même après la mort, il n’ubau-

donne jamais les arbres auxquels il est attaché. Un poëte a dit à une jolie femme :

L’amitié seule véritable Est l’histoire de notre cœur,

Et l’amour n’en est que la fable.

Ab! de nos cœurs depuis longtemps,

Si vous aviez voulu m en croire,

Nous aurions par nos sentiments Mêlé la fable avec l’histoire.

Lilas blanc. — Premier amour.

Cette plante est originaire de Perse. Lilas est un nom arabe que Linnée a changé en celui de syringa, dérivé du mot grec syiinx, flûte, pour indiquer que leur bois, rempli de moelle, peut se creuser comme une flûte.

Les Turcs en font en effet des tuyaux de pipe. L’arbrisseau vulgaire nommé syringa odorans est d’un autre genre.

On a consacré le lilas aux premières émotions d’amour, parce que rien n’a plus de charmes que les émotions que son aspect nous cause au retour du printemps. Voici en quels

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