‹ Flore des dames, ou, Nouveau langage des fleursChapitre 8 sur 23 · A MA FILLE · texte numérisé non relu

A MA FILLE

Emblème de constance,

Aimable fleur,

Doux parfum d’innocence Et de bonheur!

Aux soupirs de l’absence Tu t’ouvriras Pour dire à l’inconstance :

N’oubliez pas !

Tu nais, frêle et mignonne , D’un souffle pur,

Et le ciel te couronne D’un tendre azur !

Quand mon ange repose, Glisse tout bas Sur ses lèvres de rose :

N’oubliez pas!

De ta fraîche corolle Ses blonds cheveux Se font une auréole Couleur des c.ieux!

Sur son front enlacée Tu t’ouvriras ;

Murmure à sa pensée :

N’oubliez pas !

Enfant de la vallée ,

Elle est ta sœur!

Et tu t’es effeuillée Près de son cœur!

Dans sa jeune prière Mêle... tout bas Au doux nom de sa mère :

N’oubliez pas!

Comme toi, gracieuse,

Ma douce enfant !

Ouvre, belle et joyeuse,

Son cœur aimant !

Flatte sa main légère,

Nais sous ses pas !

Et redis pour sa mère :

N’oubliez pas !

Déjà son front recèle Mon souvenir !

Souvent son cœur m’appelle Par un soupir !

Ah! son âme rêveuse Connaît, hélas!

La fleur harmonieuse N’oubliez pas !

Myiite. — Amour.

Lorsque cette jolie plante est fleurie, son emblème est amour trahi. Le nom de myrte est dérivé du mot grec myron qui signifie parfum.

Cet arbrisseau a été consacré à Vénus , depuis que des myrtes touffus dérobèrent cette déesse à la pétulance d’une troupe de satyres.

Le myrte se plaît dans les climats chauds ; cela sert à expliquer d’une manière ingénieuse l’offrande qu’on en fait à l’amour.

On voyait près de Trézène un myrte sous lequel Phèdre regardait de loin Hippolyte sur son char : dans sa rêverie, l’épouse de Thésée avait, avec l’aiguille de ses cheveux, criblé les feuilles de ce myrte. On bâtit depuis dans ce lieu un temple consacré à Vénus spéculatrice (Vénus regardant).

Les vainqueurs aux jeux Olympiques recevaient une couronne de myrte. On en ornait les stalues des héros. Virgile nous assure qu’il existait aux enfers un bosquet de myrtes dans lequel erraient mélancoliquement les ombres amoureuses. Ce fut là qu’Énée retrouva la reine de Carthage.

Le myrte est l’emblème de l’amour. L’auteur des lettres à Sophie s’écrie à ce sujet :

Oh ! qui peindra jamais tes attraits enchanteurs „ Amour, fils de Ye'nus, dieu puissant d’Idalie !

Tn parais : le vent fuit, et la terre embellie Tressaille de plaisir et se couvre de fleurs ;

La mer a pris soudain une face riante ;

Les bois ont incline leur cime verdoyante,

Et le ciel plus serein, plus brillant et plus pur, De'roule devant toi ses vastes champs d’azur.

A peine le printemps ramène le ze'phyre :

Tout frémit, tout s’anime et ressent ton empire ; Des chants vifs et joyeux annoncent ton retour,

Et l’univers entier rend hommage à l’amour.

Déjà s’abandonnant au dieu qui les entraîne ,

Les taureaux enflammés, bondissant dans la plaine. Traversent les forets, les torrents, les déserts,

De leurs naseaux brûlants interrogent les airs,

Et bientôt on les voit, au milieu des campagnes, Reposer triomphants auprès de leurs compagnes. Amour, charmant amour, tout cède à tes attraits. Faible mortel, en vain, pour éviter ses traits,

Tu gravis sur les monts, tu vogues sur les ondes;

Tu t’enfonces en vain dans les forets profondes ;

Au fond de ces déserts, quand tu crois échapper,

Le dieu lance le trait qui vole te frapper.

Narcisse. — Amour de soi-même.

S’épanouissant au fond des bois, dit la comtesse de Bradi, penchée sur le bord des

eaux, jamais fleur ne justifia mieux les fictions des poêles, qui firent naître d’un jeune chasseur épris de sa beauté, et mourant d’amour en contemplant son image dans une fontaine. Son histoire, ou plutôt sa fable, contient plus d’un enseignement : fils de Céphise et de Liriope, il avait été prédit à ses parents par le devin Tirésias qu’il mourrait dés qu’il se verrait. Il n’y avait ni miroir ni glaces, mais les marbres, les métaux réfléchissaient les objets 1... Il fallait éloigner Narcisse des endroits habités, où quelques corps polis pouvaient lui présenter son image. On le conduisit daus les bois, et son éducation fut négligée. Tandis qu’un exercice violent fortifiait son corps , son esprit sans culture ne se développait point, et demeurait accessible à des passions qu’il ne raisonnait jamais. Une jeune nymphe venait, à la même époque, d’être condamnée, par la reine des dieux, à ne hanter que les forêts, les montagnes, les grottes, seuls lieux que fréquentait Narcisse. Cette nymphe, c’était Echo, qui devait sa naissance

à Pair et à la terre, et qui, honorée d’abord de la confiance de Junon, Pavait perdue en parlant assez légèrement de cette déesse, laquelle trouvait Echo amusante et spirituelle quand elle lui racontait les affaires d’autrui, mais la déclara bavarde, commère et médisante, dès qu’elle s’entretint de celles qui la concernaient. Echo fut punie sévèrement, mais convenablement: on lui fit, dans la conversation, dont elle avait abusé, upe part très-étroite, et elle dut se borner à répéter le dernier mot qu’elle entendrait....

Réduite à ce rôle secondaire, Echo s’ennuya bientôt, et, ainsi que nous le voyons encore, prit pour de l’amour le besoin de se distraire. Elle aima Narcisse, qui, peu touché d’un sentiment dont l’origine lui était sans doute connue, n’y répondit point.

Supporter à la fois la colère de sa protectrice et le mépris du chasseur, c’en fut trop pour Echo : exemple à jamais mémorable pour les jeunes filles, elle sèclia du besoin de parler et de plaire ; et il ne resta d’elle que ce

son de voix mélancolique qui répond a notre voix dans quelques lieux.... Narcisse, satisfait d’abord d’être débarrassé de la nymphe, regretta bientôt le temps où il n'était qu’ennuyé de ses plaintes sentimentales... Une source encadrée dans un gazon touffu, qu’entouraient des arbres dont un feuillage léger interceptait les rayons du soleil sans obscurcir leur lumière, offrit tout à coup aux yeux du chasseur ses eaux transparentes, reposant sur un lit de cailloux bruns.... Altéré après une chasse fatigante, Narcisse se baisse , et, formant une coupe de sa main, veut étancher la soif qui le dévore -, mais il s’est incliné, il voit un nouveau visage qui resplendit de toute la fraîcheur, de toutes les grâces de la jeunesse, et des yeux brillants qui, sans se détourner, soutiennent ses regards curieux. Sa tète demeure penchée, sa main suspendue. Rien ne trouble cette surface limpide, car Narcisse a cessé de respirer. N’cst-ce pas la naïade de la fontaine qui le regarde, qui lui sourit , qui l’attendait?... elle est muette, sourde, sotte.

méchante peut-être, mais elle est belle, bien plus belle qu’Echo...; ne faut-il pas vivre pour elle et par elle? Hélas 1 le plaisir des yeux ne nourrit guère! Narcisse sèche à son tour, et à la place où il expire s’élève la fleur qui porte son nom ; c’est le jeune chasseur, que les dieux ont métamorphosé.... Mais les savants ne nous ont point dit si le fds de Céphise avait été représenté par le Narcisse jaune commun dont le nectaire forme un long et large tube, ou par le narcisse blanc que cultivent nos jardiniers : il y aurait dans cette question de quoi diviser une académie j aussi ne nous permettrons-nous point de prononcer. Malgré l’élégance de sa hampe légère et cannelée, de sa corolle découpée jusqu’à un nectaire d’or et de vermillon , le blanc de ses pélales, quoique pur, est si mat, que son aspect a quelque chose de mélancolique -, aussi le narcisse étaitil au nombre des fleurs funéraires chez les anciens, et en couronnaient-ils l’implacable Némésis, ainsi que les Parques. Son nom

même, assoupissement, ne rappelait point une idée gaie.

Cependant il a été chanté par plusieurs poêles. Malfilâtre le décrit ainsi :

Plante agréable et de frêle existence,

Enfant de Flore à peu de jours borné ;

Doux, languissant, symbole infortuné De la froideur et de l’indifférence.

Dans la guirlande de Julie, Habert fait tenir au narcisse le langage suivant :

Epris de l’amour de moi-même ,

De berger que j’étais je devins une fleur.

Faites profit de mon malheur,

Vous que le ciel orna d’une beauté suprême ,

Et, pour en éviter les coups,

Puisqu’il faut que tout aime, aimez d’autres que vous.

On ignore pourquoi Habert fit de Narcisse un berger au lieu d’un chasseur: mais cela pourrait s’expliquer par le goût de l’époque, où l’on ne rêvait que pastorales, bergeries, idylles. L’ Astrée, d’Urfé, avait mis ce genre en vogue, et la grande Mademoiselle, toute fière , toute séditieuse, toute vieille

qu’elle était, faisait tirer sur les troupes du roi de France le canon de la Bastille, et se pâmait d’aise rien qu’en songeant aux délices de la vie champêtre.

En envoyant à une femme un narcisse qu’il avait cueilli pour elle, M. Locquard y joignit ces vers :

Narcisse, sur le sein delà jeune Isabelle,

Tu recevras bientôt une faveur nouvelle.

Ah ! si tu l’avais vue ainsi que je la vois ,

Tu n’aurais jamais pu mourir d’amour pour toi ;

Tu serais mort d’amour pour elle.

Une charmante romance de Florian, au teur que l’on dédaigne un peu trop aujourd’hui, commence ainsi :

Beaux narcisses qu’une bergère Qui vous e'galait en blancheur Laissa dans ce pré solitaire,

Devenez à jamais ma fleur.

Il n’est pas étonnant que l’amour, qui parle de lui à propos de tout, se trouve mêlé à l’histoire du Narcisse ; mais une chanson bachique inspirée par cette fleur, qui ne re

cherche que les eaux , est une particularité :

Je suis un narcisse nouveau Qui m’aime et qui m’admire }

Mais c est dans le vin , non dans l’eau,

Que toujours je me mire;

Et quand je vois le coloris Dont il peint mon visage.

De 1 amour de moi-même épris,

J’avale mon image.

Ovide, Cowley, Dubos, beaucoup d’autres ont chanté le narcisse. Dans les jeux allégori ques, le père Santel termine ainsi l’histoire de Narcisse.

« Toi qui, brillant de toute la fraîcheur de la jeunesse , aimes à interroger ton miroir T ah ! garde-toi de trop compter sur ton état périssable! Bientôt le temps ternira les roses de ton visage. La beauté est fugitive ; c’est une Heur passagère que le matin voit naître, et que le soir voit mourir : heureuse encore lorsque l’orage ne la renverse pas au milieu du jour ! Songe que la vertu est préférable aux attraits , et que les ornements du corps

ne sont rien auprès de ceux de l’esprit!»

La vue d’un narcisse à Constantinople n’inspire pas des réflexions aussi morales ; mais elle doit répandre quelque bonheur dans le cœur de l’odalisque à qui il est envoyé.

C’est souvent une jeune fille grecque , arrachée des bras de sa mère par la volonté d’un pacha tyrannique , ou enlevée par des pirates sur le rivage de la mer, puis vendue et renfermée dans un harem. Là, elle n’a pour consolation que la visite de quelques Juives vendant des mouchoirs de l’Inde, des ceintures brodées, des babouches et des parfums.

Quand, au fond de la corbeille qui contient les emplettes qu’elle vient de faire, la captive trouve un narcisse, quelle doit être sa joie, puisque cette fleur signifie : Je vous donnerai, dans toutes les occasions, des preuves que je suis votre esclave... Il n’est point probable que le parfum du narcisse , accusé d’clrc narcotique, agisse alors -, mais, s’il endort l’odalisque , elle rêvera qu’elle est libre , qu’elle

est rendue à sa famille, à son pays -, et, en se

réveillant, elle priera la Panagia (*) de bénir celui qui s’intéresse à son sort... Et chez nous, le narcisse est pourtant le symbole de l’égoïsme!

Lne pierre qui imite la fleur du narcisse, ou qui peut-être n’en porte que l’empreinte, est nommée narcissite .

Pensée. — Pensée.

Le mot pensée s’écrivait autrefois paonsée, parce que cette fleur ressemble aux plumes du paon. C’est par un jeu de mots que cette fleur est devenue le symbole des pensées mo~ ïales, comme le souci l’est du chagrin. Parmi les plus jolis vers que cette fleur a inspirés, mentionnons les suivants :

D° 11 ce pensee, ornement du printemps ,

Un jour voit naître et finir ton empire ;

I ensers <1 amour que jeune fille inspire

Naissent plus vite et durent plus longtemps.

Tiquante et modeste à la fois,

Trop souvent de'laisse'e,

(*) Nom de la Vierge chez les Grecs,

œiLLET,„/ww/’ . PENSEE, i. 'jè-sist-r,

^VGXS'VS. //, Av ,,- NARCISSE JOWgUIT.LE^.C^.ÿ,

. I Rémond t/ttf>.

C’est dans un vallon , daus un bois Que se plaît la pensée.

Adieu, douce pensée ,

Image du plaisir ;

Mon âme est trop blessée ,

Tu ne peux la guérir !

L’espérance légère De mon bonheur Fut douce et passagère.

Comme ta fleur!

Un autre poëte a dit :

. les masses insensées

Ont délaissé les fleurs et surtout les pensées!

Pervenche. — Doux souvenir.

Cette fleur, aimée de J. - J. Rousseau , forme par son bel émail bleu de jolis tapis dans nos bosquets d’hiver. M. Fabius décrit ainsi la pervenche :

Devant moi, sur le roc, était un chêne antique ;

Plus loin , de saint Benoît la chapelle gothique Seule attestait que l’homme avait connu ces lieux ;

Et ce tableau tranquille assoupissait mes yeux.

J’étais heureux alors, car j’oubliais la vie!

Mais un frêle rameau troubla ma rêverie ;

U s’agitait dans l’air, pendait en balançant;

Comme un souffle qui fuit il m’effleure en passant.

Je le suivais de l’œil; sous la roche qui penche J’aperçus une fleur : c’était une pervenche.

Elle e'iait jeune et fraîche, et son bleu pâle et pur Au regard semblait fuir comme le vague azur.

« O fleur de ce désert, fille de la nature,

« Belle de ton éclat, belle de ta verdure ,

« Viens, cède à mon effort!» dis-je. Et, tendant la main, Je détachai la fleur et la mis sur mon sein.

Mais le jour s’éteignait : c’était la dernière heure ;

El moi bien lentement je gagnai ma demeure.

Et ma fleur se flétrit, mais son débris léger Me rappelle toujours un bonheur passager *

Primevère. — Retour du printemps .

Cette jolie plante ouvre ses llcurs au moment où l'hiver finissant nous annonce le retour des beaux jours. La rose n’a pas plus inspiré les poètes que la primevère, à cause de son apparition aux premiers zéphyrs :

Le doux printemps est de retour;

Il rajeunit, charme la terre ,

Avec lui ramène l’amour.

L’astre brillant de la lumière A déjà prolongé le jour;

Le ciel ne voit plus les nuages Ternir l’éclat de son azur;

Le ruisseau transparent et pur

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