Les Lichens forment la septième famille des Champignons
Ordre IL. — URÉDINÉES.
(Famille 8.)
Ce sont des Champignons parasites des végétaux terrestres, et provoquant chez ceux-ci, comme les Ustilaginées, des maladies graves. Ils attaquent de préférence les céréales; leurs spores, d’un jaune rougeûtre, se forment sous l’épiderme des feuilles, des tiges qu’elles rompent pour se disséminer. Les campagnards désignent sous le nom de rowille la maladie occasionnée par ces parasites.
Ces Cryptogames produisent d’abord des boursouflures vésiculaires formant, après l'ouverture de l’épiderme, des taches ou des lignes de poussière jaune ou brunâtre: Le mode de reproduction de ces petits végétaux est assez compliqué :
Aécidies. — Au printemps, la plante nourricière attaquée a les vides intercellulaires remplis de mycélium filandreux, qui forme, en dehors, de petits réceptaeles fructifères ayant la forme d’un petit calice, d’un pelit godet -lorsqu’ils sont ouverts : ce sont les aécidies; celles-ci sont ordinairement à la face inférieure des feuilles (voir la face inférieure des feuilles du Pasd'âne, Tussilago farfarus, en août).
Spermogonies. — Dans le voisinage des aécidies, mais à la face supérieure de la feuille, apparaissent les spermogonies ou très petites cavités en forme
CHAMPIGNONS. — URÉDINÉES. 185
de calebassé dont l'orifice pointu dépasse les cellules épidermiques de la plante atteinte.
Urédospores. — A maturité, les spores des aécidies peuvent germer et émettre alors des utricules germinatives qui entrent dans les stomates de la plante nourricière, et qui développent bientôt, dans son tissu, un mycélium se segmentant, au bout de 6 à 40 jours, en spores globuleuses ou allongées, désignées sous le nom de spores d’été ou urédospores. Ces spores sont facilement transportables par le vent, et propagent les Urédinées pendant l'été par le moyen dont il vient d’être dit, c’est-à-dire par des utricules germinatives s’introduisant dans les stomates de la plante, et produisant dans la dizaine de jours de nouvelles urédospores.
Téleutospores. — Cependant à l'approche des froids, en automne, il survient une nouvelle espèce de spores, les spores d'hiver ou téleutospores. Tandis que les spores d'été peuvent germer quelques heures après leur maturité, — les spores d'hiver ordinairement bi ou pluricellulaire, d'un brun noirâtre, — ne peuvent germer qu'après un certain temps de repos (excepté la Puccinie des Mauves).
L'hiver passé, les téleutospores développent une utricule germinative (mais ne pénétrant pas dans la plante nourricière) et se développent aussitôt en un mycélium qui produit de nouveau les aécidies dont il a été parlé.
Certaines Urédinées produisent des aécidies sur la plante nourricière.où les spores d'été et d'hiver se sont formées; d’autres, au contraire, émettent des aécidies sur des plantes différentes appartenant à d’autres familles phanérogamiques. Il y en a aussi dont une et même deux des trois générations principales manquent généralement.
L'Urédinée la plus commune est la Puccinie du blé (Puccinia graminis) ; on désigne ses spores d'été sous le nom de rouille orangée; ses spores d’hiver forment la rouillenoire ; ces spores passent l'hiver à l’état de vie latente sur les feuilles et les tiges du blé; au printemps suivant, elles germent dans l'air humide et produisent des filaments grêles supportant chacun une spore; ces spores légères sont enlevées par le vent et déposées sur les feuilles des plantes avoisinantes, mais elles ne peuvent germer que sur les feuilles fraîchement épanouies de l’Épine-Vinette (Berberis vulgaris), où elles se développent et produisent les spermogonies à la face supérieure des feuilles, et, quelques jours après, les aécidies à la face inférieure. Les spores orangées des aécidies de l'Épine-Vinette, disséminées par le vent, retombent aussi sur les végétaux avoisinants, mais ne germent que lorsqu'elles sont déposées à la surface d'une tige ou d’une feuille de blé, et après 6 ou 10 jours de croissance, elles donnent les spores d'été, comme il a été dit plus haut. La Puccinie du blé comprend trois phases à partir des spores hibernantes : 19 une de végétation libre sur le sol, produisant les spores légères que le vent emporte et par lesquelles la Cryptogame se développe sur la plante nourricière; 2° une phase parasitaire sur l'Épine-Vinette; 3° une phase
186 CHAMPIGNONS. — USTILAGINÉES.
parasitaire sur le blé (où le Ghampignon produit des urédospores tout l'été et des téleutospores en automne). — Le parasite ne pouvant revenir sur le blé qu'après avoir passé le printemps sur l'Épine-Vinette, il s'ensuit qu’en excluant celle-ci du voisinage des terres à blé on détruit la Puceinie de cette céréale. — Plus de 300 végétaux sont attaqués par différentes Urédinées.
Ordre IV. — USTILAGINEES.
(Famille 9.)
Les Ustilaginées sont également de petits Ghampignons parasites des Phanérogames vivants, et plus spécialement des Graminées; elles produisent à leur maturité une poussière noire ou brune très abondante : ce sont les spores. Les cultivateurs désignent ces Cryptogames sous le nom de charbon. Les Ustilaginées vivent particulièrement dans les ovaires des Graminées; l'espèce la plus connue est l’Ustilago carbo Tul.; on le rencontre dans les parties florales du froment, de l'orge, de l’avoine et de l’ivraie vivace. Quelques Carex sont attaqués par l'U. wrceolarum Tul.; le dactyle aggloméré, par PU. salveii B. et Br.; le maïs, par VU. muidis Lev.; le seigle, par PU. secalis Rbnh. (ne pas confondre avec l’ergot); les Garyophyllées, par l'U, antherarum Fr. L’épeautre et le froment peuvent aussi être attaqués par une autre Ustilaginée, le Tüilletia caries Tul. et même par l’Urocystis occulata Rbnh.
Ordre V. — OOMYCÈTES. vi. x.
(Familles 10 à 17.)
Ces Champignons ont la propriété de former des œufs, c'est-à-dire qu’il y a chez eux fécondation. Les Oomycètes sont essentiellement unicellulaires, ce qui les fait différer des autres ordres, les Schizomycètes non compris (ceux-ci en diffèrent non seulement par leur mode de reproduction, mais aussi et surtout par leur extrême ténuité). La cellule est d'ordinaire excessivement ramifiée.
Gette classe se subdivise en huit familles :
Les Chytridinées (f. 2), les Wampirellées, les Ancylistées sont de petites Moisissures vivant sur des plantes aquatiques.
Les Entomophtorées sont de petites Moisissures parasites dans divers insectes et parvenant à les tuer rapidemment. Tout le monde a remarqué
CHAMPIGNONS. — MUCOR. 187
en automne ces petites taches blanchâtres entourant les mouches mortes sur les vitres : C’est l'Empusa muscue. — L'Entomophthora rend des services à l’horticulture en ravageant, certaines années, les chenilles de la Piéride du chou.
Les Saprolégniacées et les Monoblépharidées sont de très petites Moisissures vivant dans l’eau, sur les corps végétaux en voie de décomposition.
Les Mucorinées forment une famille très nombreuse dont les espèces sont désignées par le vulgaire sous le nom de Moisissures. Généralement, ces petits Champignons vivent sur les matières animales ou végétales en décomposition. Toutes les Moïsissures, cependant, ne sont pas des Mucorinées; quelques-unes se rangent, comme nous l’avons vu, dans l’ordre des Ascomycètes, particulièrement dans la famille des Périsporiacées (Ghampignons pluricellulaires).
Les Mucorinées se reproduisent par œufs et par conidies.
Après le développement complet du mycélium, des rameaux fructifères s'élèvent perpendiculairement, leur extrémité supérieure se gonfle en sphère nommée sporange. Le sporange, d’abord incolore, noircit bientôt et contient de nombreuses spores asexuées, immobiles, nommées conidies.
Les spores sexuées naissent d’une autre manière : deux courts rameaux de mycélium s'avancent l’un vers l’autre, se mettent en contact par leurs extrémités gonflées, et produisent chacun, par segmentation, une cellule contenant beaucoup de protoplasme. Ces deux cellules, nommées cellules copulatrices, se fondent en une seule désignée sous le nom d'œuf ou &ygospore. La zygospore, revêtue à la maturité d’une épaisse membrane foncée, constitue une spore persistante, ne germant qu'après un long repos. Par la germination, il sort directement de cette zygospore, sans mycélium intermédiaire, un support de sporange à conidies, semblable à ceux qui sont produits d'ordinaire par le mycélium.
Mucor Mucédo L. PI. XI, f. 1. — C’est peut-être la Moisissure la plus commune; on la rencontre sur diverses substances, notamment dans le pain dit moisi. Chaque individu est formé d’une seule cellule très ramifiée comme on le voit à la f. 4. Le rameau fructifère-asexué (r) est transparent, incolore, pouvant atteindre jusqu'à 6 cent. de haut. Le sporange (s) est d’un jaune brunâtre ou presque noir et muni de petits piquants superficiels d’oxalate de chaux (voir le sporange grossi). La columelle (c) ou prolongement du pédicelle (a) atteint environ le centre du sporange. Les spores (conidies) sont transparentes et incolores.
Le pain moisi peut provoquer des empoisonnements sérieux. Il est loin même d’être inoffensif pour les poules : M. Simon, avoué à Arlon, ayant mis par mégarde des biscuits à la cave, les trouva moisis quelque temps après: dans cet état, il les jeta dans la basse-cour; toutes les poules en mangèrent, bientôt elles furent malades et moururent. Le Dr Cordier dit que les Moisis-