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Dans ces chambres vivent les belles captives.
chemin que vont et viennent les damoiselles chargées de vaquer à son service. Dans la-tour il ya sept-vingts damoiselles, toutes belles et avenantes et qui. toutes doivent leur service à l'émir. Celles qu'il choisit doivent assister à son lever, présenter l'eau, tenir la serviette. À chaque étage il y a trois. sergents qui les surveillent et chacun d'eux à toujours l’arme au poing. Ils ont un chef rusé et cruel. Nul homme n'ose même regarder en la tour pour épier, car quatre guets veillent au dehors nuit et jour ; s'ils voient approcher quelqu'un, ils vont l’annoncer aux sergents.
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« L'émir ne garde jamais la même épouse au delà d'un an : il lui fait alors couper la tête. Quand il en veut prendre une autre, il fait descendre toutes les damoiselles de la tour en un verger et chacune en a le cœur marri, car elles savent qu'elles sont ainsi vouées à la mort. Le verger est beau et grand, enclos d'une part d'un mur crénelé tout peint en or eten azur, et sur chaque créneau il y aunoiseau d’airain ouvré : quand il vente, ils font si doux cri que jamais homme n'en ouït semblable. Dans ce même verger il y a beaucoup d'oiseaux vrais, merles, rossignols, pinsons, qui y font grande joie. De l’autre part court un fleuve si large que rien ne peut le traverser, ni voler par-dessus. On voit dans ses eaux saphirs, oalcédoines, rubis, jaspes, cristaux et topazes.
« Le verger est fleuri en tout temps. Il est rempli
précieux qui portent fruits; on y trouve aussi des poivriers, des girofliers, des canneliers et autres épices. Celui qui sent le parfum des épices et des fleurs et qui entènd chanter les oiseaux croit être arrivé en paradis. Au milieu du verger jaillit une fontaine claire et saine; le canal en est fait d'argent et de cristal. Un arbre est planté au-dessus; on l'appelle l'arbre d'amour, parce qu'il est en tout temps chargé de fleurs; une fleur naît quand l'autre tombe. L'arbre, la fleur,
tout est vermeil; l'arbre fait du vent qui entretient la fraîcheur.
« Quand donc J’'émir veut choisir sa nouvelle épouse, il fait venir toutes les damoiselles de la tour dans le verger et les fait passer sous l'arbre d'amour pour arrêter laquelle il choisira. C’est le sort qui décide : celle sur qui tombe la première fleur est acclamée reine du pays. L'émir l'épouse à grand honneur, mais, au bout d’un an, il la fait tuer. Et s’il y a une des jeunes filles qu’il préfère aux autres, il fait tomber par enchantement le fleur sur elle à son gré. D’aujourd'hui en un mois sera le jour où il assemblera tous ses barons pour tenir sa fête. On dit qu'il choisira Blanchefleur à ce jour, car il l'aime mieux que toutes les autres. Sire, voilà; je vous ai dit tout ce que je sais.
— Sire, merci, répond Flore. Daire, bel hôte, que ferai-je? Par mon chef! peu m'importe de perdre la vie puisque j'ai perdu m’amie. »
Daire répond : « Je vois qu'il y a telle douleuren votre cœur qu'il ne vous importe point de conserver votre vie, mais que vous la perdrez volontiers pour votre amie. Écoutez-moi donc et je vous dirai le meilleur conseil que je sais. Demain vous irez droit à la tour comme si vous fussiez ingénieur, vous la mesurerez, vous prendrez garde à la hauteur. Le portier s'empressera de vous mettre à la raison. Vous lui direz que vous voulez contrefaire la tour quand vous serez en votre terre. En
vous entendant parler de la sorte, il vous prendra pour un riche homme. Alors il vous demandera peut-être de jouer aux échecs avec lui, car il joue volontiers.
« Vous aurez dans votre manche cent onces d'or que vous mettrez au jeu. Si vous aimez votre vie, n’y allez point sans or 1 J'ai espoir que vous endormirez par votre richesse la vigilance du portier. Si vous gagnez la partie d'échecs, vous rendrez au gardien tout son or et vous lui donnerez vos cent onces comme s'il eût gagné. Il s'émerveillera beaucoup et voudra jouer avec vous souvent. Le lendemain vous recommencerez et vous mettrez double enjeu. Si vous gagnez, rendez-lui tout : donnez-lui votre or et de sien.
« Il vous priera de revenir. Vous lui direz : « Sire, volontiers, car je vous ai fortement en « amour. J'ai beaucoup d'or et d'argent; sachez « que je vous en donnerai en quantité, car vous « m'avez bien accueilli. » Le lendemain vous ne porterez que quatre onces d'or, mais vous aurez votre coupe en l'autre main. Si vous gagnez, . vous lui rendrez votre or et le sien, mais vous retiendrez votre coupe. Îl voudra que vous jouiez de nouveau en mettant votre coupe pour enjeu, mais vous Re voudrez pas.
« Alors il vous mènera à son dîner; il sera joyeux du grand trésor qu'il se sera fait de votre or, mais il convoitera la coupe et sera très désireux
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de l’acheter. Il vous en offrira mille marcs. Vous lui direz que vous n’en voulez rien, mais que vous ne la donnerez que par amitié. Il aura si grande envie d'obtenir votre amitié qu'il se jettera à vos pieds et vous rendra-l'hommage qu’un hommelige doit à son seigneur; vous pourrez alors lui découvrir le mal qui vous fait languir, S'il le peut, il vous aidera; s’il ne le peut, nul ne pourra. »