‹ Flore et Blanchefleur. Berthe aux grands pieds. Texte adaptéChapitre 11 sur 33 · CHAPITRE VI La corbeille de roses · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI La corbeille de roses

LORE remercie Daire du conseil qu'il lui a donné. Cette nuit-là il ne peut dormir, il a trop hâte de se rapprocher ZA de Blanchefleur. Il se lève matin et Daire lui montre le chemin à suivre. Il vient au pied de la tour; le portier l'interpelle si rudement qu'il en est tout étonné : « Êtes-vous espion ou traître qui regardez notre tour? — Sire, répond Flore, non, par ma foi! mais je la regarde parce que j'en veux faire une semblable en mon pays, si jamais j'y peux parvenir. » Flore est si beau que le portier en oublie sa.cruauté.: « Vous ne semblezpas . espion », dit-il, et il le convie à jouer aux échecs.

Tout se passe ainsi que Daire l'avait prévu.

Lorsque le gardien promet que par amour il ser-

vira Flore comme seigneur : « Sire, dit Flore, puisqu'il en est ainsi je me fie à vous comme à mon homme-lige, je vous conterai donc ma vie. Là, dans la tour, est mon amie, celle qui a nom Blanchefleur. L'amour que j'ai pour elle m'a forcé à quitter l'Espagne pour la venir querir en cette terre. Sire,ayez pitié de moi! Car, ou je l’aurai, ou je mourrai pour l’amour d'elle. » Le portier est fort marri à l’ouie de cette nouvelle : « Je suis pris, ditil, vos richesses m'ont tenté. Ma convoitise m'a perdu; le trésor que j'ai reçu de vous m'aura coûté la vie, mais je ne puis me retirer; quoiqu'il en advienne, ou bien ou mal, je n'oublierai point mon serment. Par ma foil je sais bien que nous en mourrons tous trois. Rentrez à votre hôtel et au troisième jour revenez, je réfléchirai entre temps. » Flore lui dit : « Ce terme est trop long. » Le portier répond : « Pour moi, il est trop court, car je suis sûr de la mort. »

Flore s’en retourne chez Daire. À force de chercher, le portier finit par trouver une ruse. Il enverra un présent aux damoiselles de la tour. Il fera cueillir beaucoup de roses et en remplira de grandes corhbeilles. Flore se cachera dans l'une d'elles. À l'heure fixée, Flore arrive joyeux et gai; il a revêtu un bliaut de couleur vermeille, — le portier lui avait donné ce conseil afin qu'il eût la même couleur que les fleurs. — Le portier envoie ses présents, chaque damoiselle reçoit une corbeille; il

fait entrer Flore dans l’une. Le jeune homme clôt les yeux et le portier le couvre de fleurs, puis il appelle deux sergents : « Portez-moi cette corbeille, leur dit-il, en la tour, à la damoiselle Blanchefleur, dans la chambre à côté des degrés qui communiquent avec celle de l'émir. Elle en sera contente! ” Puis revenez promptement ici. » Les sergents prennent les fleurs et les emportent. Ils sont si chargés qu'ils en sont tout tordus; ils disent qu'il ya beaucoup de fleurs et ils les maudigsent. Ils montent par les degrés, mais ils se trompent de chambre, ils laissent celle de Blanchefleur à droite et entrent à gauche. Quand ils sont dedans, ils descendent la corbeille de dessus leurs épaules, la présentent à celle qu'ils trouvent céans, font leur message et repartent en hâte, laissant les fleurs.

La damoiselle — qui a nom Clarisse — les prend, remercie, se joue et se divertit des fleurs. Flore croit être enfin auprès de son amie ; dans un transport de joie, il saute hors de la corbeille. La jeune fille, saisie de peur, s’écrie : « Je vois merveille, ahi!l ahil » Flore, effrayé, s'élance de nouveau dans la corbeille; il croit qu'on l'a trahi. Il s'est recouvert de fleurs, si bien que de son corps il ne paraît plus rien. Les compagnes de Clarisse, accourant, lui demandent ce qu'elle avait pour crier ainsi. Clarisse s'est rassurée, car elle a pensé à Blanchefleur dont elle connaît l’histoire : « Ce jeune homme est sans doute Flore », s’est-elle dit.

Flore saute hors de la corbeille.

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