‹ Flore et Blanchefleur. Berthe aux grands pieds. Texte adaptéChapitre 12 sur 33 · FLOR · texte numérisé non relu

FLOR

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Elle parle en fille sensée : « Des fleurs s'envola un papillon qui me frôla le menton de ses aïles, j'en eus telle frayeur que j'ai crié.» Les jeunes filles s'en retournent et Clarisse reste seule avec le damoiseau. Elle était fille du roi d'Allemagne et la plus belle damoiselle de toute la tour, après Blanchefleur. Les deux jeunes filles s’entr'aimaient beaucoup. Leurs chambres étaient toutes proches; il y avait une porte entre elles par laquelle l’une à l'autre venait quand elle voulait dire quelque chose à son amie. Clarisse appelle doucement Blanchefleur : « Belle compagne Blanchefleur, voulezvous voir une fleur que vous aimerez beaucoup, je le sais, lorsque vous la verrez. Il n’y a pas de fleurs pareilles dans ce pays.» Blanchefleur ne s'en soucie point et demeure à sa place : « Venez-y, dit Clarisse, vous la connaîtrez certainement, car elle est de votre pays; je vous la donnerai si vous la voulez.

— Avouez, Clarisse, fait Blanchefleur, pourquoi vous me tourmentez; vous faites péché quand vous riez ainsi de mon chagrin. Damoiselle, les fleurs sont pour ceux qui ont amour et joie en eux. Quant à moi, belle sœur Clarisse, douce amie, le terme de ma vieest proche. L'émir dit qu'il m'épousera, mais cela ne sera point, car je me procurerai une arme et je me tuerai secrètement. Je ne veux ni ami, ni mari, puisque j'ai perdu Flore. »

Quand Clarisse l’ouit, elle en a grand’pitié et lui

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FLORE ET BLANCHEFLEUR £a

parle doucement : « Damoiselle, pour l'amour de Flore, je vous requiers que vous veniez voir la fleur. » Quand Blancheñfleur s'entend conjurer d'amour, elle s’en va au plus tôt avec Clarisse.

Les paroles des jeunes filles étaient parvenues aux oreilles de Flore; quand il sait que son amie vient, il sort de la corbeille. Blanchefleur a tôt fait de le reconnaître ; ils s'embrassent sans parler. Chacun s'oublie en doux baisers. Ils pleurent de grand'pitié et de grand amour. Ils ne disent nul mot, ils s’entre-regardent et se sourient.

Clarisse voit leur contentement et leur joie; en riant elle dit À Blanchefleur : « Compagne, vous connaissiez la fleur. Auparavant vous étiez triste et silencieuse, maintenant je vous vois joyeuse. Vraiment, fleur qui si tôt guérit grande douleur a vertu miraculeuse! Tout à l’heure vous ne vouliez pas la voir et déjà vous n'avez point d'aussi cher trésor.

— Ciel, fait Blanchefleur, c'est là Flore, mon ami.» Puis se tournant vers son ami: « Grâce à elle je vous ai », dit-elle. Les deux remercient Clarisse; sans elle ils eussent été découverts et ils en fussent morts. Or Clarisse était très bonne. « N'ayez crainte, leur dit-elle, soyez sûrs que je tiendrai tout secret comme je le ferais pour moi-même si pareille chose m'était advenue. »

Blanchefleur emmène son ami en sa chambre, où il y avait un gecoin à demi caché par une courtine de soie. C'est là qu'ils s'assoient pour se ra-

conter comment ils ont erré depuis le jour où ils se séparèrent jusqu’à celui où ils se sont retrouvés. Clarisse leur apporte à manger; elle les sert bien. Ils mangent et boivent ensemble et sont joyeux. Tout leur est bien: si cette vie pouvait durer, ils - ne voudraient jamais la changer.

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