CHAPITRE II] Dans le bois feuillu
Es quatre gardiens partent, emmenant Berthe. Ils chevauchent pendant cinq grandes journées, puis ils arrivent en la forêt du Mans, où ils s'arrêtent sous un olivier. Tybert trouvant l’endroit bien choisi, ils mettent pied à terre, puis Morant, Godefroy et Renier descendent la reine de son cheval. Ils lui font dépouiller le drap qu’on avait jeté sur sa robe; elle apparaît vêtue d’un bliaut blanc et d’un beau manteau. Elle est si belle que les trois sergents se prennent à pleurer. Tybert brandit son épée : « Tirez-vous arrière, dit-il, je vais trancher la tête à la serve félonne. »
Quand Berthe voit l'épée, elle se met à genoux sur la bruyère et baise doucement la terre pour im-
plorer merci, car son bâillon ne la laisse point parler. Les sergents sont saisis de pitié; Morant retient le bras de Tybert : « Si tu lui fais du mal, dit-il, par saint Pierre, tout l'or de la Bavière ne te préserverait pas d’avoir ce bois pour litière à tout jamais. »
Courroucé, mais effrayé, Tybert remet son arme; les sergents se saisissent de lui et l’agenouillent de force; chacun tire son épée. Godefroy et Renier tiennent Tybert. Morant, qui a Berthe en grande pitié, lui enlève son bâillon : «Belle, fuyez-vousen, fait-il doucement, Dieu vous conduise par la sienne amitié! » Berthe s'en va fuyant, le cœur tout en émoi, car elle avait bien pensé avoir sans faute la tête tranchée ; elle se hâte sur la bruyère et disparaît derrière les arbres; les sergents la perdent de vue. Or ce jour-là le temps était froid et laïd ; en outre il pleuvait et iltonnait. « Seigneurs, dit Tybert, vous avez mal agi; je vous ferai pendre quand vous serez rentrés à Paris.
— Seigneur, répond Morant, nous étions fous et lâches quand nous vinmes en ce bois pour commettre un tel meurtre. Cette femme me semble noble, douce et sans nulle fraude. Dieu, ayez pitié d’elle, car en cette forêt il y a maint ours et maint léopard qui auront tôt fait de la manger. Nous nous sommes conduits comme félons et renards, J ’en ai le tTœur nayré.»
‘Les quatre hommes remontent à cheval pour partir; Berthe qui s'est cachée dans les buissons
EN
les voit de loin. Ils s’en retournent sans s'arrêter.
« Tybert, dit Morant, nous prendrons au premier village le cœur d'un |pourceau pour l’apporter à Margiste. Par saint Simon, si vous ne m'octroyez cela, nous vous tuerons tantôt. » Tybert trouve le conseil bon et ainsi fut fait.
Ilsarrivèrent à Paris. La vieille eut grande joie en les voyant et surtout en recevant le cœur de Berthe que Tybert lui apportait en présent. La fausse reine donna audience aux quatre envoyés pour les remercier de l’avoir débarrassée de son ennemie.
Revenons à Bertain, perdue dans le bois feuillu. Il tombait une pluie menue mêlée de grêle, un
vent violent tordait les grands arbres, les éclairs
brillaient, le tonnerre grondaïit. Berthe entend hurler les loups et hululer les chats-huants. Elle ne sait de quel côté se diriger, maïs par une sente étroite et malaisée elle s'éloigne de l'endroit où Tybert le mécréant l'avait laissée. Elle pleure et réclame doucement Dieu et ses saints, tout en s’en allant parmi le bois, le long d'un vallon. « Ahi! vieille, gémit-elle, vous avez le cœur déloyal pour me trahir ainsi de cruelle tra-
hison. Mal semble que je suis de lignage royal.
pour souffrir comme je souffre aujourd’hui. Puissent Dieu et saint Julien m'envoyer en tel hôtel que manger ne me puisse nulle bête mortelle. » La dame s’en va parmi la forêt sombre Sa robe est tout alourdie de pluie et de terre. KHe s'arrête
mn Le
maman