‹ Flore et Blanchefleur. Berthe aux grands pieds. Texte adaptéChapitre 24 sur 33 · EYE · texte numérisé non relu

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101 BERTHRE AUX GRANDS PTEDS

La nouvelle se répand dans tout Paris : la dame est malade, la dame se meurt. Chacun en a de la joie : « Dieu maudisse celui qui le premier parla d'elle aux Français, celui qui nous l’amena, celui qui la donna au roi Pépin! Dieu confonde celui qui conseillera un remède pour la guérir, car jamais femme plus déloyale ne but ni ne manges. » C’est ainsi que le peuple de Paris dit sa haine pour Aliste.

. Pendant que Pépin, seul de tout Paris, se désole, arrive un messager de Blanchefleur. Il mande au roi que sa dame est aux portes de la ville, mais avant d’en franchir l'enceinte, elle entendra la messe à Montmartre. Alors le roi se hâte d'aller au-devant de Blancheñfleur. Il emmène avec lui Raiïinfroi et Heudri; archevêques et évêques, ducs et comtes, tous les personnages de la cour les accompagnent. Le roi de Francé a le cœur marri : à cause de la maladie de la reine, il croit tout perdu.

A Montmartre, les Français rencontrent la reine de Hongrie. Ils la saluent humblement et Blanchefleur leur rend de beaux saluts. Elle baise doucement le roi, puis lui demande vivement : « Que fait ma fille Berthe? », car elle ne peut attendre d’ouïr des nouvelles.

« Dame, je vous le dirai. Lorsqu'elle apprit que vous la veniez voir, elle fut très joyeuse. De joie, elle eut le cœur si ému qu'elle ne s’est plus levée

dès lors. Mais quand elle vous aura vue elle en aura du bien. »

De douleur la dame a le cœur éperdu; elle reste silencieuse et marrie. Le roi Pépin la prend parla main : « Dame, fait-il, ne soyez point éperdue. Votre fille sera guérie quand elle vous aura vue et que vous l'aurez tenue entre vos bras. »

Les fils du roi descendent de leurs chevaux. ils viennent saluer la reine avec courtoisie. Mais Blanchefleur regarde les enfants sans plaisir ; en elle rien n’a tressailli, elle les salue maigrement. La reine, qui est bonne pourtant, regarde ces jeunes enfants sans les baiser ni les prendre dans ses bras. Les barons qui sont là se poussent du coude et disent entre eux : « Blanchefleur a le cœur aussi dur que sa fille. »

Après la messe, tout le monde sort du qoutier sans tarder. Blanchefleur monte à cheval, Pépin se place à sa droite, évèques, ducs et comtes les suivent et tout le cortège descend vers Paris, l'admirable cité. La reine de Hongrie regarde le pays de long et de large et il lui plait. Elle voit les tours, les palais et les maisons de la grande cité, elle voit la Seine serpentant dans sa large vallée plantée de vignes: elle voit le château de Dampmartin, Pontoise, l'oissy, Montmorency, Conflans et mainte autre ville. « Ah ! Dieu, fait-elle, comme ma fille est richement mariée et en beau pays établie. »

le cortège entre dans la ville qu'on avait très

bien ornée. La rue Saint-Denis était tendue d’étoffés précieuses ; aux fenêtres se voyaient des dames parées de leurs plus beaux atours. Une grande foule remplissait la rue. Tous les bourgeois de Paris voulaient voir la reine, mais ils ne l’acclamaient point; ils restaient muets ou ils la maudissaient tout bas, à cause de la serve.

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