‹ Flore et Blanchefleur. Berthe aux grands pieds. Texte adaptéChapitre 29 sur 33 · D MEN · texte numérisé non relu

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Le roi la salue très courtoisement; Berthe lui rend son salut.

je suis allée toute seule m'accouder pour dire mes heures et cela m'a fait oublier. »

Quand Pépin l’ouit si doucement parler et la voit si belle, l'amour grandit en son cœur. Il pense que jamais femme ne pourra ressembler plus fortement à la serve; seulement celle-ci lui paraît encore plus belle à regarder. De nouveau il cherche à l’emmener avec lui. |

« Belle, suivez-moi à Paris. Je suis maire du palais du roi quia la France à garder, je suis riche et puissant, vous serez riche et honorée. »

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Pépin n'est point habitué à ce qu'on résiste à sà volonté; son air décidé effraie Berthe qui commence à pleurer de ses beaux yeux. Voyant que le robuste chasseur va l'emporter de force, elle ne songe qu'à se tirer du danger et, pour y échapper, elle rompt son vœu : « Arrière, sire, je vous défends de me toucher, car je suis reine de France, femme du roi Pépin. Mon père est le roi Flore de Hongrie et ma mère, la reine Blanchefleur. »

Le roi pâlit : « Belle, fait-il, si c'est comme vous m'avez conté, je ne vous emporterais point pour mille marcs d'or pesé. »

: En l’entendant parler ainsi, Berthe le prend fort en gré. Le roi cherche à faire causer Berthe; il veut qu'elle lui conte son passé, mais elle s’y refuse, car elle a le cœur fortement tourmenté à cause de son vœu qu'elle a rompu. Ils ont tourné leurs visages du côté de la maison de Simon et bientôt ils y arrivent ensemble. À l'entrée ils rencontrent Simon avec Constance, Ysabel et Aiglante; les deux damoiselles pleurent pour l'amour de Berthe qui était demeurée seule en la chapelle. Ils l’allaient querir quand ils ont vu qu'un homme la ramenait; alors ils se sont arrêtés. Le roi les salue avec courtoisie ; ils voient bien que c'est un homme de grande noblesse. Il leur conte qu'il est de la maison du roi de France et qu'il s'est égaré dans ce bois touffu. Puis il prend Simon à part pour s’enquérir de la parenté de Berthe.

Constance fut bientôt appelée au conseil. « Dame, dit le roi, dites-moi, s’il vous agrée, qui est cette jeune fille que j'ai ramenée ici. — Sire, elle est notre nièce. Longtemps nous l'avons gardée; par sa bonté elle a conquis notre amour. Je l'aime plus que mes enfants. Elle se plaint fortement de vous, sire, j'en suis bien courroucée. Vous l'avez effrayée dans la forêt. Par la foi que je dois à Simon, si vous ne fussiez l'honoré du roi de France, vous eussiez payé cher la peur qu'elle a eue.

— Dame, répond Pépin, ne me celez rien; sachez que telle chose m'est par elle racontée que, si c'est vérité, vous serez bien récompensée de ce que vous l'avez si longtemps hôtelée. Elle m'a avoué qu'elle s’appelle Berthe et qu'elle est femme du roi de France. Dites-moi promptement si c’est vrai et gardez-vous de mentir, car vous en seriez honnie. »

A ces mots, Simon et Constance ont päli. «Sire, fait Simon, par la Vierge honorée, nous ne savons rien de cette chose qu'elle vous a dite », et il raconte longuement au chasseur les événements du jour où il l’a trouvée et tout ce que Berthe leur a dit alors sur sa parenté. « Depuis ce jour, sire, nous l’avons nourrie çéans et nous l'avons désormais appelée notre nièce, parce que nous voulions qu'elle fût plus honorée dans cette contrée. C'est la femme la plus douce, sensée et entendue que nous ayons jamais vue. Par la foi que je vous dois, puisque vous êtes des gens de notre roi, j'en-

tends très volontiers ce que vous me dites, mais jamais Berthe ne nous a conté cette histoire. Je ne sais pourquoi elle nous l’eût celée si elle fût vraie. —Simon, dit le roi, allons lui parler toustrois. :

— Sire, répond Simon, s’il vous agrée, Constance et moi nous lui parlerons; nous vous cacherons derrière cette courtine, nous amènerons Berthe ici et nous nous enquerrons de cette affaire devant vous. » | |

Ainsi fut fait. Constance conduisit Berthe doucement en sa chambre. « Dame, dit Berthe, si je l'osais, je demanderais ce qu'il est devenu, celui qui me fit tant d'ennuis quand je revenais de notre chapelle; cela me tourmente encore. — Belle, il s’en est allé, maïs il nous a dit une chose dont nous avons grande joie; pourquoi nous l'avez-vous cachée? » Berthe regarde vers la terre et ne répond pas.

« Berthe, dit Simon, cet homme nous a dit que vous êtes la femme du bon roi puissant. — Belle, ajoute Constance, dites-nous la vérité, pour Dieu je vous prie. »

Quand Berthe les entend, elle rougit, mais, à cause de son vœu, elle répond : « Dame, si cela fût, je vous l'eusse dit dès le premier jour. La vérité est que je n'ai pas su ce matin comment me défendre contre cet homme. Je vous avais oui conter l’histoire de la reine de France, j'ai pensé que ce tour ferait déguerpir l'homme, voilà pour-

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quoi j'ai menti. » Simon et Constance ne parviennent point à tirer autre chose de Berthe.

Enfin Constance l’emmène auprès de ses filles et revient trouver le roi qui a l'air fort marri. Il prend congé de Constance; Simon l'accompagne et le mène droit au Mans, car le roi s'inquiète fort peu de sa chasse. Quand ils furent éloignés du manoir : « Simon, fait Pépin, vous me connaissez ? Je suis le roi. » À ces paroles Simon s'incline : « Sire, fait-il, très bien venu soyez! Je suis dolent de cœur que vous ayez été ainsi trompé, et mal à mon aise que vous n'ayez été mieux honoré dans ma maison. — Ne vous chaut (1)! dit le roi. Mais pour la reine ma femme j'ai le cœur triste, car par ma malechance un forfait m'a privé d'elle. »

Tout leur entretien fut de Berthe aux grands pieds. « Simon, dit Pépin, vous ne parlerez de cette chose à personne hormis votre épouse, car, sachez-le, je crois bien que c’est là ma dame; mais de ce qu'elle le nie, je suis tout pensif.

— Sire, répondit Simon, quand je la trouvai dans le bois elle était affamée et glacée. Il se peut qu'elle eût fait vœu de celer sa noblesse et, si elle l’a voué, soyez-en sûr, elle ne briserait point son vœu pour l'or de dix cités, car jamais ne vit-on femme plus noble ni plus courageuse.

— Simon, dit le roi, vous êtes bien avisé, ] je crois

(4) Que cela n'ait pas d'importance à vos j'eux.

que vous avez dit vrai, mais, vous le savez bien, j'ai été trompé par une femme, et pour avoir plus grande sûreté je manderai au roi Floreet à la reine Blanchefleur comment j'ai trouvé Bertain dans ce bois. Je sais que l’un d'eux sera bientôt ici. Cette nuit ou demain le messager sera apprêté qui portera la nouvelle en Hongrie. Vous me reverrez au plus tôt que je pourrai. Gardez que nul motde cette affaire ne soit connu. Et je vous prie, si vous m'aimez, d'honorer Berthe plus que par le passé, — Sire, je ferai votre volonté. »

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