Chêne rouge. Quergus rurra. L
Feuilles très longuement pétiolées, à limbe décurrent, ou souvent obtus à la base, largement lobées, à lobes aigus, accuminés, ou même subulés dentés, d'abord velues, puis glabres sur les deux faces, les aisselles des nervures principales présentant souvent des poils à la face inférieure ; devenant d'un brun-rouge à l'automne ; jeunes rameaux presque glabres ; glands solitaires ou géminés, subsessiles, à cupule très déprimée, presque plate, formée d'écaillés apprimées ovales, presque glabres ; fruit elliptique fortement exserte. Grand arbre originaire de l'Amérique septentrionale, où on le rencontre de la Géorgie au lac Huron et au Saskatchawan, de l'Atlantique à riowa et au Missouri ; naturalisé en France, non seulement dans les jardins et les parcs, mais dans quelques forêts.
Taille. Port. Le chêne rouge est un arbre de première grandeur, de belle forme, qui dans sa patrie atteint et dépasse même 30 mètres sur 1"*,20 à 2™,20 de diamètre. L'examen des arbres les plus vieux, connus en Europe, montre qu'il est susceptible d'atteindre tout son développement dans notre pays. Dans les forêts où on Ta introduit, en mélange avec les chênes indigènes (rouvre et pédoncule), il les dépasse immédiatement en hauteur, et légèrement en diamètre, au moins à l'état de rejets de souches
Enracinement.
Écorce.
à partir de 25 ans, sa supériorité, comme croissance en diamètre, s'accuse nettement et la différence est d'un tiers (M. Cordier).
Le chêne rouge est un arbre de plaines et de col- Sol et sution. Unes, qui recherche les sols siliceux ou schisteux, qui vient mal sur les argiles compactes et surtout sur les calcaires. Montant vers le nord en Amérique plus haut qu'aucun de ses congénères, il supporte nos hivers les plus rigoureux ; celui de 1879-1880 si dommageable pour les chênes indigènes a été complètement inoflEensif pour lui ; mais les années très sèches paraissent lui être défavorables.
Le jeune plant est pourvu d'un pivot au moins aussi prononcé que chez les chênes de France, mais il est garni de racines latérales plus abondantes, plus développées et semble avoir de la tendance à prendre une direction oblique.
L'écorce finit par former un rhytidome écailleux, mais celui-ci se constitue et surtout s'épaissit lentement ; l'écorce reste par suite lisse pendant longtemps ; elle l'est encore presque complètement quoique gerçurée sur des arbres ae 60 à 70 ans.
Cette écorce est considérée en Amérique comme inférieure à celle de tous les autres chênes du pays pour le tannage. En Europe elle semble un peu plus riche en tannin, mais elle reste sensiblement au-dessous des chênes indigènes sous ce rapport. C'est ce qui résulte des recherches faites en Belgique, confirmées par une analyse rigoureusement comparative faite par M. Henry sur des brins de même âge ayant crû l'un à côté de l'autre, la différence peut s'élever à un quart et même un tiers du taux total.
La feuille est grande, très longuement pétiolée ; elle devient d'un rouge vif à l'automne, elle paraît être un peu moins marcescente que celle de nos chênes ; malgré les grandes dimensions de la feuille le couvert ne paraît pas être plus considérable que celui des chênes de pays ; la ramification en effet est très peu dense ; les rameaux et les ramules ne forment
Feuillage,
ramification,
couvert.
372 CUPULIFÈRES.
pas habituellement de couronnes en dessous de la pousse terminale des axes.
Fruciiticaiion. Le chêne rouge fructifie plutôt que les chênes rouvre et pédoncule ; les glandées paraissent avoir à peu près le même degré de fréquence.
Rejets Le chêne rouge rejette très bien de souche ; ses
de souche, rejets de croissance rapide, bien droits, peu ramifiés, ne sont pas sans analogie d'aspect avec ceux du châtaignier.
Bois. Le bois du chêne rouge a une coloration rouge
brun qui, plus peut-être que la teinte automnale des feuilles, a valu son nom à Tespèce. Il est dur et de densité assez élevée, paraissant osciller entre 0,706 et 0,787, supérieure en moyenne à celle des chênes rouvres et pédoncules, croissant à côté de lui ; il se fend facilement. L'étude anatomique en a été faite par Nordlin^er qui le rapproche complètement de celui du chêne pédoncule ; cela est exact, sous cette réserve, que même à Tœil nu ou à la loupe et mieux encore au microscope, il est visible que le calibre des vaisseaux décroit moins régulièrement chez le chêne américain, que ceux-ci tendent aussi à s'isoler, enfin le parenchyme ligneux est un peu moins accusé. Les vaisseaux en outre restent toujours ouverts sans être obstrués par des thyllcs ou des dépôts de matière, ce qui est d'accord avec la plus grande porosité que lui attribuent les ouvriers. L'aubier est moins distinct du bois parfait que chez nos chênes rouvre et pédoncule.
Ce bois, à en juger par la rapidité assez grande de la décomposition au cœur des souches parait être de moindre durée que celui des ces derniers. Il est assez peu apprécié en Amérique et Michaux lui a fait une mauvaise réputation en Europe. Cela parait tenir à ce qu'il est inférieur pour les charpentes ; mais cet usage des bois perdant chaque jour de son importance, la valeur du chêne rouge se relève à raison de ses excellentes qualités pour
CL'PLXIFÈRES. 373
d'autres usages, chauffage, merrains, pièces de machines, ébénisterie.
Le chêne rouge est, comme ses congénères indi- Tempérament, gènes, un arbre de lumière. Introduit en France en ''ûle forestier. 1691, il n'a été longtemps qu'un arbre de jardins et de parcs. C'est seulement dans ce siècle, depuis 60 à 70 ans qu'on a cherché à en faire dans notre pays et en Belgique une essence forestière. Des essais pratiqués sur une assez large échelle soit en Bourgogne (Festigny, arrondissement d'Auxerre) ; soit en Lorraine (diverses forêts de l'arrondissement de Mirecourt), ont, non seulement confirmé ce que la culture dans les parcs avait montré, à savoir la vigueur de sa végétation, sa complète adaptation au climat ; mais montré que l'espèce paraît devoir se naturaliser, les semis naturels étant abondants et paraissant lutter avec avantage contre la végétation forestière indigène.
Il peut rendre des services pour le boisement des sols sablonneux qui lui conviennent très bien et sur lesquels sa grande rapidité de croissance lui vaut l'attention des planteurs.
Nota. — On rencontre fréquemment, dans les cultures, deux chênes américains, le chêne écarlate (Q. coccinea Wangen) et le chêne des teinturiers (Q. tlnctoria Bartr.) réunis en une seule espèce, sous le premier vocable, par A. de Candolle dans le Prodrome ; très voisins du chêne rouge dont ils se distinguent surtout par leur cupule conique, ce sont, comme lui, de grands arbres, qui lui sont supérieurs par la quantité de tannin contenu dans leurs écorces, leur bois ressemblant beaucoup au sien ; mais ils résistent moins bien aux très grands froids, ils exigent de meilleurs sols, aussi ne sont-ils pas à recommander pour les plantations.]
374 GUPULIFÈRES.
Section 111. — Chênes à feuilles persistantes et à maturation annuelle.
{Feuilles entières ou dentées épmeuses. Glands à cupule lisse ou légère^ ment hérissée,)