Chêne Yeuse. Quercus Ilex. Lin. Chêne vert
Feuilles persistant jusqu'au commencement de la 3* année, extrêmement variables sur un même arbre suivant la vigueur des pousses et, à plus forte raison, sur des arbres différents ; étroitement elliptiques, ovales-lancéolées ou orbiculaires, avec tous les passages entre ces trois formes extrêmes ; arrondies, légèrement cordiformes ou faiblement atténuées à la base, pointues ou obtuses à l'extrémité ; très entières quand la végétation est ralentie par l'âge ; plus ou moins profondément dentées-épineuses sur les bords, dans le genre de la feuille du houx, pendant la jeunesse, tant que l'arbre n'a pas fructifié ; petites ou moyennes, 7-40-nerviées, vertes, glabres et luisantes en dessus ; grises ou blanches-tomenteuses en dessous chez les individus adultes, d'un vert pâle et glabrescentes chez ceux qui sont jeunes. Stipules linéaires. Périgone des fleurs mâles à 4 divisions. Glands solitaires ou géminés, sur les pousses feuillées de l'année, sessiles ou portés par des pédoncules courts, gros, gris-tomenteux ; de forme extraordinairement variable, oblonjçs-cylindroïdes ou ovoldes-subglobuleux, surmontés d'une pointe robuste, allongée, glabre dans sa moitié inférieure ; de taille très diverse, 2-4 centim. de long,
Î)lus ou moins âpres ou doux ; cupules grises-tomenteuses, égèrement coniques et à bords droits, ou largement ouvertes à bords rentrants ou réfléchis (Q, expansa, Poiret), quelquefois très profondes et enveloppant le gland aux trois quarts (0. calycina, Poir.), à écailles petites, triangulaires, planes ou légèrement granuleuses à la base, exactement apprimées.
Var. a. Ballote. Feuilles plus blanches-tomenteuses en dessous ; glands gros, quoique variables pour la forme, toujours doux et de saveur agréable. Q, Ballota. Desf, Chêne à glands doux.
> Arbre de taille movenne, plus grande dans la variété Ballote ; dont la cime est ovale-arrondie, l'écorce finement et densément gerçurée en long et même en travers, brune, rugueuse, non subéi*euse; à ramules gris ou blancs-tomenteux. Lieux arides et découverts de la France méridionale ; pénètre assez avant dans les vallées des Alpes, de la Provence et des Pyrénées, remonte vers l'Ouest, jusqu'à la Loire et même jusqu à Quim- >er. La variété Ballote est très commune en Algérie, surtout lans la région montagneuse. Flor., avril-mai. Fructif., septembre de la même année.
Taille. Port. Le chône yeuse est tantôt un buisson, tantôt un arbre d'assez grandes dimensions, qui, en bon sol,
dî
CUPULIFÈRES.
fSincineroent
Rejets et drageoDs.
peut s'élever à 15-18 mètres et acquérir 2-3 mètres et même plus de circonférence. On en cite un, à la Tour-d' Aiguës, qui mesure 14 mètres de haut sur 3°*,50de tour, et cube environ 100 stères (M. Bédel). Il couvre soit seul, soit en mélange avec le chêne pubescent et le pin d'Alep, des étendues considérables de la France méridionale et y forme des taillis généralement exploités à courtes révolutions. Il se développe davantage encore en Corse, et surtout en Algérie, où la variété Ballote est fréquente.
Avec un enracinement esseàtiellement pivotant, l'yeuse possède des racines latérales drageonnantes ; il repousse abondamment et vigoureusement de souche, jusqu'à un âge fort avancé ; [dans le midi de la France ce sont plutôt des drageons qui assurent la perpétuité des taillis de cette essence. On en provoque le développement en enlevant la partie supérieure de Taxe principal de la racine ; c'est ce qu'on appelle dans le pays, faire sauter le piquet] ; la longévité, qui en est élevée, atteint et dépasse 3 siècles. L'yeuse est très robuste et résiste, même aux expositions méridionales, aux plus grandes ardeurs du soleil ; il se contente des sols les plus médiocres, semble se plaire particulièrement sur les terrains calcaires (1) et parvient, dans les Alpes de Provence, à l'altitude de 700-8()0 mètres, dans les Pyrénées à celle de 1,500 mètres (2) sur l'Etna à celle de 1,300 mètres.
La fructification est précoce et se produit dès Fructification 8 à 10 ans ; elle se soutient abondante et régulière jusqu'à un âge avancé ; les glands mûrissent dans l'année môme de la floraison, en octobre.
Longévité.
Sol.
Sution.
(1) [Cela est vrai dans la France continentale, où l'espèce approche de la limite boréale de son aire, mais cesse de l'être en Corse en Algérie].
(2) [Cette altitude exceptionnelle a été observée par M. Flahaatt au mont Coronat dans la vallée de la Tet en sol calcaire, mais celle de 1,400 mètres a été constatée par le même botaniste sur plusieurs points des vallées du Tech et de la Tet sur sol siliceux].
376 CUPUL1FÈRE8.
Bois. Le bois du chêne yeuse, tout comme celui de la
variété Ballote qui lui ressemble entièrement, est très caractérisé. Les vaisseaux en sont sensiblement égaux, fins, ou très fins, de sorte que la zone poreuse que Ton observe au commencement de chaque couche dans les bois de la plupart des chênes y fait absolument défaut : les gros rayons en sont très nombreux, extrêmement épais ; le parenchyme liçneux y est distribué en zones minces, concentriques, crénelées, bien apparentes. Ce bois est ' extrêmement dur et* compact, très homogène, largement et richement maillé ; les accroissements s'y reconnaissent difficilement et sont souvent même indiscernables ; Taubier n'en est point nettement tranché et se confond insensiblement avec le bois parfait, qui est rougeâtre clair et passe plus ou moins brusquement, au cœur de certains arbres âgés, à la belle couleur brune du vieux chêne. C'est un des bois les plus lourds, dont la densité, à Tétat de complète dessiccation à Tair libre s'élève de 0,903 à 1,182 (Co//. Éc, For,),
Le bois de l'yeuse est sujet à se déjeter et à se gercer en se desséchant, mais on peut, dit-on, éviter cet inconvénient en le laissant préalablement séjourner sous l'eau pendant quelque temps. A cela près, il convient aux mêmes usages que le chêne rouvre, autant du moins que le permettent son excessive pesanteur et ses dimensions réduites ; il reçoit un poli comparable à celui du marbre, le conserve indéfiniment et fournirait, au moven d'un débit convenable, un superbe placage bien maillé dont l'ébénisterie pourrait tirer le meilleur parti.
Le bois d'yeuse n'a point d'égal comme combustible ; il brûle aisément, avec flamme claire, charbons ardents, en dégageant une chaleur considérable. Il produit aussi un charbon d'excellente qualité. Écorce. L'écorce du jeune chêne yeuse donne un tan très
estimé, supérieur à celui des chênes à feuilles caduques, inférieur néanmoins à celui du chêne kermès.
CUPULIPERES.
Produits accessoires.
Les glands, lorsqu'ils sont doux, ont une saveur agréable et servent à la nourriture de Thomme, qu'ils soient crus ou cuits. On les récolte pour cet usage dans quelques départements du Midi, Gard, Var, Vaucluse ; mais c'est surtout en Espagne et en Algérie, où la variété Ballote domine, qu'ils acquièrent de bonnes qualités et entrent pour une partie dans l'alimentation des habitants, qui les préfèrent aux fruits du châtaignier. Le chêne yeuse Ballote y devient autant un arbre fruitier qu'un arbre forestier.
9. Chêne liège. Quergus Suber. Lin. Suro; Sioure ; Surfer ; Suv (Provence) ; Alcornoque (Espagne).
Feuilles persistantes jusqu'à la fin de la deuxième année (1), ou quelquefois jusqu'à la troisième, ovales-oblongues, entières ou dentées, à dents mucronées ou spinulées, légèrement cordiformes et prolongées sur le pétiole à la base ; fermes, coinaces^ glabres, un peu luisantes en dessus, grises ou blanchâtres-tomenteuses en dessous, 5-7-nerviées. Glands variables, solitaires ou géminés, portés sur de courts pédoncules, épais, renflés, gris-tomenleux et axillaires sur les pousses feuillées de l'année; généralement gros, ovoïdes ou ellipsoïdes, surmontés d'une pointe courte et velue depuis la base, à demi enfoncés dans la cupule ; celle-ci est allongée-conique inférieurement, grise-tomenteuse ; les écailles en sont légèrement saillantes, de longueur croissante à partir de la base et se terminent au sommet en lanières molles, fragiles, assez allongées, dressées ou un peu étalées. — Arbre d'assez grande taille, à écorce subéreuse très épaisse produisant le liège, à rameaux de 4-5 ans lisses, les plus jeunes gris-tomenteux. Littoral de la Méditerranée, France, Corse, Algérie. Flor., avril-mai. Fructif . et dissémination : commencement d'octobre à fin de décembre de la même année^ et même janvier-février de l'année suivante.
Arbre trapu, d'une longévité très prolongée, s'éle- Taille, vaut à 10-12 mètres, exceptionnellement à 20 mètres et atteignant 4 et môme 5 mètres de circonférence.
La fructification est précoce et se produit dès Frucii6caiion. l'âge de 15 ans ; ce n'est que vers 30 ans qu'elle devient abondante et soutenue ; en France, où le
(1) [Elles tombent souvent peu de temps après le développement des jeunes pousses, au moins sur les arbres soumis à la levée du liège].
Digitiz^d by
CUPULIFÈRES.
chêne-lièffe se trouve à la limite septentrionale de son aire d'habitation, elle n'est même le plus souvent qu'intermittente. Les glands, sans être très âpres, ne sont point ordinairement comestibles. Feuillage. Le feuillage, quoique persistant 2 à 3 ans, est
f frêle et rare, la ramification peu serrée, le couvert éger. Les plants dépassent rarement 0",15 de hauteur, la première année ; à 3 ans, ils ont environ 0™,50 ; à partir de cet â^e, ils s'élèvent rapidement pour s'arrêter de bonne heure et prendre une végétation lente, mais soutenue, jusqu'à un âge avancé, 150-200 ans.
L'enracinement se modifie et reste pivotant ou devient traçant suivant les terrains ; il est composé de fortes et longues racines qui fixent solidement le végétal, même dans les sols les plus rocheux.
La reproduction par rejets est abondante, les racines ont la propriété de drageonner quelque peu [mais ce fait est très rare].
Le chêne-liège croît sur les coteaux ou sur les montagnes de moyenne élévation et s'écarte peu du bassin de la Méditerranée ; dans les Pyrénées-Orientales il s'élève à la limite supérieure de la vigne, 500 mètres environ ; en Algérie il atteint une altitude de 1,000 mètres. Les sols feldspathiques et schisteux lui sont particulièrement favorables, les sols calcaires ne lui conviennent pas.
Limité à quelques contrées du midi de la France, il devient l'essence [importante] des forêts algériennes et y constitue, seul ou mélangé, des masses boisées d'une grande étendue.
Écorce. Le liber et le parenchyme cortical de l'écorce du
chêne-liège conservent leur vitalité jusqu'à la mort de l'arbre ; mais ces régions s'épaississent peu et s'étendent simplement en largeur pour se prêter au grossissement du corps ligneux qu'elles recouvrent. Toute l'activité de la végétation corticale se concentre sur l'enveloppe subéreuse, qui prend une grande épaisseur et produit le liège du commerce.
Ce n'est qu'au bout de 1 à 2 ans que l'enveloppe
Enracinement.
Reproduction par rejets.
SUlion.
CUPULIFÈRES. 379
subéreuse apparaît, immédiatement sous Tépiderme, sous forme de quelques couches de cellules à minces
Krois, dépourvues de chlorophylle. Elle est dans rigine une production du parenchyme vert sousjacent, mais une fois constituée, elle s'engendre d'elle-même par division vers le dedans de ces cellules les plus internes, sans que le parenchyme cortical participe à son développement autrement que par la sève qu'il fournit.
L'enveloppe subéreuse s'accroît très lentement à l'origine ; mais vers 3 à 4 ans, débarrassée de l'entrave que lui opposait l'épiderme qui se fendille et tombe, elle se développe avec rapidité. Sa face interne devient alors le siège d'une active proiuction de cellules cubiques, de couleur claire et rosée, qui, s'ajoutant les unes aux autres de dehors en dedans, repoussent celles qui sont pjrécédemment formées vers l'extérieur et donnent ainsi naissance chaque année à une couche de liège, dont les dernières cellules formées sont aplaties et d'un rouge -brun (cellules tabulaires). De cette sorte les accroissements annuels se distinguent dans le liège comme dans le bois et permettent d'en supputer 1 âge exactement.
Le liège ne se produit que sur les organes aériens ; les racines en sont dépourvues, à moms qu'elles ne soient saillantes au-dessus du sol.
L'enveloppe subéreuse, livrée à elle-même, acquiert une grande épaisseur, qui peut atteindre 20-30 centimètres ; mais en même temps elle se crevasse largement et profondément, perd toute homogénité et devient impropre aux usages auxquels le liège est destiné. Arrivée à une certaine limite, elle se décompose à la surface, comme cela se passe pour la plupart des vieilles écorces des arbres, bien qu'avec une lenteur infiniment plus grande, mais jamais elle ne tombe d'elle-même par larges plaques.
A mesure qu'il s'épaissit, le liège réagit de plus en plus sur les tissus générateurs qu'il recouvre et
380 CUPLLIFÈRES.
[)roduit sur eux une constriction croissante ; aussi es couches subéreuses qui se fornaent chaque année vont-elles en diminuant d'une manière marquée, jusqu'à ce qu'enfin la pression devienne constante
f)ar la destruction ou le fendillement de la surface ; es accroissements se maintiennent alors sensiblement égaux, mais ils sont d'une faible épaisseur. Démasclage On Comprend, d'après cela, que l'enlèvement du ei levée. ij^gg active la production, puisqu'on débridant les tissus générateurs on leur rend toute liberté d'action (1).
Le liège vierge ou naturel est connu sous le nom de liège mâle ; il est inégal, crevassé et à peu près sans emploi. Son enlèvement, qui s'appelle le démasclage (démasculer), est une opération dispendieuse, mais nécessaire, si l'on veut obtenir plus tard du liège de bonne qualité. On le pratique dès que l'arbre mesure 25-30 centimètres de circonférence.
Le liège qui succède au démasclage et se reproduit après chaque levée nouvelle s'appelle liège femelle ou de reproduction ; il est homogène, souple, exempt de cavités et de fortes crevasses ; la levée s'en fait dès qu'il a atteint l'épaisseur requise par le commerce, 23-27 millimètres au moins.
Il faut, qua'nd on enlève le liège, ménager avec le plus grand soin l'écorce active intérieure, c'est-àdire le liber, l'écorce primaire et la zone subéreuse la plus récente, qui, dans la saison où se fait l'opération, est en pleine voie d'accroissement et se trouve formée de tissus jeunes et mous, semblables à un mucilage, suivant lesquels s'opère la séparation. Cette écorce active est le gage des accroissements futurs du liège ; c'est elle que les ouvriers (Rusquiers, dans le Var), appellent la mère ou la peau.
CUPULIFÈRES. 381
La mère dénudée se dessèche plus ou moins profondément au contact de l'atmosphère; d'abord d'une couleur rosée à la surface, elle passe bientôt au rouge-ocreux, puis au rouge-brun, finalement au brun-noirâtre. C'est entre cette zone durcie et la portion de la mère restée active que s'organise le nouveau liège, à une profondeur et dans une région très variables par conséquent, c'est-à-dire tantôt dans le parenchyme cortical, tantôt entre lui et le liber, souvent même dans l'épaisseur de ce dernier. Quelle que soit d'ailleurs la couche qui régénère le liège femelle, celui-ci, une fois reconstitué, s'accroît par lui-même à sa face interne, tout comme l'a fait le liège mâle.
On choisit pour démascler ou lever le liège la saison d'été, de la mi-juin à la fin d'août (1), en évitant les moments de pleine activité de la sève, les temps pluvieux, les vents secs et brûlants, afin que la mère, trop gorgée de liquide et composée de tissus à peine organisés, ne soit pas exposée à être arrachée ni surprise par les intempéries ou desséchée par l'ardeur du soleil. On commence par ouvrir, avec une hache bien tranchante et d'une forme spéciale, une ou plusieurs entailles longitudinales, suivant le diamètre de l'arbre, et, à partir du sol, deux ou plusieurs incisions circulaires et transversales, distantes de 1 mètre. Puis avec le manche de l'instrument, qui est légèrement courbé et aminci en coin à l'extrémité et dont on se sert comme d'un levier, on soulève le liège avec précaution et on le sépare soit sous forme de tronçons cylindriques, appelés canons, soit sous forme de planches. On facilite l'opération en frappant légèrement de temps à autre sur l'écorce, afin de diminuer l'adhérence entre le liège et la mère. Il faut éviter le plus possible de blesser et surtout d'écorcher l'écorce active pendant cette opération, car à
(1) [En Coree, à Porto-Vecchio, de la mi-mai à la fin de juin].
382 CUPULIF&RES.
chaaue lésion correspondraient plus tard autant de défauts dans le liège qui recouvrira les cicatrices ; Ton doit s'efforcer d'en maintenir la surface bien lisse.
On pratique quelquefois dans la mère une entaille longitudinale allant jusqu'au bois, afin de faciliter 1 extension de l'écorce et d'empêcher que le liège de nouvelle production ne se couvre de ces gerçures multiples qui le déprécient. L'utilité de cette pratique est contestée et en effet elle ne se justifierait qu'autant que l'écorce pourrait glisser sur le bois qui se développe, pour ne se distendre que suivant l'incision, dont les bords seuls s'écarteraient. Or, on sait que c'est impossible, puisque partout et toujours 1 écorce adhère au bois et forme avec lui un tout continu.
Les levées se succèdent ordinairement de 8 en 8 ans, parfois plus tôt ou plus tard, suivant l'activité de la végétation ; l'on peut en faire 12-15 et même davantage sur un seul arbre. Les premières levées sont peu productives, parce qu'on ne peut les prolonger à plus de 2 mètres au-dessus du sol sans compromettre la vie de l'arbre ; mais on les remonte ensuite à chaque exploitation de 0°*,60 environ, pour s'arrêter définitivement à 1 mètre audessus de la première ramification de la tige. C'est à l'âge moyen qu'on obtient le plus de liège et qu'il présente la meilleure qualité.
Préparation Dès que le liège est récolté, on l'expose dans un du liège. liçu lyiQj^ j^pé pQ^j. Iq dessécher ; puis, à l'aide d'une plane, on en racle la surface extérieure et on enlève ainsi la couche dure et rugueuse qui le recouvre; enfin on le plonge dans l'eau bouillante Sendant quelques minutes pour l'assouplir et le goner. Après ces diverses préparations, il a perdu un tiers environ de son poids primitif (M. Rousset) et on neut le livrer au commerce.
On passe quelquefois les lièges grossiers et gerçures au feu, afin d'en resserrer les pores et d'en dissimuler les défauts sous la couche superficielle
qui se carbonise. Cette pratique, qui n'améliore réellement pas la marchandise, semble tomber en désuétude.
Le liège de bonne qualité doit être léger, souple, élastique, homogène, de couleur claire légèrement rosée ; il faut qu'il ne soit ni ligneux ni poreux. Son principal emploi est la fabrication des bouchons ; il sert en outre à faire les bouées en usage dans la marine, les chapelets flotteurs destinés à soutenir les filets de pêche, des semelles imperméables, etc. Dans les contrées où il croît, on le façonne en une foule d'ustensiles de ménage et même en tuiles pour la couverture des maisons. Brûlé en vase clos, il produit un charbon que Ton
Sulvérise et qui sert aans la peinture sous le nom e noir (T Espagne ; enfin on en fabrique du noir de fumée,
L'écorce vive est très riche en tannin et fournit im tan fort estimé, bien supérieur à celui du chêne
f)édonculé et du chêne rouvre. Suivant M. Epailly (1) , e rapport entre Tun et Tautre serait en moyenne de 1,62: 1. Cependant dans une exploitation bien conduite on a trop d'intérêt à soutenir la vie de l'arbre le plus longtemps possible et à ménager cette écorce comme mère du liège, pour qu'on songe à la livrer à l'industrie du tannage. Une spéculation imprévoyante n'a malheureusement pas toujours raisonné ainsi, et bien des forêts du Var, de la Corse et de l'Algérie ont été ravagées sans remède par un écorcement complet. [Le liège proprement dit, ne renferme que des traces de tannin (2).]
Le bois, quoique voisin de celui du chêne yeuse, en est assez distinct. Le tissu fibreux est dominant et partagé peu visiblement en zones étroites par du parenchyme ligneux ; les vaisseaux, sensiblement inégaux, sont plus abondants et plus gros au bord
(1) \o\T Annales forestières, tome IX, page 233.
(2) [Résultat d'un dosage fait sur du liège mâle de Tunisie, par M. Henry].
Qualités
ei
usages du liège
Bois.
384 CUPULIFÈRES.
interne de chaque couche et, sans y dessiner la zone poreuse si apparente du bois du chêne rouvre et du chêne pédoncule, ils rendent néanmoins cette partie bien différente de la zone externe, qui n'est composée que de petits vaisseaux, associés à du parenchyme et groupés suivant des lignes flexueuses rayonnantes ne se prolongeant pas ordinairement d'une couche à l'autre. Il résulte de là que les accroissements annuels sont suffisamment apparents pour être comptés. Les rayons sont inégaux, nombreux, assez hauts, moins réguliers et moins épais que ceux de Tyeuse ; ils forment de larges maillures brunes très rapprochées. Ce bois est de couleur inégale, gris, brunâtre, brun, brun-rougeàtre ; Taubier en est peu nettement tranché ; il est extrêmement lourd, compact, sans être aussi homogène et à grain aussi fin que celui de l'yeuse. Complète-
Densiiés. ment desséché à l'air, il a fourni des densités variant de 0,803 à 1,029. {Coll. Éc. For.).
Usages. Le liège est peu propre aux constructions en raison
de ses dimensions habituellement restreintes, de sa pesanteur extrême, de sa disposition à se gercer très largement et longuement et même à se pourrir lorsqu'il est exposé à des alternatives d'humidité et de sécheresse ; employé dans la marine pour des pièces d'échantillon inférieur, il a l'inconvénient d'attaquer le fer qui sert au chevillage, par suite de sa richesse en tannin. Il se fend difficilement et irrégulièrement et ne peut produire de merrain. Il convient néanmoins à la menuiserie, à la construction des machines, etc. ; il fournit un chauffée tout particulièrement estimé et un excellent charbon (1).
(1) Pour plus de détail sur celte essence importante, voir l'excellente monographie de M. le conservateur Lamey. Le Chêne liège. Sa culture et son exploitation, S^, Paris et Nancy,
CUPULIFÈRES. 385
Section IV. — Chênes à feuilles persistantes et à maturation oisannuelle.
(FeuUleg dentées-épineuseg ou entières, gland» à cupule presque Usse ou hérissée-épineuse.)
lO. Ohéne occidental. Quercus occidentaus. Gay (1). Corder ou Corsier (dans les Landes).
Feuilles persistantes jusqu'à entier développement de celles de l'année suivante, arrondies ou légèrement prolongées sur le pétiole à la base, ovales ou elliptiques, dentées-mucronées ou spinulées, coriaces, glabres et luisantes en dessus, d'un vert faiblement grisâtre et tomenteuses en dessous, 6-8-nerviées. Glands solitaires ou géminés, à maturation bisannuelle, de taille et de forme variables, de 11-22 sur 8-16 millimètres, portés sur les rameaux défeuillés de l'année précédente par des pédoncules peu allongés, assez trapus et gris-tomenteux ; cupule hémisphérique, granuleuse, à écailles petites, les supérieures ovales-obtuses, les inférieures à base épaisse, presque prismatique, réfléchie ; les unes et les autres apprimées. — Arbre de taille moyenne, dont l'écorce est subéreuse comme celle du liège, dont les branches et les rameaux sont lisses et glabres, les ramules de l'année blancs-tomenteux. Forme de vastes forêts, seul ou mélangé avec le pin maritime, entre la Gironde et l'Adour, le long du golfe de Gascogne ; disséminé entre l'Adour et Bayonne. Flor., juin. Fructif., milieu de septembre de la seconde année.
Malgré les différences remarquables de maturation et de glands qui séparent le chêne occidental du chône-liège, ces deux espèces ont été jusqu'à présent confondues. C'est ce qui explique les assertions contradictoires des différents auteurs qui ont
(1) [La valeur spécifique de ce chêne est niée aujourd'hui par beaucoup de botanistes qui le réunissent au chêne-liège ; celui-ci peut, en effet, présenter accidentellement la maturation biennale, j'ai pu le constater sur un échantillon algérien qui m'a été envoyé par M. Trabut ; Gay lui-même était arrivé à douter de la valeur absolue de ce caractère, le principal parmi ceux qui lui avaient servi à établir son espèce. Je crois donc qu'il y a lieu de réunir sous un même vocable spécifique les deux chênes produisant du liège en France, mais en considérant le chêne occidental comme une race bien accusée du chêne-liège; la maturation bisannuelle normale chez lui, tandis qu'elle n'est qu'exceptionnelle chez le type, une résistance beaucoup plus grande au froid, le distinguent bien de celui-ci ; le dernier caractère surtout mérite, au chêne-liège des régions atlantiques, une certaine autonomie, si on se place au point de vue cultural et forestier].
CUPULIFÈRES.
traité l'histoire du liège et qui ont attribué à l'arbre qui le produit une maturation tantôt annuelle, tantôt bisannuelle, suivant qu'ils avaient en vue l'une ou l'autre de ces deux espèces.
Tempérament. Le chêne occidental est l'arbre à liège du littoral de l'Ouest ; le chêne-liège véritable appartient à la région méditerranéenne. Le premier se plait dans les terrains de transport, siliceux ou argilo-siliceux des Landes, aux expositions chaudes et abritées des vents, il s'accommode particulièrement bien du mélange avec le pin maritime sous lequel il trouve protection, sans qu'il ait à souffrir de son couvert très léger ; il a le tempérament beaucoup moins méridional que le second et la culture l'a propagé avec assez de succès jusqu'à la hauteur de Beile-Isleen-Mer.
Il fleurit et fructifie plus au nord, à Trianon (Versailles), où l'on en voyait [avant l'hiver de 1879-1880], en pleine terre, un pied âgé, qui mesurait 14°*,5 de hauteur sur 1™,45 de circonférence, à la base (Gay). Une semblable différence entre le tempérament de deux espèces aussi remarquables doit faire attacher une grande importance culturale à leur distinction (1).
La croissance du chêne occidental est assez lente ; vers 100 ans cet arbre ne mesure que l™,50-2 mètres de circonférence ; mais il peut avec l'âge dépasser ces dimensions et l'on en voit qui atteignent 4 mètres. Sa longévité s'élève à trois siècles et plus.
(1) Des semis et des plantations de chéne-Iiège ont été faits à Belle-lsle-en-Mer, vers 1826 ; les plants et les glands furent tirés de Catalogne et des Landes. Les chênes de la première provenance sont tous morts, ceux de la seconde sont encore vivants. On a voulu trouver là un fait d'acclimation de proche en proche. (Voir Thouin, Annales forestières, t. IL) La vérité est que les chênes de Catalogne étaient de vrais chênes-lièges et que ceux des Landes sont des chênes occidentaux, bien plus rustiques que les premiers pour supporter les froids. [Un fait analogue a été observé à la pépinière de Bellefontaine, près de Nancy, où semés en même temps des chênes-lièges n ont pu supporter un seul hiver, tandis que les chênes occidentaux ont résisté trois ou quatre ans].
CUPULIFÈRES. 387
La fructification commence vers 25 à 30 ans et se Fructification, soutient assez régulièrement chaque année.
Le chêne occidental est principalement cultivé Liège, pour le liège qu'il produit et, à quelques variations près, il est soumis au même traitement que le liège véritable. C'est vers 30 ans, alors qu'il mesure 0°^,70- 0™,80 de circonférence, qu'on en fait le démasclage sur une hauteur d'environ 2 mètres ; chaque levée se répète ensuite à un intervalle de 7 à 8 ans, alors que le liège à une épaisseur moyenne de 30 millimètres. Cet arbre est appelé à jouer un rôle im- Sortant dans la mise en valeur des terrains improuctifs des Landes, où les essais de sa culture ont généralement bien réussi. Les produits en argent qu'on en retire dépassent, par pied, 3 ou 4 fois ceux du pin maritime.
Les vaisseaux du bois sont sensiblement inégaux; Bois, les uns, assez gros, forment au bord interne une zone très étroite ; les autres, petits et rares, sont distribués parmi le tissu fibreux dominant d'automne en séries simples, espacées, rayonnantes. Les f:rands rayons sont épais, nombreux et peu hauts. 1 résulte de cette structure un bois un peu différent de celui du chêne-liège, à couches annuelles nettement tranchées et à maillures plus petites, plus égales et plus serrées ; la coloration en est aussi plus claire et la densité inférieure. Relevée sur les échantillons de la collection de l'Ecole forestière, complètement desséchés à l'air libre, elle varie de 0,768 à 0,947.
Ce bois est très propre au chauffage et produit d'excellent charbon ; on l'emploie rarement à d'autres usages, parce qu'on ne 1 abat que lorsqu'il est sur le retour et plus ou moins vicié, et qu'en outre, semblable en cela au bois du chêne-liège, il supporte mal les alternatives de sécheresse et d'humidité et se tourmente beaucoup.
11. Ohéne kermès. Quercus cogcifera. Lin. Chêne à cochenille. Chêne Garrigue.
Feuilles courtement pétiolées, persistant pendant 2-3 années,
388 CUPULIFÈRES.
longues de 15-90 millimètres, elliptiques, ovales ou oblonçues, cordiformes à la base, dentées-épineuses, rarement entières sur les bords ; ondulées, coriaces, vertes, luisantes et glabres sur les deux faces, quelquefois un peu étoilées-poilues en dessous dans la jeunesse. Glands solitaires, rarement géminés^ subsessiles ou courtement pédoncules sur les rameaux de l'année précédente, ovoïdes ou oblonçs, de taille très variable; cupule némisphérique, parfois conique, à écailles plus ou moins rapprochées ou espacées, d'égale longueur, mais de plus en plus étroites vers les bords, prolongées en pointes carénées, droites, rigides, presque vulnérantes, dont les moyennes sont étalées, réfléchies ou dressées et lâchement apprimées. — Arbrisseau de 2-3 mètres d'élévation au plus, formant un buisson très touffu, dont l'écorce, d'abord grise et lisse, devient avec l'âge très finement et densément gerçurée en long et en travers, rugueuse, d'un brun presque noir. Très commun dans les lieux secs, surtout calcaires, pierreux ou sablonneux de la région méditerranéenne. France, où il est peu commun toutefois dans les Alpes-Maritimes, et Algérie, rlor., avril-mai. Fructif., août de la seconde année.
Var. a. Chêne faux-kermès. Quercus Pseudo-coccifera , Desf, (1).
Feuilles plus allongées; glands plus gros, à écailles moyennes ovales-lancéolées, aiguës, étalées ou réfléchies. Algérie ; arbrisseau ou petit arbre atteignant 5-7 mètres de hauteur.
Var. p. Chêne d'Auzande. Quercus. ÀuzandeL Gren. et God. (2). Gland petit, à écailles planes à l'extrémité, lancéolées, dressées, lâchement apprimées, cendrées-velues. — Boisson de 1-2 mètres. Environs d'Arles, d'Aix, de Toulon, de Marseille et de Montpellier, etc. Algérie.
Taille. Le chêne kermès, espèce très polymorphe, qui ne
forme en France que aes broussailles et n'y atteint jamais des dimensions qui permettent de 1 utiliser, si ce n'est pour le chauffage, devient parfois dans des contrées plus chaudes un arbre de moyenne taille.
Bois. Le bois, très compact et très homogène, res-
semble beaucoup à celui de Tyeuse ; il n a, comme ce dernier, que des vaisseaux fins et égaux, disposés en lignes rayonnantes ondulées, se prolon-
(1) [MM. Baltandier et Trabut ne voient pas même une vaiété dans cette espèce de Desfontaines : je suis de leur avis].
(2) [Voir ce qui est plus loin des hybrides de chênes.]
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géant sans interruption à travers les accroissements annuels, dont la distinction est diflBcile ou même impossible. Les grands rayons sont rares et peu épais ; le parenchyme ligneux y est en général très apparent et forme avec le tissu fibreux des zones minces, alternativement plus foncées et plus claires. Il a pour densité, lorsqu'il est complètement desséché à rair, 0,969-1,141. {ColL Éc. For.).
L'écorce est très estimée pour le tannage. [Cela Tan. entraîne une destruction fort abusive de l'espèce en Algérie, parce qu'on arrache le chêne kermès pour augmenter le rendement en écorce.]
C'est sur ce petit chêne que vit un insecte voisin Kermès, des cochenilles, le kermès du chêne vert (Chermes ilicis. Fab.), dont la femelle se fixe sur les rameaux et ressemble à une verrue de l'écorce, d'un noirviolacé, de la forme et de la taille d'un pois. On recueillait autrefois l'insecte en cet état, et, de son corps desséché et pulvérisé, on obtenait une belle teinture écarlate. Cette industrie est à peu près totalement délaissée depuis l'introduction et l'emploi de la cochenille du cactus nopal.
[Nota. — L'hybridité parait être un phénomène assez fréquent chez les chênes; depuis quelques années, on en a signalé plusieurs cas, soit entre des chênes indigènes, soit entre ceux-ci et des chênes étrangers cultivés dans nos jardins et nos parcs ; soit enfin entre ces derniers. En ce qui concerne la France et l'Algérie, j'ai déjà parlé des beaux travaux de M. Trabut, montré comment ils avaient porté la lumière sur le Q. Fontanesi algérien ; comment il était fort probable aussi que le ou les chênes désignés sous ce nom en France, dussent avoir également une origine hybride. L'auteur que je viens de nommer a signalé et décrit d'autres chênes hybrides en Algérie ; ce sont les Q. Mirbecki X Q. Ilex ; Q. Castaneœfolia x Q. Suber ; Q. Ilex X Q. Suber, ce dernier a été signalé aussi en Corse par M. Chabert.
Ce qu'on a appelé Q. Au^endci, réuni plus haut
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au Q. Coccifera comme variété, fjaraît être, sous sa forme la plus habituelle, un hybride du Q. Ilex par le Q. Coccifera. Enfin M. Tabbé Hy (1) a signalé récemment aux environs d'Angers des hybrides du Q. Tossa avec les Q. Sessttijlora et Q. pedonculata; des hybrides aussi de ces deux derniers chênes entre eux ; le produit de ces deux espèces a été trouvé par M. G. AUard dans la forêt de Fontainebleau, et je crois devoir lui rapporter un chêne observé par moi dans les environs de Mirecourt.]