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ORDRE VIII

Fleurs monoïques, plus rarement dioïgues, amentacées, nues ; anthères oi- pluriloculaires, lon^itudinalement déhiscentes, surmontées par le connectif élargi en forme d'écaillé ; feuilles carçeliaires non reployées pour former un ovaire, restant à l'état d'écaillés planes qui supportent deux ou plusieurs ovules nus. Fruit presque toujours composé (galbule ou cône), rarement simple et charnu, sous forme de fausse-baie. Graine albuminée, à épisperme coriace ou ligneux, le plus souvent prolongé en aile membraneuse. Embryon droit, axile, pourvu de 2-15 cotylédons, opposés ou verticillés, épigés. Feuilles alternes ou opposées, 1-3-nervîées, aciculaires (aiguilles) ou squamiformes-îmbriquées, persistantes (arbres verts), sauf une seule exception pour les espèces indigènes, en plus

grande partie dépourvues de bourgeons axillaires. Sucs propres lormés de térébenthine (arbres résineux).

Bois. — Le bois des conifères, de structure très simple et très constante, est uniquement formé, sans exception, de longues fibres ponctuées-aréolées, appelées trachéides, et de rayons médullaires nombreux, serrés, courts, très minces, réduits à des lames d'une cellule d'épaisseur. Il peut subsidiairement contenir des canaux résinifères, qui rappellent les vaisseaux des angiospermes, mais s en distinguent nettement, en dehors de leurs caractères anatomiques, par leur rareté relative et leur répartition. Malgré cette uniformité de composition, les accroissements ligneux sont généralement oien distincts chez les conifères, parce que les tissus d'automne, formés de trachéides plus petites, plus serrées, plus épaissies et plus lignifiées, sont d'habitude beaucoup plus durs et plus colorés que ceux du printemps, à grandes trachéides lâches, dont la paroi est mince, la cavité très développée. Ces bois ne sont point maillés d'une manière apparente.

Siics propres. La térébenthine, solution de résine ou colophane dans de Tessence de térébenthine, est le suc propre de presque tous les conifères et se trouve contenue dans la plupart de leurs organes. Elle n'est point toutefois spéciale à cet ordre ; elle se trouve dans des familles qui lui sont entièrement étrangères, dans celle des térébinthacées entre autres, qui lui a emprunté son nom ; mais c'est chez les conifères qu'elle est le plus abondamment répandue, parti culièrement dans la tige, et c'est d'eux qu'on l'extrait ordinairement.

Ce produit varie avec les espèces qui le fournissent : ici plus fluide, là plus visqueux, suivant que l'essence ou la résine y sont en plus forte proportion. Certains bois perdent de la sorte, en se desséchant, presque toute leur térébenthine, qui se volatilise, tandis que d'autres en conservent la plus grande partie à l'état de résine ; cette circonstance mflue nécessairement sur leurs qualités.

La térébenthine de la tige des conifères est contenue tantôt dans la région corticale seulement (sapins), tantôt dans la région corticale et dans la

région ligneuse (pins, mélèzes et épicéas). Dans ce dernier cas, c'est dans Taubier qu elle est le plus fluide et qu'elle circule avec le plus d'abondance ; • elle se trouve généralement à l'état de résine concrète dans le bois parfait, et lui assure, sous cette forme, une durée considérable, une puissance calorifique élevée, supérieure à celle que la densité pourrait faire présumer.

Les procédés d'extraction de la térébenthine pré- Réservoirs sentent, suivant les espèces, des différences impor- 'ésioifères. tantes, qui reposent naturellement sur la répartition des réservoirs qui la contiennent. Il est donc utile d'entrer dans quelques détails au sujet de ces organes.

Ces réservoirs consistent toujours en cavités circonscrites par une couche simple ou multiple de petites cellules étroitement unies entre elles et sécrétant de la térébenthine, qu'elles versent dans la cavité centrale. Suivant qu'ils sont sous forme tubuleuse ou élargis à peu près dans tous les sens, ils prennent le nom de canaux ou de vacuoles résinifères.

Les canaux résinifères se distinguent, d'après leur direction, en canaux longitudinaux et en canaux rayonnants. On reconnaît leur présence, parce que, sur une section qui leur est perpendiculaire, on voit suinter de leur orifice une gouttelette de térébenthine. S'ils appartiennent à des organes âgés, au bois parfait, par exemple, ils se distinguent aisément à la coloration brune que leur donne la résine qui s'y est amassée.

Les canaux longitudinaux se trouvent soit dans l'écorce seulement, soit dans l'écorce et dans le bois.

Les canaux longitudinaux de l'écorce, d'abord droits, deviennent légèrement flexueux avec l'âge; en se réunissant parfois les uns aux autres, au nombre de 2-4, ils produisent à leur jonction une cavité dont les parois se rompent tôt ou tard sous la pression de la térébenthine qui s'y accumule, de sorte qu'ils se transforment en une lacune irrégu-

502 GONIFÈRES.

lière qui soulève au-dessus d'elle, sous l'apparence d'ampoule, le périderme superficiel (sapin). Ces canaux résinifères ne se trouvent jamais que dans le parenchyme cortical, dont ils subissent le sort, se desséchant de très bonne heure ou se maintenant actifs pendant un temps plus ou moins prolongé, suivant que la vitalité de cette zone corticale est fugitive ou persistante. En tous cas, ils s'y rencontrent toujours à l'origine et ils s'y sont disposés en un ou en plusieurs rangs concentriques.

Les canaux longitudinaux du bois sont épars dans chaque couche et apparaissent sur la section transversale sous forme de petits trous ou de ponctuations mates et blanchâtres dans l'aubier, de points rougeâtres dans le bois parfait, où ils sont obstrués par la résine. On les distingue aisément des vaisseaux des bois feuillus par l'ordre inverse suivant lequel ils sont répartis : nuls dans le bois de printemps, ils deviennent de plus en plus nombreux de la zone médiane à la zone externe. De leur nombre et de leur grosseur dépend la quantité de térébenthine que le bois renferme ; ils manquent complètement [ou presque complètement] dans certaines espèces (sapm) ; dans d'autres ils sont petits et rares (épicéa) ou nombreux et gros (pins et mélèze).

Les canaux rayonnants occupent le centre de certains rayons plus épais que les autres, et traversent le bois et la partie active du liber ; leur présence est subordonnée à celle des canaux longitudinaux de la région ligneuse. Le diamètre en est très petit tant qu ils sont compris dans le bois et rarement on peut les distinguer à l'œil nu ou même avec la loupe (1) ; mais, parvenus dans le liber, ils se dilatent oeaucoup et s y accroissent, surtout en largeur, à mesure que l'arbre vieillit.

(1) [Ceci est exagéré, on les distingue trèsJjien chez les pins laricio et maritime, qui sont très résineux, chez le pin pinier qui l'est sensiblement moins].

Les vacuoles enfin sont des cavités éparses, sans relation avec les canaux, qui s'organisent au bout de quelques années, d'abord dans le parenchyme cortical, puis de proche en proche jusque dans les couches internes du liber; très petites et globuleuses à l'origine, elles se développent avec 1 âge et prennent une forme lenticulaire. On ne les observe que dans quelques écorces (mélèze, pins Weymouth, cembro, de montagne).

La térébenthine peut, par son extrême abondance, s'extravaser et s'infiltrer dans le tissu fibreux du bois, dont elle incruste les parois et obstrue les cavités. Un ralentissement d'accroissement, un état morbide, favorisent puissamment cette infiltration et concourent à rendre le bois plus résineux ; souvent elle est telle que celui-ci, complètement pénétré, devient dur et translucide comme de la corne et se nomme bois gras.

L'activité de végétation des conifères se manifeste Influence par une plus grande production du bois de prin- . ^^é'éuiî n temps, dont la proportion s'accroît pendant que gurVqaaUié celle du bois d'automne reste à peu près constante; du bois, il résulte de là que les bois de cette famille qui ont crû rapidement sont en plus grande partie formés de tissus mous et légers, qui fréquemment représentent les j-\ de leur volume, tandis que ceux qui ont poussé avec lenteur offrent beaucoup de bois d'automne, parfois plus de la moitié. Si l'on remarque, en outre, que les canaux résinifères longitudinaux manquent dans le bois de printemps et deviennent abondants dans celui d'automne, que de leur nombre dépend la proportion de la térébenthine. Qu'enfin l'infiltration de la résine dans les tissus s augmente avec la faiblesse des accroissements, il deviendra évident que plus les résineux se développeront avec lenteur, peu importe que cela résulte des conditions sous lesquelles ils vivent, de leur âge avancé ou du résinage auquel on les soumet, plus leurs bois seront lourds, durs, résistants, moins ils seront sujets à la pourriture.

Il doit être entendu que cette règle n'a rien d'absolu, qu'elle ne saurait à elle seule permettre d'apprécier les qualités des bois, fussent-ils de même espèce, à plus forte raison d'espèces différentes.

Pour ceux de môme espèce, en effet, le climat, le sol, l'état de massif ou d isolement des arbres exercent une large influence qu'on ne saurait négliger. Le pin sylvestre des limites septentrionales de Taire d'habitation, par exemple, est moins dense, malgré l'extrême minceur de ses accroissements, que celui de plus rapide végétation des climats moins septentrionaux. Le sapin isolé produit, à égalité d'épaisseur des couches annuelles, un bois plus lourd et mieux lignifié que celui qui provient d'un massif ; sous cette même condition, la densité va s'accroissant à mesure que la latitude devient plus méridionale.

Appliquée à des bois d'espèces diverses, la règle perd à peu près toute sa valeur. Quoi qu'on fasse, le pin maritime, malgré l'épaisseur considérable de ses accroissements, sera toujours plus dense et plus résineux que le pin cembro, bien que la végétation de ce dernier soit très lente.

Il faut enfin ajouter que si la densité, la résistance, la durée sont les qualités essentielles que l'on doive rechercher chez les résineux employés aux constructions, ce ne sont pas les seules que

{)uissent offrir ces bois. La légèreté, la finesse et a rectitude de la fibre, l'égalité et la minceur des accroissements leur donnent aussi une grande valeur comme bois de travail, pour la menuiserie, la boissellerie, la fente, la fabrication des instruments de musique, des jouets, etc., etc.

Ces considérations amènent naturellement à cette conclusion : c'est que, comme il est pour le moins aussi important de se préoccuper de la bonté que de la quantité des produits, il faut se ^rder de cultiver les conifères en dehors de la région dans laquelle chaque espèce atteint toutes ses qualités, alors

CONIFERES.

même qu'elle y prospère et s'y développe, parfois avec bien plus de vigueur que dans sa station naturelle. C'est ce qui est souvent arrivé pour l'épicéa introduit dans des régions trop basses, pour le cèdre et surtout le mélèze transportés de leurs hautes montagnes dans les plaines, les collines ou les montagnes peu élevées ; pour le pin Weymouth qui, des climats rudes de 1 Amérique du Nord, a été naturalisé dans les régions plus tempérées de l'Europe. Tous ces arbres, dans ces nouvelles conditions, se sont en général accrus avec une rapidité remarquable, mais l'abondance de leurs produits a été fort loin de compenser la perte de la plupart de leurs qualités.

L'embryon est toujours placé au centre d'un albumen féculent-oléagineux, qui l'enveloppe comme un sac, avec la radicule tournée vers 1 ouverture du micropyle. Lorsqu'il germe, il pousse hors de terre cet albumen aminci et encore recouvert de l'épisperme de la graine ; mais ses cotylédons y restent enfermés et réunis par leurs extrémités comme dans une coiffe. Peu à peu, néanmoins, ceux-ci se dégagent et, devenus tout à fait libres, ils forment les premières feuilles, toujours opposées ou verticillées, du jeune plant.

Les conifères n'ont que peu de propension à former des bourgeons et fréquemment ils n'en organisent d'axillaires qu'aux feuilles du dernier tour de spirale de chaque pousse, à la base du bourgeon terminal. De là résulte une ramification souvent régulière, composée de verticilles, dont le nombre donne le moyen d'évaluer rapidement l'âge des arbres.

Puisque la ramification verticiilée est due au manque presque complet des bourgeons axillaires, il s'ensuit que les conifères qui la présentent n'ont point de bourgeons préventifs et que, impuissants à or^niser les bourgeons normaux, ils peuvent bien

Germinalion.

Rainiticalion.

Aiguilles. Les aiguilles des conifères sont souvent marquées de bandes blanches (sapins, genévriers) (^ui sont dues à des séries rectilignes de stomates, disposées en grand nombre les unes à côté des autres. Non seulement ces feuilles sont persistantes (mélèze excepté), mais elles s'accroissent fréquemment pendant toute la durée de leur persistance, de sorte qu'elles sont d'autant plus longues qu'elles sont plus âgées.

Les aiguilles des conifères ont en général un

Souvoir d exhalation de beaucoup inférieur à celui es feuilles des angiospermes ; aussi ces végétaux absorbent-ils dans le sol moins d'eau et de substances minérales que les arbres feuillus et prospèrent-ils souvent là où ces derniers ne sauraient se maintenir.

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