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FAMILLE LXI

ABIÉTINÉES. L. G. RICH.

Floraison monoïaue, amentacée pour les 2 sexes. Chatons mâles composes d'un axe garni de quelques bractées à la base et d*étamines spiralées, écailleuses, prolongées en une lame diversement disposée, portant à sa face

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interne une anthère biloculaire, longitudinalement ou transversaJement déhiscente. Chatons femelles dressés, composés de fleurs nombreuses, spiralées, étroitement imbriquées ; chacune d'elles formée d'une bractée accrescente ou qui s'atrophie plus tard et d'une écaille carpellaire, à la face interne ou supérieure de laquelle adhèrent 2 ovules renversés, c'est-à dire dont le sommet ouvert (micropyle) est tourné vers la base de l'écaillé. Cônes ou strobiles dressés, horizontaux ou pendants, à écailles ligneuses ou coriaces, persistantes ou caduques. Graines géminées pour chaque écaille et y adhérant par toute leur surface, à épisperme coriace ou ligneux, terminées par une aile persistante ou caduque. Graine albuminée ; embryon 3-lz-cotylédoné. — Arbres élevés, à tige élancée, droite, fréquemment ramifiée par verticilles, dont les feuilles sont toujours allongées, étroites et linéaires, éparses ; riches en essence de térébenthine et en résine.

Bois, — Tissu fibreux hétérogène, à parois minces et cavités grandes dans la zone de printemps, qui est lâche, molle et de couleur claire, à parois épaisses et cavités réduites dans celle d'automne, qui est serrée, dure, colorée; rayons très minces, d'un seul plan de cellules; canaux résinifères nombreux, assez rares ou nuls; bois parfait tantôt distinct, tantôt confondu avec l'aubier. Bois a accroissements très reconnaissables, circulaires ; exhalant une odeur de térébenthine.

A. Chatons mâles solitaires et épars; cônes oblongs-cylindriques ou ovoïdes, à écailles coriaces,mincesettranchantessurlesbords, à maturation annuelle (le cèdre excepté) ; feuilles solitaires, paraissant quelquefois fasciculées par l'atrophie des rameaux qui les supportent.

B. Feuilles toutes solitaires ; ramification verticiilée.

C. Feuilles planes, distiques, non piquantes, à 2 raies blanches en dessous. Cône cylindrique, dressé, à bractées saillantes,

à écailles caduques Sapin. . . 1

C. Feuilles tétragones, pi(juantes, entourant le rameau ; cône cylindrique, pendant, sans bractées et à écailles persistantes. Épicéa. . 2 B'. Feuilles en partie solitaires, en partie fasci-

piil<!^A<2 • rnmiflratinn nnn vppiip.illf^p

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écailles étroitement imbriquées, caduques; maturation presque bisannuelle. CÈimE.. 3 C. Feuilles caduques, herbacées, non piquantes ; cônes oblongs, à bractées égalant les écailles; celles-ci lâchement

imbriquées, persistantes Mélèze. 4

A' Chatons mâles agglomérés à la base des pousses de l'année ; cônes généralement coniques, à écailles ligneuses, persistantes, épaissies à leur extrémité ; feuilles allongées, réunies par 2, 3 ou 5 dans une gaîne écailleuse Pin 5

Tribu L — Sapins. — Chatons mâles solitaires et épars; mâles et femelles insérés sur les pousses de l'atinée précédente. Canes oblongs-cylindriques ou omides, à écailles coriaces, minces et tranchantes sur les bords, à maturation annuelle (le cèdre excepté). Feuilles solitaires, quelquefois fasciculées par l*atrophie des rameaux qui les supportent et restent tuberculeux.

GENRE I. — SAPIN. ÀBIES. Link.

Feuilles persistantes, solitaires, en spirale, paraissant distiques par la torsion de la base de la plupart d*entre elles; planes, habituellement obtuses ou échanerées au sommet, pourvues en dessous de 2 raies blanches, produites par des stomates ; anthères transversalement déhiscentes. Cônes toujoui's dressés, à bractées développées et généralement saillantes, quelquefois incluses; écailles caduques à la maturité, tombant avec les graines et laissant i*axe sur Tarbre; graines assez grosses, tronquées en forme de coin, terminées par une aile courte et large, triangulaire, persistante, contenant de la térébenthine. Ramification verticillée sur la tige principale, opposée dans un seul plan sur les branches. Bourgeons enduits de résine.

Bois. — Bois blanc, sans distinction d'aubier et de bois parfait; totalement dépourvu de canaux résinifères que remplacent quelques cellules résinifères éparses, invisibles à Tœil nu et même à la loupe.

Sapin pectine. Abies pectinata. DC. Pinus Picea. Lin. (1).

(1) Linné s'est évidemment trompé en donnant au sapin la dénomination spécifique de Picea et à l'épicéa celle d'Àbies, et c'est abuser de la loi d'antériorité et mal la comprendre, que de l'appliquer à la consécration d'une erreur qui met le langage scientifique en contradiction formelle avec le langage usuel. Les droits à la priorité sont d'ailleurs, eu cette occasion, incontestablement acquis à ce dernier.

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Sapin commun^ argenté, des Vosges, de Normandie. (Ce dernier nom vient de ce que ce sapin est fréquemment planté en Normandie, sans y être cependant indigène.)

Chatons mâles axillaires, solitaires, oblongs, jaunâtres, disposés en dessous des rameaux de l'année précédente ; chatons femelles apparents dès le mois d'août de l'année qui précède la floraison, placés sur les branches les plus élevées de la cime et naissant de l'extrémité de rameaux latéraux qui ne se sont pas allongés. Cône oblong-cylindrique, vert ou vert-brunâtre, mat, long de 8-10 centimètres, dressé, à écailles caduques, débordées par des bractées foliacées-membraneuses, qui sont brusquement rétrécies en pointe allongée, réfléchie. Graines obovées-cunéiformes, irrégulières, d'un jaune-brunâtre luisant, contenant un réservoir plein de térébenthine, à ailes larges, triangulaires^ 1 fois et demie plus longues qu'elles, adhérentes, d'un rouge vif jusqu'à la maturité, puis d'un brun foncé. Embryon à 4, 5 et même 8 cotylédons. — Grand arbre verticillé, à rameaux et à ramules opposés, disposés dans un même plan, à écorce blanchâtre, longtemps lisse et vive. Forme, seul ou mélangé, des forêts considérables dans les contrées montagneuses de la France et de la Corse. Flor., fin d'avril, commencement de mai. Fructif., commencement d'octobre de la même année. Dissémination, courant du même mois (1).

(1) Sapin de [Numidiel. Abies [numidig.v. De Launoy].

Feuilles très rapprochées, longtemps persistantes (10-12 ans) [longues de 11-12 mill., aiguës ou plus fréquemment obtuses, même échancrées à leur extrémité, à face supérieure sillonnée à la base, face inférieure présentant de chaque côté de la nervure médiane deux lignes blanchâtres de stomates, moins marquées que chez le sapin pectine ; les feuilles présentent sur le rameau les mêmes dispositions que chez celui-ci]. Chatons mâles, ovoïdes-allongés, très nombreux, d'un rougepourpre. Chatons femelles, situés comme ceux du sapin pectine, dressés, cylindriques, verdàtres, à bractées débordant alors les écailles. Cône dressé, cylindrique, obtus, mat, d'un brun clair à la maturité, à écailles arrondies, débordant beaucoup et cachant les bractées. Graine semblable à celle du sapin, mais pourvue d'une aile plus longue, à bords presque parallèles, 6-8, ordinairement 7-cotylédonée. — Arbre de 25 mètres d'élévation sur 1 mètre de diamètre, à branches verticillées, rameaux opposés-croisés ou ternes, formant une cime allongée, conique, très touffue. Montagnes de la Kabylie, sur les monts Babor et Thabor. Flor., fin d'avril. Fructif., octobre de la même année.

Ce sapin découvert dans les montagnes de la Kabylie orientale, où il croît en mélange avec le cèdre de l'Atlas, à l'altitude de 1,600-2,000 mètres [a été réuni par beaucoup de botanistes au sapin pinsapo d'Espagne, constituant pour plu.sieurs d'entre eux une simple variété de celui-ci nommée BdborensU, Cette

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Le sapin est un arbre de première grandeur, qui Tailie. peut, à 180-200 ans, parvenir à 40 mètres d'élévation sur 1°*,50 à 2 mètres de diamètre. Sa longévité est très considérable, et l'on voyait encore au commencement de ce siècle, dans les Pyrénées françaises, quelques arbres de cette essence âgés de 800 ans (Wtllkomm), On cite un sapin d'une forêt

Erimitive de la Bohême qui mesure 63 mètres de aut sur 3 mètres de diamètre {Hochstetter) . [En France même, dans les plus vieux massifs et sur de très bons sols, la hauteur de 40 mètres est assez fréquemment dépassée. Un sapin de la forêt domaniale de Gérardmer, atteint celle de 50"*].

La tige, droite et élancée, se ramifie régulière- Ramîficaiion. ment par verticilles ; les branches, horizontales, se ^*''*^divisent en rameaux et ramules opposés, situés dans le même plan, et forment une cime-pyramidaleaiguë. A un âge avancé cependant, l'axe principal cesse de s'allonger et la cime s'aplatit de plus en plus au sommet ; c'est alors l'époque de la pleine fructification.

La différence entre la ramification de la tige et celle des branches rend la perte de la flèche ou pousse terminale principale plus grave pour le sapin que pour toute autre essence. Cette flèche ne peut souvent se reformer, surtout si l'arbre est âgé, et celui-ci reste couronné ; si elle se reconstitue, ce n'est, en tout cas, que par une pousse latérale qui, en se redressant pour continuer la tige, n'abandonne sa ramification opposée - distique qu'avec peine et au bout de plusieurs années seulement, pour former enfin des verticilles.

assimilation a été repoussée par d'autres botanistes, notamment par M. Trabut. (Reme générale de botanique, I, 1889, p. 399.) C'est avec toute raison que ce dernier a rapproché le Sapin algérien de 1'.!. cUicica d'Asie Mineure. Il en est très voisin ; il est possible même que mieux connus ces deux sapins soient réunis en une seule espèce]. Le bois du sapin de [Numidie] ressemble en tous points à celui du sapin pectine ; sa densité à l'état sec, relevée sur un échantillon unique, est de 0,497 (ColL Ec. For.).

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Enracinement. L'enracinement est profond et puissant ; il se compose d'un pivot qui s'enfonce à 1 mètre et plus et se ramifie en longues et fortes racines latérales. En exploitant rez-terre, le bois de souche et de racines est d'environ 16 p. 100 du volume total. Feuillage. Le feuillage du sapin est abondant et peut per- Couvepi. sister pendant 8-10 ans ; il produit un couvert épais. Les feuilles, spiralées, paraissent distiques par la torsion de la base de la plupart d'entre elles et sont étalées horizontalement de chaque côté des rameaux et ramules ; cependant dans les parties les plus élevées de la cime, elles se redressent toutes vers le ciel. Généralement obtuses ou échancrées au sommet, elles deviennent alors aigués. Ces feuilles et leurs jeunes pousses sont broutées avidement par le bétail et par le gibier.

Écorce. L'écorce du sapin perd son épiderme dès la pre-

mière année et présente à nu l'enveloppe subéreuse, qui constitue un périderme supernciel, mince, brillant, extensible et lisse, tantôt d'un jaune-brunâtre, le plus souvent d'un gris-argenté caractéristique. Le parenchyme cortical sous-jacent conserve sa vitalité pendant longtemps ; il est parsemé de canaux résinifères longitudinaux qui, en se réunissant par 2-4, produisent au point de jonction une sorte de glande creuse dans laquelle se déverse la térébenthine qu'ils élaborent. Les parois, distendues par l'accumulation de ce principe, ne tardent pas à se rompre et la glande se transforme en une lacune assez grande et irrégulière, au-dessus de laquelle le

{)ériderme est soulevé par le suc très limpide, incoore et visqueux qui la gonfle ; il en résulte une petite tumeur ou ampoule, qu'il suffit de presser avec l'ongle ou avec une pointe quelconque pour la crever et en faire écouler le contenu. Enfin le liber est composé de couches minces, d'un blanc-nacré, dont les plus superficielles, vers 6-8 ans, se transforment en un tissu cellulaire rougeâtre, épais et lignifié.

L'écorce reste telle, lisse et vive à la surface,

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jusqu'à un â^e avancé, 40-100 ans, suivant les individus. Puis un périderme interne se développe à l'extérieur des couches actives du liber, fait aessécher tout ce qui est en dehors et constitue un rhytidome persistant, écailleux, de plus en plus gerçure, dont l'épaisseur s'accroît avec Tâge, tout en ne dépassant que rarement 3-4 centimètres.

La production du périderme intérieur, en desséchant le parenchyme cortical arrête naturellement la sécrétion de la térébenthine, dont Tessence s'évapore. La résine, devenue concrète, reste dans le rhytidome et contribue à faire de l'écorce du sapin l'un des meilleurs combustibles végétaux.

La propriété du sapin de conserver, à la surface, une écorce vive jusqu'à un âge assez avancé, permet aux tiges, branches et racmes de s'entre-greffer facilement par approche avec celles des sapins voisins, lorsque les parties se trouvent en contact Eendant un certain temps. De là résultent de nomreux phénomènes de végétation.

L'un de ces phénomènes, des plus frécjjuents et des plus curieux, est celui qu'offrent certaines souches qui, après l'exploitation de l'arbre et bien que privées d'organes verts, continuent leur accroissement en diamètre, produisent un bourrelet qui en envahit peu à peu la surface et finit par les recouvrir d'une calotte hémisphérique complète. Cette végétation, qui semble être, au premier aperçu, une dérogation aux lois physiologiques, est due à une soudure, contractée dès longtemps entre une ou plusieurs racines de l'arbre exploité et celles^ d'un sapin du voisinage qui n'a point été abattu. C'est ce dernier qui, par son feuillage, est devenu le nourricier de la souche en continuation d'accroissement, dont l'avenir est désormais solidaire du sien.

Grefi'es nalurelles.

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