‹ Flore forestière illustrée, comprenant toutes les expèces ligneuses de l'Algérie et les espèces ligneuses les plus répandues en Tunisie, au Maroc et dans le midi de la France; pour la détermination facile, sans l'emploi de mots techniques, de touutes les espèces décritesChapitre 46 sur 135 · CHAPITRE VII LES GYMNOSPERMES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII LES GYMNOSPERMES

On peut résumer ainsi l'exposé fait au chapitre précédent : les Gymnospermes sont des plantes sans ovaire, ni style, ni stigmate, à ovules nus, à fleurs unisexuées, sans calice ni corolle. Nous dirons d'abord quelques mots des Ephedra, puis nous étudierons l'importante famille des Conifères.

GNÉTACÉES. — Les Ephedra sont des arbustes sans feuilles, à rameaux articulés, rappelant les Prêles par leur port ; ils se distinguent des Conifères par la présence, autour de l'ovule, d'une enveloppe ouverte seulement à sa partie supé-

Ephedra nebrodensis.

Fig. 139.

Ephedra fragilis.

Fig. 140.

Heure et formant une sorte d'ovaire incomplet. Ils font ainsi transition entre les Gymnospermes et les Angiospermes.

On les rencontre surtout sur les sables du littoral et dans le Sahara, sauf VEphedra nebrodensis qui est confiné dans les montagnes calcaires.

h'Ephedra al lissima Desï., grande plante sarmenteuse, s'élève quelquefois dans les arbres jusqu'à 8 à 12 mètres.

h'Ephedra nebrodensis Tin. (Fig. 139) forme au contraire des buissons denses de 20 à 60 centimètres de hauteur.

JJEphedra fragilis Desf. (Fig. 140) est un arbuste rameux

CONIFERES

pouvant atteindre de grandes dimensions en s'appuj'ant souvent sur d'autres plantes.

CONIFÈRES. — Ce sont des arbres ou arbrisseaux toujours verts (les espèces algériennes du moins) à feuilles en forme d'aiguilles ou d'écailies, sécrétant en général de la résine. Un type de fleurs et de fruits a été précédemment décrit page 59.

Les Conifères se divisent en 3 tribus :

/ Fruit formé d'un grand nombre d'écaillés,

„, ,. 1 feuilles ni opposées ni verticillées. . . . Abiétiiiées.

Lone ligneux, s r- -^ t u i r • j- .-i u

" i rruit globuleux torme d un petit nombre

\ d'écaillés, feuilles opposées ou verticillées. Cupressinées.

Pas de cône ; fruit ctiarnu Taxinées.

Les Abiétinées sont de grands arbres à tige élancée, à feuilles étroites et persistantes. Cette tribu est représentée en Algérie par les trois genres : Sapin (Aè/es), Cèdre [Cedriis) ei Pin {Piniis).

Le SAPIN DE NUMIDIE (Ahies niimidica De Lannoy) (Fig. 141) est un grand arbre à cime allongée conique très

Abies numidica.

Fig. 141.

Cedrus atlantica.

Fig. 142.

touffue, à branches verticillées, à feuilles longtemps persistantes (10-12 ans), longues de 12 millimétrés environ et présentant, à la face inférieure, deux lignes blanchâtres. Les chatons mâles sont rouge pourpre ; les chatons femelles, verdàtres. Le cône, dressé sur les rameaux, est brun clair à maturité ; ses écailles tombent avec les graines.

CONIFERES 65

Cette essence est localisée sur le Babor et le Tababor où elle est associée au Cèdre et au Chêne zéen ; elle n'est pas assez répandue pour avoir une valeur économique.

Une espèce voisine, l'Abies marocana Trabut a été signalée au Maroc.

Le CÈDRE DE L'ATLAS (Cedriis atlantica Manetti), (Fig. 142) peut atteindre 40 mètres de hauteur ; sa tige trapue porte de longues branches robustes, horizontales. Les jeunes arbres ont la pousse terminale inclinée, plus tard la cime prend une forme étalée caractéristique. Les feuilles sont persistantes et de deux sortes : les unes, longues de 25 à 40 millimétrés, sont solitaires ; les autres, de 15 à 20 millimètres, sont disposées en petits bouquets à l'extrémité de courts rameaux. Le couvert est assez épais. Les chatons mâles jaunâtres sont dressés ; les chatons femelles sont rougeàtres et se transforment en cônes bruns, dressés, se désarticulant à l'humidité. La floraison a lieu en automne ; les graines ne mûrissent que la deuxième année.

Le Cèdre de l'Atlas se rencontre sur les montagnes les plus élevées de l'Algérie, généralement entre 1.200 et 1.800 mètres d'altitude (voir chap. xii).

Cette espèce diffère peu du Cèdre du Liban que Ion trouve en Orient.

Le bois de Cèdre est blanc à l'état d'aubier, mais le cœur est brun et incorruptible, grâce à la térébenthine qu'il contient et qui lui donne son odeur aromatique. Cette propriété permet d'exploiter comme bois-d'œuvre des arbres morts depuis vingt-cinq ans et plus.

Le bois du Cèdre acquiert une grande dureté quand il a séjourné dans l'eau. Il est susceptible d'un beau poli ; actuellement on l'emploie surtout pour la fabrication de traverses de chemin de fer et de pavés. Il ne donne qu'un chauffage médiocre ; son charbon nest pas apprécié.

Une variété, dite Cèdre rouge, existant dans la région de Batna, présente un bois rosé à odeur de Genévrier.

Les Pins sont des arbres à cime pyramidale, aiguë, à l'état jeune, s'étalant ou s'arrondissant plus tard ; les branches sont verticillées et étalées, le couvert clair ; les feuilles en aiguilles, persistantes, sont réunies à la base par 2 à 5 dans une gaine

CONIFERES

membraneuse. Les fleurs ont été décrites (page 59) ; les cônes restent petits jusqu'à l'été de l'année qui suit celle de la floraison ; c'est à cette époque que s'achève la fécondation et les cônes grossissent alors rapidement pour mûrir à l'automne.

Les Pins sont des essences sociales très importantes au point de vue forestier ; deux espèces seulement sont spontanées en Algérie :

Le PIN D'ALEP (Pimis halepensis Mill.) (Fig. 143) est un arbre à écorce d'un gris argenté. Les feuilles disposées par

Pinus halepensis.

Fig. 143.

Pinus Pinaster.

Fis. 144.

deux ont de 6 à 10 centimètres, elles sont étroites et molles, de couleur vert clair.

Les chatons mâles, roussàtres, ont de 6 à 10 millimètres ; les chatons femelles, violacés, 10 millimètres environ. Le cône (8 à 12 centimètres) est rouge brun luisant, à écailles presque plates.

Cette essence est très répandue en Algérie (voir chap. xii). C'est un arbre à couvert léger et à tempérament robuste, résistant bien à la sécheresse et à la chaleur. Il peut dans de bonnes conditions atteindre un grand développement, mais on le rencontre fréquemment dans les sols arides où les autres essences ne peuvent prospérer. C'est surtout une espèce des terrains calcaires.

La fructification est abondante et précoce, les jeunes plants robustes.

CON[FERES

Le bois du Pin d'Alep est de qualité médiocre ; il est surtout utilisé pour la fabrication des caisses. Il est peu apprécié pour le chauffage des habitations et comme charbon ; seules, les usines l'utilisent volontiers parce qu'il flambe bien.

L'écorce, riche en tanin, est utilisée par les indigènes pour la préparation des peaux.

Le gemmage du Pin d'Alep, abandonné en France, se pratique actuellement en Oranie ; et cet arbre paraît appelé, de ce fait, à prendre de limporlance en Algérie.

Le PIN MARITIME (Pmi;sma/77//77a Lam. ou Pmus Pinaster Soland) (Fig. 144) a l'écorce profondément gerçurée, écailleuse ; ses feuilles, raides et épaisses, sont disposées par 2 et longues de 10 à 20 centimètres. Les chatons mâles, jaunâtres, ont 1 centimètre environ ; les chatons femelles, rouge violet, sont petits. Le cône (12 à 18 centimètres), d'un roux vif, luisant, présente des écailles à mamelon central nettement saillant.

Le Pin maritime est, en Algérie, localisé sur le littoral constantinois où il forme quelques massifs de médiocre importance et composés surtout d'arbres de faible dimension (voir chap. xii). On le rencontre aussi sur le littoral tunisien, et il a été signalé au Maroc près de Tetuan. En France il fait l'objet d'exploitations importantes, grâce à la résine qu'il produit en abondance.

Ses racines développées et sa croissance rapide permettent de l'employer avec succès pour la fixation des dunes.

On a introduit en Algérie plusieurs espèces de Pins : le Pin Pignon (PinusPinea L.) (Fig. 145), dit Pin parasol à cause du port étalé de ses rameaux, est spontané en France sur le littoral méditerranéen ; le cône presque globuleux renferme de grosses graines comestibles (zgouzgou des Arabes).

Le Pin remarquable (Piniis insignis Dougl.) , originaire de PinusPinea.

l'Amérique du Nord, est un bel Fig. 145.

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arbre à port pyramidal, à feuilles nombreuses et pressées.

Le Pin a longues feuilles (Piniis longifolia Roxb.) est une espèce de la région de l'Himalaya ; ses feuilles très développées, fines et pendantes, lui donnent un aspect caractéristique.

Le Pin des Canaries (Pinus canariensis Chr. Smith.) croît à Ténériffe au-dessus de LOOO mètres d'altitude ; il a été introduit il y a un demi-siècle en Algérie.

Le Pin Laricio (Pinus Laricio Poir.), dont il existe plusieurs variétés, est répandu en France et constitue en Corse d'importantes forêts ; on le rencontre exceptionnellement planté en Algérie ^.

Les Cupressinées présentent des feuilles persistantes, opposées ou verticillées, formées d'aiguilles étroites, aiguës, ou décailles imbriquées, c'est-à-dire se recouvrant en partie comme les tuiles d'un toit.

Les genres Genévrier (Juniperus) et Thuj'a (Callitris) sont seuls spontanés en Algérie. Les Cyprès {Cupressns) sont fréquemment cultivés.

Les Genévriers sont des arbres ou arbrisseaux très rameux, à floraison généralement dioïque, à chatons mâles petits et jaunâtres, à chatons femelles formés d'écaillés verdâtres, peu nombreuses, devenant charnues et se soudant entre elles pour formera maturité une sorte de baie. On rencontre quatre espèces en Algérie :

Le GENÉVRIER OXYCÈDRE (Juniperus Oxycedrus L.) (Fig. 146) est un arbrisseau ou un petit arbre dressé, à feuilles par trois, terminées en pointe aiguë, marquées au-dessus de deux bandes blanchâtres séparées par la nervure médiane verte. Les fruits sont rouges et luisants à maturité (8 à 10 millimètres). On trouve sur les sables du littoral une variété à fruits plus gros et à feuilles plus larges {Juniperus macrorarpaSibthet Sm.).

1. Les Araucarias sont quelquefois cultivés en Algérie et dans le Midi delà France, surtout I'Araucaria hk^^t {Araucaria excclsa R. Browu).

La régularité de la disposition des branches par étages superposés, sur une tige très droite, donne à cet arbre un aspect particulier.

Les feuilles en aiguilles, petites et serrées, sont recourbées et légèrement piquantes.

CONIFERES

Le Genévrier Oxycèdre est très répandu en Algérie (voir chap. xii). Son bois homogène et à grain fin est employé en ébénisterie et pour la fabrication des crayons. II est assez apprécié pour le chauffage et donne un charbon de bonne qualité. On en extrait, par distillation, l'huile de Cade, produit pharmaceutique.

Le GENÉVRIER COMMUN (Juniperus commimis L.) (Fig. 147) est un arbrisseau dont les feuilles, par trois,

Junipsrus Oxycedrus.

Fig. 146.

Juniperus communis.

Fig. 147.

terminées en pointe aiguë, ne portent à la face supérieure qu'une seule bande blanchâtre (ou deux presque réunies). Le fruit (5 à 7 millimètres) est noir bleuâtre à maturité.

Cette espèce est confinée, en Algérie, sur les hautes montagnes du Djurjura et de TAurès.

On prépare une liqueur en laissant macérer les fruits mûrs dans du cognac pendant quelques jours. Les infusions de fruits (10 à 20 grammes pour 1 litre d'eau) et les décoctions de bois sont utilisées comme diurétiques et toniques.

Le GENÉVRIER DE PHÉNICIE iJimipenis phœnicca L.) (Fig. 148j est un arbrisseau touffu ou un arbuste à feuilles, les unes en aiguilles, ne se développant que dans le jeune âge, les autres en écailles très petites, très imbriquées, opposées, formant le feuillage de l'arbre après les premières années. Le fruit globuleux est rouge et luisant à maturité.

CONIFERES

Cette espèce, très répandue sur le littoral et les montagnes du Sud, fournit un bois utilisé comme combustible et un charbon estimé :

Le GENÉVRIER THURIFÈRE [Juniperus thurifera L.) (Fig. 149) est un arbuste ou un petit arbre à branches très

Juniperus phœnicea.

Fig. 148.

Juniperus thurifera.

Fig. 149.

étalées à feuilles aiguës, lâchement imbriquées, étalées à leur partie supérieure. Les fruits sont d'un brun bleu.

Cette espèce est confinée en Algérie dans les montagnes de l'Aurès (Sgag, Médina, Djebel Mahmel), où elles forment souvent des arbres gros et courts.

Le THUYA D'ALGÉRIE (Callitris quadrivalvis Vent, ou Tetraclinis articulata Vahl.) (Fig 150) est un arbuste, ou un arbre à cime pyramidale, s'étalant en parasol chez les sujets âgés. Les rameaux sont articulés et grêles ; les feuilles opposées sont soudées au rameau ; l'extrémité seule est libre et forme une petite écaille triangulaire. La floraison est monoïque sur des rameaux différents. Les chatons mâles sont petits ; les chatons femelles, composés de quatre écailles en croix, se séparant à maturité, donnent un fruit de forme caractéristique.

Callitris quadrivalvis.

Fig. 150.

CONIFERES

Cette essence est surtout abondante dans l'Algérie occidentale. Toutefois elle existe par pieds isolés ou par petits bouquets jusqu'à l'entrée de la Kabylie (Dellys, Palestro) et dans la vallée de l'Oued Sahel jusque vers Maillot, puis disparaît dans le département de Constantine, pour reparaître sous le climat plus chaud de la Tunisie. Contrairement à la grande majorité des Conifères, elle rejette abondamment de souche.

C'est une espèce peu exigeante, à enracinement profond.

Le bois, blanc à l'état d'aubier, brun à l'état parfait, est imprégné de térébenthine, ce qui le rend indestructible et lui communique une odeur caractéristique. Il fournit un chauffage excellent et un charbon de bonne qualité.

Les souches dénudées peuvent former des broussins atteignant un grand volume et fournissant un très beau bois de placage, que les anciens connaissaient sous le nom de « citre ».

Le Thuya d'Algérie fournit une résine dure, blanche appelée sandaraque et utilisée dans la fabrication des vernis.

Le Thuya géant {Thuya gigantea Nuit), originaire de l'Amérique du Nord, est un très bel arbre d'ornement. On cultive plusieurs espèces de ce genre en Algérie et dans le midi delà France.

Le genre Cyprès comprend des arbres à feuilles en forme d'écaillés se recouvrant étroitement ; les cônes sont en boules et s'ouvrent par séparation des écailles implantées comme des clous à large tête.

Le Cyprès toujours vert (C. sempervirens L.) ou Cyprès commun présente deux variétés différant beaucoup par le port et dont on fait quelquefois des espèces distinctes : le Cyprès horizontal, à rameaux étalés, et le Cyprès fastigié ou pyramidal, à rameaux dressés. Le premier était autrefois considéré comme l'arbre mâle et le deuxième comme l'arbre femelle; en réalité, chaque arbre porte des fleurs des deux sexes, mais on conserve encore les noms de Cyprès mâle et Cyprès femelle. Le bois du Cyprès commun, à odeur agréable, était très employé dans l'antiquité et est encore très recherché, La variété pyramidale, souventutilisée comme brise-vent, estaussi très répandue dans les cimetières. Cette circonstance ne doit pas la faire confondre avec le Cyprès funèbre (C. funebris

CONIFERES

Endl.l, arbre de Chine utilisé dans ce pays pour l'ornement des tombeaux.

Le Cyprès funèbre se distingue d'ailleurs facilement du précédent par ses rameaux retombants qui lui ont valu le nom de Cyprès pleureur.

Le Cyprès de Lambert ou Cyprès a gros fruits (C Lambertiana Carr. , ou macrocarpa Hartw.), dont le port rappelle de loin celui d'un jeune Cèdre, est originaire de l'Amérique du Nord ; le bois de cette essence, assez fréquemment plantée en Algérie, est réputé.

Le Cyprès de Portugal (C. lusitanica Mill), appelé aussi Cyprès glauque, est originaire de rinde et a été introduit en Portugal au XYii*^ siècle dans le jardin de l'Abbaye de Bussaco : d'où son nom vulgaire de « Cèdre de Bussaco » ; c'est un arbre à branches pendantes portant de jeunes rameaux d'un vert glauque.

Les Taxinées sont représentées, en Algérie, par une seule espèce :

L'If commun {Taxas baccala L.) (Fig 151) est un arbuste ou un arbre à feuillage sombre ; les feuilles vert foncé en dessus, clair en dessous, sont linéaires et disposées sur deux rangs opposés. La floraison est dioïque ; les chatons mâles sont globuleux et jaunâtres ; les chatons femelles présentent six bractées imbriquées entourant un ovule unique. Le fruit, charnu, d'abord vert, devient rouge à maturité.

Cette essence n'est spontanée en Algérie que sur les hautes montagnes (Atlas de Blida, Djurjura, Babors, Aurès).

Son bois est recherché par l'ébénislerie ; il ne sécrète pas de suc résineux.

L'If convient très bien pour la confection des haies de fantaisie.

Ses organes verts renferment un principe toxique qui peut causer des empoisonnements du bétail. Les fruits ont des propriétés abortives.

Taxus baccata.

Fig. 151.

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