‹ Flore fossile des gîtes de charbon du TonkinChapitre 21 sur 56 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

DESCRIPTION DES ESPÈCES OBSERVÉES

Fougères.

Polypodracées.

Genre SELLIGUEA Bory.

SELLIGUEA sp.

PI. LI, fig. 1 (à droite), 1 a.

Fragment de ronde (ou de penne?) rubanée, large de 26 millimètres, à bords entiers.

Nervure médiane très nette; nervures latérales bien visibles, étalées-dressées, très légèrement infléchies en zigzag, distantes de 2,5 à 3 nullimètres; nervures de second et de troisième ordre anastomosées en un réseau à mailles grossièrement rectangulaires, allongées parallèlement aux nervures latérales et renfermant à leur intérieur des nervilles libres plus où moins visibles.

Les nervures latérales sont, comme on peut le constater sur la figure 1, PI. LI, un peu plus étalées du côté droit que du côté gauche, ce qui pourrait donner à penser qu'on a aflaire là à un fragment de penne, plutôt qu'à un fragment d'une fronde simple, sur laquelle il devrait y avoir, semble-t-il, symétrie parfaite de part et d'autre de la nervure médiane. Mais, outre que le côté gauche de l'échantillon parait avoir été quelque peu froissé et qu'il a pu | avoir un léger relèvement de la moitié gauche du limbe vers le haut, on observe souvent sur des frondes simples des différences semblables, d'un côté à l'autre, dans l'obliquité des nervures; et, normalement, les pennes latérales des frondes pennées n'offrent, à ce point de vue, pas plus de dyssymé-

trie que les fronds; simples. J'ai signalé, d'ailleurs, chez le Glossopteris indica

® P, Zeïller, Bull. Soc. Geol. Fr., 3° sér., XXIW, p.367, pl. XVI, fig. 2; Palæont. indica, New

Ser., I, pt. x, p. 11, pl. I, fig. 4,5.

FLORE DU TONXRIN. 34

IMPRIMERIE NATIONALE

Description de l'échantillon.

Remarques

paléontologiques.

des différences notables dans lobliquité des nervures d’une moitié à l'autre d'une mème fronde, et j'en ai constaté d’analogues sur des Fougères vivantes, notamment sur divers Selliquea à frondes simples. I y a donc tout autant de probabilité pour que l'échantillon de la figure 1 appartienne à une fronde simple qu'à une penne latérale d’une fronde simplement pinnée.

Ces nervures latérales, d’abord presque normales à leur base à la nervure médiane, se relèvent presque immédiatement pour prendre une direction plus oblique, et elles gagnent le bord du limbe en s'infléchissant légèrement en zigzag, ainsi que le montrel a figure grossie 1 4; les intervalles compris entre elles sont eux-mêmes parcourus par des nervures plus fines, assez visibles cependant sur certaines parties de l'échantillon, et dont les unes leur sont à peu près parallèles, les autres à peu près normales :-ces dernières relient généralement lun à l'autre, en s'infléchissant ellesmêmes plus ou moins, deux angles saillants opposés des deux nervures latérales adjacentes, donnant ainsi naissance à de grandes mailles rectangulaires

un peu plus longues que hautes; ces mailles se

subdivisent à leur tour en mailles rectangulaires

Fig. 4. — Selliquea sp. ; Portionde l'échantillon, fig.:;PI.LI, étroites, allongées parallèlement aux nervures laté-

grossioys fois: rales, à l'intérieur desquelles se voient, parfois très nettement, des nervilles hbres, habituellement parallèles aussi aux nervures latérales, et plus où moins renflées en massue à leur extrémité. Les mailles immédiatement contiguës à la nervure médiane diffèrent des suivantes en ce qu'elles sont plus hautes que longues, et à peine subdivisées. Le dessin ci-dessus (fig. 4) reproduit d'ailleurs les détails de cette nervation, trop peu visibles sur la figure 1 à de la Planche LE Cette disposition des nervures se retrouve chez les Polypodium du sousvenre Phymatodes et chez les Selliquea; mais 1 semble que, chez les Phymalodes, les mailles comprises entre 16$ nervures latérales soient généralement plus irrégulières, moins allongées par rapport à leur largeur, polygonales plutôt que rectangulaires, et plus diversement orientées ainsi que les nervilles libres qu'elles renferment. I y à, au contraire, concordance complète avec les Selliquea, chez lesquels on retrouve, tout au moins chez plusieurs espèces, celle même disposition ét cette même forme rectangulaire des mailles, rela-

livement étroites. allongées parallèlement aux nervures et renfermant des

nervilles libres de même direction, ainsi que cette même inflexion en zigzag des nervures latérales.

Je crois donc pouvoir rapporter sans hésitation cet échanüllon au genre Selliquea, qui n'avait pas encore, à ma connaissance du moins, été signalé à l'état fossile, mais qu'il n'est pas surprenant de rencontrer dans les gisements tertiaires du Tonkin, étant donné qu'il est surtout répandu, à l'époque actuelle, dans la région sud-asiatique.

I ne saurait être question de préciser, d'après un échantillon aussi fragmentaire , les rapports de la Fougère dont il provient avec les formes vivantes. Je dois cependant signaler la très grande ressemblance qu'il offre, au point de vue de la nervation, avec diverses espèces auxquelles je lai comparé, savoir : Sell. hemionitidea Presl, Sell. membranacea Presl, Sell. pedunculata Presl, et Sell. Feei Bory, toutes espèces à frondes simples, les trois prenuères à fronde rubanée, comme parait avoir été la Fougère dont l'échantillon fig. 1, PI. LE, nous offre un lambeau, la dernière à fronde plus ovale; 11 ÿ a également une assez grande analogie avec le Sell. tridactylis Fée, qui, lui, a des frondes simplement pinnées, mais dont les mailles sont toutefois un peu moins allongées et moins régulières.

Hne m'a pas paru possible de donner un nom spécifique à un échantillon aussi incomplet, et je me borne à le signaler comme appartenant au genre Selliquea, mais avec l'espoir que des découvertes ultérieures permettront un jour de compléter nos connaissances sur cette intéressante Fougère.

Ce fragment de penne a été trouvé à Yen-Bai, dans des grès micacés pétris de menus débris végétaux.

Marattiacées.

Genre ANGIOPTERIS Horrmaxx.

ANGIOPTERIS (?) sp.

PI. LI, fig. 1 (à gauche).

Fragment de penne rubanée, large de 26 ou 27 millimètres, à bords entiers. Nervure médiane très nette; nervures latérales nettes, étalées ou étaléesdressées, rectilignes, simples ou bifurquées dès leur base, distantes de 0,4

à 0"%,6, comprenant entre elles de fausses nervures au nombre d'une dans chaque intervalle.

Rapports

et différences.

Provenance,

Description

de l'échantillon.

Remarques

paléontologiques.

Bien que cet échantillon soit plus fragmentaire encore que le précédent, il me parait offrir des caractères assez nets pour pouvoir être rapporté, sinon avec une complète certitude, du moins avec une très grande probabilité, au genre vivant Angiopleris. Les nervures latérales, très étalées, un peu plus obliques sur la nervure médiane du côté droit que du côté gauche, se montrent tantôt tout à fait simples, tantôt bifurquées dès leur base : la lame charbonneuse, assez mince, qui représente le limbe, est, 11 est vrai, déchirée le long de la nervure médiane, de telle sorte qu'on ne peut voir la naissance que de quelques rares nervures, absolument simples, mais l'incurvation et le rapprochement deux à deux d'un certain nombre d’autres nervures ne permet pas de douter qu'elles venaient se réunir lune à l'autre à leur imsertion sur la nervure médiane. H y à, en outre, une ou deux nervures bifurquées vers le milieu de leur parcours: ces nervures sont extrèmement serrées, et chacun des intervalles compris entre elles est, en outre, parcouru par une ligne parallele plus fine, parfois mème à peine marquée, identique d'aspect aux «nervures récurrentes » des Angiopleris, caractère qui me parait de nature à légitimer ou du moins à faire considérer comme extrèmement probable lattribution à ce genre; j'ai, d’ailleurs, observé sur des échantillons vivants d’Angiopteris, notamment sur des spécimens de la péninsule malaise, appartenant à l’Ang. evecla Hoffmann, var. cuspidala Blume, des nervures tout aussi serrées que le sont celles du fragment de penne en question; et si l'Angiopteris evecla, avec les diverses formes qui en dépendent et qu'on a souvent élevées au rang d'espèces, offre presque toujours des pennes à bords crénelés, chaque nervure aboutissant à une dent arrondie, très souvent aussi ces dents se replient en dessous, et le bord du limbe semble alors parfaitement entier. C'est apparemment ce qui a lieu sur le fragment de penne de Yen-Baï, où lon voit quelques nervures aboutir à de très légères sallies, qui semblent pouvoir être considérées comme représentant la base de dents en partie rephiées en dessous.

Un tel fragment ne saurait naturellement recevoir un nom spécifique , el

même 1l me parait plus prudent de ne pas affirmer formellement l'attribution

,’ pes

générique, quelque vraisemblable qu'elle me paralsse.

IL me semble intéressant, néanmoins, de noter cet indice, de la présence probable du genre Angiopleris au Tonkin à l'époque tertiaire, comme concordant bien avec la distribution actuelle de ce genre, qui a, comme on sait, son centre d'expansion dans la région sud-asiatique, s'étendant de là jusqu'au

Japon, à Madagascar et en Australie.

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