‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 10 sur 97 · MILLE-FEUILLE · texte numérisé non relu

MILLE-FEUILLE

all

CCXXXVIL

MILLEFEUILLE.

Gr: !. «a. see. paupso@unnor, Dioscorides.

MILLEFOLIUM VULGARE ALBUM; Bauhin, I4va£ , lib. 4 , sect. 3 ; — Tournefort , clas. 14, sect. 3, gen. 8.

etat... si. 1: ACHILLEA MILLEFOLIUM; foliis bipinnatis nudis, laciniis linearibus dentatis, caulibus superne sulcatis. Linné, syngénésie, polygynie superflue ; — Jussieu, clas. ro, ord. 3, famille des corymbifères.

Mains. ste MILLEFOGLIE,

Espagnol. ....... MILENRAMA.

DRE. ee - - © MILFOLHA.

Français... ...... MILLEFEUILLE ; HERBE DES CHARPENTIERS,

"1 T'ANNTI TER SCHAAFGARBE.

Allemand. ....... MILFOIL ; YARROW.

Hollandais. ...... DUIZENBLAD.

Fi, 7 717 RS CREER REPAS ROELLIKE.

LES T CNT ROFLLEKA,

Polonais... ...... TYSIACZNIK ZIELE.

ss: pas ise TUSJATSCHALISTNIK TRAWA,

Hongrois... ...... EZER-LEVELU-FU,

Les découpures fines et nombreuses des feuilles de cette plante lui ont fait donner le nom de millefeuille, et sa prétendue découverte par Achille, celui d’achillea. On peut donc présumer qu’elle est connue depuis très-long-temps , si toutefois il faut rapporter à cette espèce ce que les anciens en ont dit. Elle abonde dans les champs, aux lieux incultes, sur le bord des chemins. Ses corymbes touffus de fleurs blanches, quelquefois d’une teinte rougeûtre ou purpurine, la vigueur de sa végétation , la délicatesse de son feuillage , devraient attirer sur elle une attention qu'on lui refuse pour être trop commune.

Son principal caractère consiste dans des fleurs radiées. Leur calice est composé d’écailles imbriquées, très-serrées, inégales, renfermant, dans le centre, des fleurons hermaphrodites, à cinq divisions, et, à la circonférence, des demi-fleurons courts, femelles, fertiles, peu nombreux , terminés par trois dents; cinq étamines syngénèses ; un Style; deux stigmates; le réceptacle est plane, étroit, garni de paillettes ; les semences dépourvues d’aigrette. — Les tiges

62° livraison, 2.

MILLEFEUILLE.

de cette plante sont dures, peu rameuses, cylindriques, cannelées, un peu velues, hautes d’un à deux pieds , vertes, souvent rougeâtres à leur partie inférieure. — Ses feuilles sont sessiles , alternes, allongées, un peu étroites, d’un vert gracieux, deux fois ailées; les découpures extrêmement nombreuses, courtes, linéaires, très-menues et dentées. — Les fleurs sont disposées au sommet des tiges et des rameaux en corymbes serrés et touffus ; les demi-fleurons peu nombreux, d’un blanc mat, courts, et presque en forme de cœur renversé.

Cette plante exhale une odeur très-faible. Sa tige et ses feuilles offrent une saveur astringente amère , et ses fleurs un goût amer et aromatique. Cette différence paraît tenir à ce que les dernières recèlent une huile volatile d’une odeur fragrante très-pénétrante et d’une saveur chaude, qu’on en retire facilement par la distillation , tandis que les feuilles et la tige sont essentiellement composées d’une résine et d’un principe mucilagineux styptiques et amers. Aussi ces deux qualités se trouvent à un haut degré dans l'extrait aqueux de cette plante. Mais comme l'alcool s'empare d’une grande partie de son arôme, il en résulte que son extrait spiritueux, moins amer que le précédent, exhale une odeur très-pénétrante , analogue à celle du camphre.

Les propriétés , soit physiques, soit chimiques de cette corymbifère, lui assignent naturellement une place parmi les toniques. Elle agit, en effet, en excitant les propriétés vitales des organes, et exerce une influence manifeste sur le système nerveux. Aussi toutes les vertus antispasmodiques , apéritives, emménagogues, vulnéraires, etc., dont elle a été décorée, découlent-elles de cette double manière d'agir.

Ses succès contre les maladies nerveuses sont particulièrement attestés par Stahl et autres auteurs qui en ont fait usage dans Phypocondrie, l’hystérie et l’épilepsie. Elle à été également préconisée contre, les hémorrhagies , et surtout contre les hémorrhoïdes , la ménorrhagie et l’hémoptysie : on a même prétendu qu’elle avait été administrée avec avantage dans la phthisie pulmonaire. Chomel ne balance pas à la signaler comme d’une grande utilité contre les suppurations internes des viscères. Si l’on en croit F. Hoffmann, son usage long-temps continué aurait fait cesser des douleurs produites

MILLEFEUILLE.

par la présence d’un calcul, et les Norwégiens, au rapport de Gruter, en font un fréquent usage dans les rhumatismes. On a surtout prodigué de pompeux éloges à cette plante contre la leucorrhée, la cardialgie et les coliques qui suivent l’accouchement, tandis que certains auteurs ont préconisé ses succès contre la suppression des lochies et celle des règles. Des assertions aussi vagues et aussi contradictoires ne peuvent qu’inspirer du dégoût et de la méfiance à un esprit judicieux ; mais si l’on compare le mode d'action de cette plante avec la nature des maladies contre lesquelles elle a été le plus préconisée, il faudra convenir que tout ce que l’on trouve à son égard dans la plupart des livres de matière médicale, ne peut que conduire à des pratiques funestes.

La millefeuille est manifestement tonique; sous ce rapport, elle pourrait être quelquefois utile dans le traitement de certaines affections nerveuses accompagnées de l’inertie de l’estomac et de l'intestin, ou d'une débilité générale, comme cela a lieu ordinairement, dans Fhypocondrie et autres névroses, chez des sujets lymphatiques, soumis à un mauvais régime et à une vie sédentaire. On peut aussi s'en servir avec avantage pour exciter l'écoulement des règles ou celui des lochies , lorsque leur suppression est due à l’inertie de l'utérus. Il est bien plus rare que, dans des circonstances analogues, on puisse l’administrer avec succès contre les hémorrhagies passives. Toutefois, si ces hémorrhagies étaient excessivement abondantes, exemptes d'irritation, et accompagnées de débilité, on sent qu’à l'exemple des autres amers, la millefeuille pourrait être employée avec avantage. Mais qu’on vante son efficacité contre les névroses en général, contre les hémorrhagies actives, contre la phthisie pulmonaire, dans les calculs, et dans l’hystérie qui est accompagnée d’un excès de forces, ou d’une irritabilité excessive de l’utérus, c’est une erreur contre laquelle on ne saurait trop s'élever , puisque, dans de semblables circonstances , cette plante, comme tous les excitans, ne pourrait qu’agoraver la maladie, et y ajouter des accidens plus ou moins funestes.

La millefeuille, depuis une haute antiquité, jouit surtout d’une grande réputation comme vulnéraire De nos jours; les rustiques habitans des campagnes aggravent et retardent, pour l'ordinaire, la guérison de leurs plaies, en y appliquant cette plante pilée; et comme, grâce aux cfforts salutaires de la nature, ils guérissent

MILLEFEUILLE.

malgré cette application intempestive, ils regardent la millefeuille comme un spécifique puissant.

Pour l’usage intérieur, on emploie de préférence les sommités de la millefeuille, et on les donne ordinairement en infusion théiforme , à la dose de cent vingt-huit grammes (quatre onces). L’essence de cette corymbifère est employée de cinquante à soixantes gouttes ; mais elle ne mérite aucune préférence sur l’infusion. Son eau distillée est d’un usage plus fréquent, et fait souvent partie de diverses préparations pharmaceutiques. Son huile volatile ne s'emploie qu’à la dose de quelques gouttes. On en faisait jadis un sirop qui a joui de beaucoup de vogue, mais qui peut, sans inconvénient, être éliminé pour toujours de la matière médicale.

L’achillea naxa et Vachillea atrata , remarquables par la délicieuse odeur aromatique qu'elles exhalent, ont des propriétés analogues à celles de la millefeuille. Elles sont surtout remarquables en ce que les Suisses en retirent leur gezipr. Ce genipi, peu connu et peu usité hors de l’'Helvétie, n’est pas encore introduit dans la matière médicale. Les habitans des Alpes Helvétiques, au rapport de Peyrilhe, l’emploient en infusion théiforme , comme sudorifique, dans la pleurésie; ils le regardent même comme une panacée contre les maladies inflammatoires et autres de la poitrine. Toutefois, Vicat, Tissot et Peyrilhe pensent judicieusement que le genipt étant échauffant, peut nuire aux pleurétiques qui ont beaucoup de fièvre; et tout médecin éclairé sera de cet avis.

LANGE (c.-3.), Dissertatio de millefolio; in-4°. Altdorfi, 1714. HENNINGER (s.-s.). Dissertatio de millefolio ; in-4°. Argentorati, 1718. HOFFMANN (rridericus), Dissertatio de millefolio ; in-4°. Halæ, 1710.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est de grandeur naturelle.) — x. Fleur entiere grossie. — 2. Fleuron femelle, de la circonférence. — 3. Fleuron hermaphrodite, du centre. — 4. Fruit. ê

Turpin- 72; ‘ Lambert féulp ,

MILLE PERTUIS

all.

CCXXXVIIT.

MILLEPERTUIS

Gremiiuio "its 24e . umspixoy, Dioscorides.

HYPERICUM VULGARE ; Bauhin, IHuvæf, lib. 7, sect. 5; — Tournefort, clas. 6 , sect. 4, gen. 1.

Lalin........... HYPERICUM PERFORATUM , floribus trigynis, caule ancipiti, foliis obtu-

| sis pellucido-punctatis ; Linné, polyadelphie polyandrie ; — Jussieu, clas. 13, ord. 8, famille des millepertuis.

Page 1