‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 75 sur 97 · LT EN OR R L PEPPAR · texte numérisé non relu

LT EN OR R L PEPPAR

Polonais. ........ PIEPRZ.

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Malabar. . ....... MALAGOCODI.

LE poivre, cet aromate d’un usage fort ancien et si généralement répandu, est le fruit d’un arbrisseau des Indes Orientales, qui appartient à un genre de plantes très-nombreux en espèces, caractérisé par des fleurs réunies en un chaton filiforme, privées de calice et de corolle. Chaquefleur est munie de deux étamines situées à la base de l'ovaire ; les anthères sont opposées , presque sessiles ; lovaire supérieur ; le style à peine sensible; trois stigmates sétacés. Le fruit consiste en une baie charnue, arrondie, à une seule loge , renfermant une semence globuleuse : Pembryon placé dans la partie supérieure du périsperme.

Cet arbrisseau a des racines fibreuses et noirâtres. Les tiges sont lisses, spongieuses, articulées, dichotomes, rampantes lorsqu’elles ne trouvent point d'appui, grimpantes lorsqu'elles rencontrent d’autres plantes dans leur voisinage. — Les feuilles sont alternes , médiocrement pétiolées , épaisses, glabres , ovales, un peu allongées , acuminées, traversées dans leur longueur par cinq nervures. — Les

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fleurs sont disposées en épis simples, terminaux ou opposés aux feuilles ; les fleurs, qui occupent la moitié inférieure des épis , sont ordinairement stériles, ce qui a fait soupconner qu’elles étaient monoiques. — Les fruits sont petits, globuleux, d’abord verdâtres, puis rouges; ils deviennent noirs en müûrissant. Ils portent le nom de poivre notr, tant qu’ils ne sont pas dépouillés de leur écorce. On la leur enlève en les faisant macérer dans l’eau de la mer. L’écorce se gonfle et crève; on en retire facilement la semence , qui est blanche, d une saveur plus douce que lorsqu’elle est revêtue de son écorce : c’est alors le poivre blanc.

Quoique les racines, les rameaux, et presque toutes les parties de ce végétal exotique soient âcres et stimulantes, on ne fait usage que de ses fruits. Desséchés par l’action du soleil, et tels qu’on les trouve dans le commerce sous le nom de poivre notr, ce sont de petites baies sphériques , rugueuses, d’une couleur noire ou brune à l’extérieur, et blanche intérieurement. Leur odeur est piquante et aromatique; leur saveur chaude, âcre et piquante, laisse pendant long-temps, quand on les mâche, un sentiment de chaleur brûlante dans l’intérieur de la bouche et du pharynx. Le poivre blanc est le même fruit dépouillé de son écorce brune. Pour l'obtenir ainsi, on fait macérer ces grains dans l’eau : lorsque leur enveloppe extérieure est suffisamment gonflée par la macération, on les fait sécher au soleil. Alors la cuticule brune se brise, tombe en lambeaux et laisse à nu la substance blanche du fruit. Cette préparation, on le sent très-bien, prive le poivre d’une grande partie de ses principes solubles, et lui enlève par conséquent une partie de son arôme et de ses propriétés ; ce qui fait que le poivre blanc est beaucoup moins estimé que le noir. On retire de ce dernier une petite quantité d’huile volatile très-odovante, mais moins âcre que le poivre lui-même; un peu d'huile grasse; un extrait résineux et un extrait aqueux. Ce dernier est plus abondant que l’autre; mais tous deux présentent les qualités chaudés et âcres du poivre lui-même , dont l'analyse toutefois aurait besoin d’être faite avec toutes les ressources actuelles de la chimie.

L’excitation vive et durable que ce fruit exerce sur l'organe du soût quand on le mâche, et sur l’estomac lorsqu'on l’ingère, le place à juste titre parmi les: cmd toniques et subis les plus énergiques , et justifie pleinement les propriétés échauffantes , sto-

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machiques, diurétiques, aphrodisiaques, résolutives et détersives qui lui ont été accordées. Il faut remarquer néanmoins que ces différentes manières d'agir du poivre, résultent immédiatement de son action tonique, dont elles sont la conséquence nécessaire, et qu’elles n'ont, par conséquent, point lieu dans les cas où les toniques sont contre-indiqués, c’est-à-dire, lorsque les organes sont dans un état d'irritation ou de phlogose. Ainsi, si le poivre peut exciter l'appétit et favoriser la digestion , c’est lorsque l'estomac est exempt d’inflammation et d'irritation, et qu'il a besoin d’être stimulé. S'il peut, dans quelques cas, provoquer la sécrétion des urines, ou activer la résolution d’un engorgement froid et indolent, ce ne peut être que chez des sujets flasques et décolorés, d’une sensibilité obtuse, et dont les solides vivans ont besoin de stimulans pour remplir convenablement leurs fonctions. Däns des circonstances opposées, ce fruit ne serait ni stomachique, ni diurétique, ni apéritif, et ne ferait qu'augmenter le désordre de nos fonctions au lieu de les rétablir. C’est toujours d’après une semblable distinction qu’il faut apprécier les succès qu’on lui attribue, soit dans le traitement des maladies, soit dans la diététique.

Ses bons effets dans l’atonie de l'estomac et dans les affections qui en dépendent, telles que l’anoréxie, les flatuosités, les vertiges, certaines hémicranies, ont été signalés par Hippocrate, Galien, Hoffmann, Rosenstein et beaucoup d’autres. Galien lui attribue même , contre les vers intestinaux , une efficacité qui me paraît trèsconforme à la nature de ce médicament. Divers auteurs se louent : de son usage dans la goutte atonique et dans les catarrhes chroniques, surtout chez les sujets pituiteux et avancés en âge. Les effets aphrodisiaques que Dioscorides, Heister et autres observateurs en racontent, paraissent très en rapport avec ses propriétés stimulantes. Dioscorides , Celse, Ettmuller, Rivière, Thomas Bartholin, lui reconnaissent un grand avantage contre les fièvres intermittentes, et plusieurs observateurs attestent , qu’administré avant le frisson , il a souvent arrêté définitivement les accès. À ces témoignages en faveur de la prétendue propriété fébrifuge du poivre, il faut opposer cependant les observations de Van Swiéten, Wendt, Lange, Murray, qui ont vu la fièvre ardente, le délire, des inflammations aiguës et autres accidens graves , être le résultat de l’administration intem-

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pestive de ce stimulant, dans les fièvres d'accès, et conclure que si le poivre a pu être quelquefois utile pour arrêter des fièvres intermittentes accompagnées de l'inertie et de l’atonie de l’appareïl digestif, il est, comme tous les stimulans , souverainement nuisible, et quelquefois même très-dangereux, dans la plupart de ces maladies ordinairement produites et entretenues par lirritation des premières voies.

Comme iopique, on applique quelquefois le poivre, en poudre, sur la luette, pour dissiper l’engorgement atonique et le relächement sans douleur dont elle est souvent le siège. On l’introduit aussi avec succès dans les dents cariées, pour calmer l’odontalgie. On s'en sert encore comme sternutatoire, pour provoquer de violens éternumens et pour irriter la membrane pituitaire. Dans quelques cas, on l’applique sur la peau, sous forme de pâte, comme rubéfiant. Les Indiens en composent, dit-on, divers linimens irritans dont ils font un grand usage contre les douleurs rhumatismales ; et parmi nous il est quelquefois employé en aspersion, sous forme pulvérulente, pour exterminer les poux.

Le poivre est administré intérieurement en substance, depuis vingt-cinq centigrammes jusqu'à quinze décigrammes (cinq à vingtcinq grains), et en infusion dans le vin, ou en décoction dans l’eau, d’un à quatre grammes (à peu près un scrupule à un gros). Son huile essentielle se donne de deux à huit gouttes. Le poivre noir entre dans la composition de la thériaque d’Andromaque et. dans l’électuaire des baies de laurier. Le poivre blanc fait partie du mithridate, du diaphænic, de la sacrée-amère de coloquinte, et autres monstrueuses productions de la polypharmacie galénique, que les progrès des sciences médicales vont bientôt condamner à être ensevelies pour jamais dans la poussière des officines.

De tous les aromates dont les peuples modernes ont contracté, l'habitude , et pour lesquels, dans tous les siècles et sous toutes les latitudes, les hommes ont eu un penchant invincible , il n’en est pas de plus répandu, ni de plus universellement en usage que le poivre. Les anciens Grecs et Romains l’employaient déjà comme condiment. De nos jours, on en fait une consommation prodigieuse pour l’assaisonnement des alimens, dans les quatre parties du monde. Mais les peuples qui paraissent en faire le plus grand usage, ou

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mieux le plus grand abus, sont les Asiatiques et les Indiens, dont l'estomac profondément affaibli par l’excessive transpiration que produit la chaleur habituelle du climat, par humidité, et peut-être aussi par l’usage exclusif d’une nourriture végétale et plus ou moins aqueuse , les porte à user avec fureur des stimulans les plus énergiques. L'usage modéré du poivre, associé aux alimens, est sans doute un puissant moyen d'augmenter l’action languissante de appareil digestif, surtout dans les saisons et dans les contrées humides, chez les sujets lymphatiques, froids, lents et apathiques, où qui sont avancés en âge, chez ceux qui sont chargés de graisse et livrés à l’inaction et aux effets débilitans d’une vie sédentaire; mais il ne convient point, en général, aux jeunes gens, aux tempéramens bilieux et nerveux, aux individus secs et ardens, et à ceux qui sont sujets aux affections gastriques, aux hémorrhagies, aux dartres , ou qui ont une disposition imminente à la phthisie. Toutes ces personnes doivent s’en abstenir ou en user très-modérément.

On prétend que les poules aiment beaucoup le poivre, et qu'il les excite à pondre. On a cru aussi que, donné aux cochons , dans les débris des cuisines dont on les nourrit, il leur occasionait la ladrerie; mais aucune observation précise ne justifie cette accusation. Objet presque exclusif de la culture à Malacca , Java , Bornéo, et surtout à Sumatra, il fait la richesse de ces îles, et une des grandes sources du revenu des Hollandais, qui en ont le commerce exclusif. La cupidité commerciale a trouvé moyen de sophistiquer le poivre , comme la plupart des substances qui nous servent de médicament ou d’aliment. M. Desvaux a reconnu qu’on vend chez les épiciers un poivre artificiel, dont il paraït qu'il y a des fabriques en Provence, et dont les grains, fort ressemblans à ceux du fruit, sont composés d’une pâte faite avec la farine de seigle et le piment de Provence, enveloppés de poudre de moutarde.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est réduite à la moitié de sa grandeur naturelle.) — 1. Tronçon d’un épi de fleurs. — 2. Fruit entier de grosseur naturelle. — 3. Fruit

coupé en travers. — 4%. Fruit coupé dans sa longueur, pour faire voir que l’embryon est logé dans la partie supérieyre de l’albumen.

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