XX VIT
ANGÉLIQUE
ANGELICA SATIVA ; Bauhin, IivaË, lib. 4, sect. 5. IMPERATORIA SATIVA ; Tournefort , clas. 7, ombellifères.
FE CT AR ANGELICA ARCHANGELICA , foliorum impari lobato ; Linné , clas. 5, pentandrie digynie ; — Jussieu , clas. 12, ord. 2, ombellifères.
Talents CE. RE. ANGELICA.
Espagnol... ...... ANGELICA.
PRATCALS RENE ANGÉLIQUE; ANGÉLIQUE DES JARDINS, Lamarck,
PANAUIS 0 ele cle ess ANGELICA ; COMMON GARDEN ANGETICA, Miller.
AUemand: 2% r.r ANGELIKA ; ANGELIK ; ENGELWURZ.
Hollandais nr. ANGELIKA ; ENGELWORTEL.
CETTE plante croît en Laponie, en Norwège, en Suisse, en Autriche, en Silésie, dans le comté de Birmingham en Angleterre, sur les Pyrénées et sur les Alpes, et le long des fleuves qui avoisinent ces montagnes.
La racine est grosse, brune à l’extérieur, blanche intérieurement, fusiforme, et garnie de quelques fibres. — La tige est épaisse, creuse, cylindrique, rameuse, rougeâtre dans la majeure portion de son étendue. — Les feuilles sont grandes, allernes, deux fois ailées, composées de folioles ovales, dentées en scie, et souvent lobées, surtout la terminale ; leurs pétioles embrassent la tige par une graine très-large, membraneuse et utriculée. — Les fleurs, disposées en ombelles doubles au sommet de la tige, sont d’une couleur jauneverdâtre, s'épanouissent vers le milieu de l’été, et passent très-rapidement. Chacune d’elles présente une corolle régulière, rosacée, formée de cinq pétales entiers lancéolés, légèrement recourbés à leur sommet; cinq étamines libres, plus longues que les pétales; un ovaire inférieur, chargé de deux styles ouverts, ou réfléchis en dehors. — Le fruit est oblong, anguleux , solide, divisé en deux graines nues, appliquées l’une contre l’autre, aplaties d’un côté et entourées d'un rebord; convexes de l’autre et marquées de trois stries.
L’angélique intéresse par la beauté de son port, par l’odeur suave
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qu'elle exbale, par Putilité qu'on en retireZ. Aussi la cultive-t-on dans nos jardins. Elle aime les lieux froids et humides , tels que les bords des fossés, des étangs. En senfant avec beaucoup de précaution ses graines délicates, aussitôt qu’elles sont müres, on obtient de belles tiges qui s'élèvent à plus de six pieds de hauteur , et que l’on coupe au mois de mai, si l’on veut faire durer pendant trois et même quatre années les racines de cette plante ordinairement bisannuelle.
C’est principalement en Laponie, en Islande, en Norwège, que l’angélique jouit de toutes ses vertus. Les habitans de ces contrées boréales la regardent comme une des productions les plus importantes de leur sol, emploient à une foule d’usages, et donnent différens noms à ses diverses parties. Les jeunes tiges récentes fournissent à ces peuples un aliment agréable, et, lorsqu'elles sont plus avancées, ils les font dessécher, les coupent par tranches minces, et s’en servent à titre d’aliment, d’assaisonnement et de remède, cuites dans le lait ou dans le bouillon. Nos confiseurs préparent , avec les tiges encore tendres de l’angélique, des sucreries qui flattent également le goût et l’odorai.
Les bestiaux recherchent avidement cette plante; elle augmente beaucoup la fétidité du bouc, et il est facile de distinguer le lait des vaches qui s’en nourrissent. Les plus habiles vétérinaires, tels que Bourgelat, Vitet, Huzard, assignent à l’angélique une place éminente dans leurs pharmacologies.
Les Lapons préparent avecles boutons des fleurs de cette plante, bouillis dans le petit-lait de renne, un extrait stomachique et astrinsent.
On fait avec les semences d’angélique une teinture, un baume; ou en extrait une huile. |
Cependant les qualités physiques sont infiniment plus développées, el par suite les propriétés médicinales bien plus prononcées dans la racine que dans tout le reste de la plante. L’arôme qu’elle répand se rapproche de celui du musc. Elle imprime sur la langue une sa-
: Elle doit a ces précieux avaniages le titre flatteur d'angélique, et celui non moins brillant de racine du Saint-Esprit, sous lequel on la désigne quelquefois.
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veur comme balsamique, suivie d’une amertume qui n’est point désaoréable. Le suc jaunâtre gommo-résineux dont elle est pénétrée s’en écoule à l’aide d'incisions faites au commencement du printemps. Cette racine, dont les Norwégiens font du pain, offre aux médecins les plus grandes ressources pour ranimer le principe de la vie et réveiller les organes de la digestion ; elle est indiquée, selon le docteur Gilibert, dans toutes les maladies aiguës ou chroniques qui exigent des cordiaux, des fortifians : telles sont les fièvres intermittentes et hémitritées, l’anorexie, la paralysie, la chlorose, l’aménorrhée.
J'ai fréquemment prescrit la racine d’angélique pulvérisée, à la dose d’un, deux et trois grammes, dans les cachexies, les dyspepsies, les affections muqueuses et catarrhales. Je pense avec Costeo qu'elle peut être substituée au costus d'Arabie, et, avec le professeur Hildenbrand, qu’elle peut suppléer dans plusieurs cas la racine de serpentaire de Virginie, et celle de contrayerva. Jai constaté les bons effets d’une excellente boisson que je prépare en versant un litre d’eau bouillante sur trente grammes de racine d’angélique coupée en tranches minces, et ajoutant à l’infusion quatre centilitres d’eau-de-vie, un hectogramme de sirop de vinaigre, et quelques gouttes d'huile volatile de citron.
Indépendamment des produits divers que fournit l’angélique, elle entre dans un grand nombre de compositions pharmaceutiques , telles que l’eau thériacale, l’eau de mélisse des Carmes, l’esprit carminatif de Sylvius, le baume du commandeur, la thériaque céleste, l’'emplâtre diabotanum , etc.
L’angélique sauvage, ou angélique des prés, angelica sikvestris , L., se rapproche singulièrement de la précédente par le port et par les autres caractères botaniques ; mais elle est loin de posséder au même degré les propriétés alimentaires et médicamenteuses. On l’'administre souvent en Suède pour combattre les affections hystériques, et quelques praticiens assurent lavoir prescrite avec succès contre lépilepsie. On se sert en outre de sa graine pulvérisée pour détruire les poux. La culture de cette plante, dit Willich, devrait être encouragée. Les tanneurs et les mégissiers lui ont reconnu des propriétés analogues à celles de l'écorce de chêne; les abeilles puisent dans ses fleurs un miel balsamique; Dambourney prépare, avec les
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feuilles, une teinture qui imprègne les étoffes de laine d’une belle couleur d’or ; on ajoute la solution de bismuth à titre de mordant.
EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est réduite au cinquième de sa grandeur naturelle.) — x. Feuille entière. — 2. Fleur entière grossie. — 3. Fruit entier de grandeur naturelle. Le fruit des ombellifères est composé de deux péricarpes accolés. — 4. Partie détachée du même. — 5. Coupe horizontale de cette même partie. — 6. Racine réduite.
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Espagnol,. : 1. 4: ANGOSTURA ; ANGUSTURA, FIRE SEE Le ANGUSTURE ; CUSPARÉ, PAROISSE NES ete ANGUSTURA.
Allemand... ...... anGusrunra.
Hollandais MNT ANGUSTURA.
Deux médecins de l’île de la Trinité, Ewer et Williams, firent connaître les premiers, en 1788, l'écorce d’angusture; mais ils ne désignèrent point avec exactitude l'arbre qui la fournit. Qüelquesuns la rapportèrent à une espèce du genre brucea; mais le plus grand nombre des naturalistes crut que cette écorce appartenait à une Magnolia , et spécialement à la magnolie glauque. Les illustres voyageurs de Humboldt et Bonpland ont prouvé que ces deux opinions étaient également erronées. C’est au mois de juin 1800, que, pendant leur séjour à Saint-Thomas de la nouvelle Guyanne, ils ont examiné avec soin l’arbre qui produit l'écorce d’angustura. Cet arbre, que les indigènes appellent cusparé, semble appartenir, selon M. de Humboldt, à ces groupes de plantes précieuses auxquelles la vature n’a assigné qu’une très-petite étendue de terrain. On le trouve principalement au sud du bas Orénoque, dans les missions. de Carony, habitées par des Indiens Caraïbes, à vingt-huit lieues à l’est de la ville de Saint-Thomas de la nouvelle Guyanne, appelée vulgairement sur les côtes de la Terre-Ferme le Détroit ou la Ængostura, parce que l’Orénoque se rétrécit considérablement vers cet endroit. Il est commun dans les belles forêts. qui entourent la. ville de Upatu, l’Alta-Gracia et Copapui ; on le rencontre aussi parmi les plantes du golfe de Santa-Fé, entre Cumana et la nouvelle Barcelone.
Le cusparé forme un genre nouveau, consacré par le professeur Willdenow à M. Aimé Bonpland. Cet. arbre, toujours vert, d’un port élégant et majestueux, s'élève, dit de Humboldt, à la hauteur
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de soixante à quatre-vingt pieds. Le tronc est droit, cylindrique, divisé à son sommet en un grand nombre de rameaux alternes. L’écorce, d’une couleur grisâtre, n’a que deux à trois lignes d’épaisseur ; elle est quelquefois gercée. Le bois, d’un jaune clair, a de très-grands rapports avec le buis par sa couleur, et par le poli qu’il est susceptible de recevoir. Toutes les jeunes branches sont revêtues d’une écorce lisse, d’une belle couleur verte, et couvertes de petits tubercules grisätres. — Les feuilles sont alternes, longues d’un à deux pieds, composées de trois folioles supportées par un pétiole commun, cylindrique, long de dix à douze pouces, offrant, comme les jeunes rameaux, de petits tubercules grisâtres : les folioles sont oblongues, aiguës à l’une et à l’autre extrémité, membraneuses, parsemées de points glanduleux, comme les feuilles de millepertuis; la foliole du milieu est plus longue d’un sixième que les deux latérales. — Les fleurs sont blanchâtres, disposées en grappe terminale longue de quatorze à dix-huit pouces, supportée par un pédoncule de même longueur à peu près que les pétioles : chaque fleur présente un calice infère, campaniforme, persistant, divisé à son limbe en cinq dents égales, couvert extérieurement d’un duvet tomenteux; une corolle en forme de tube, composée de cinq pétales si exactement unis dans leurs deux tiers inférieurs, qu'ils semblent n’en faire qu'un lorsqu'on les observe sur une fleur récemment cueillie ; cinq étamines, un peu plus courtes que les pétales auxquels elles sont attachées ; un pistil formé de cinq ovaires supères, distincts, du centre desquels s’élève un seul style terminé par cinq stigmates charnus, verts, réunis en un seul corps. — Le fruit est composé de cinq capsules ovales, bivalves, dont chacune renferme une graime. — D’après cette description, puisée dans l'ouvrage du célèbre naturaliste Humboildt, la bonplandia vient se ranger dans la cinquième classe de Linné (pentandrie monogynie), et dans l’ordre 15 de la classe 13 de Jussieu (magnoliers). — Les feuilles du cusparé sont d’un beau vert; elles exhalent une odeur aromatique irès-agréable. La dureté du bois et la finesse de son grain le rendent propre aux ouvrages de charpente et de menuiserie. Mais c'est à son écorce, généralement connue sous le nom d’angusture, que le cusparé doit presque toute sa renommée. Cette écorce nous est apportée en fragmens un peu convexes , ayant communément plus de largeur et plus
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d'épaisseur que celle du quinquina. L’épiderme qui la recouvre, dit le docteur Alibert, est blanchâtre, inégal, parsemé d’aspérités : la substance recouverte par cet épiderme est d’un brun fauve et d’une texture dense et ferme; réduite en poudre , elle a un aspect trèsjaune. La saveur de l’angusture est très-amère; son odeur est un peu nauséabonde quand l'écorce n’a pas vieilli.
M. Planche, pharmacien de Paris, a signalé deux autres espèces d'écorce qui sont débitées dans le commerce sous le nom d’angus- Lure, et qui proviennent d'arbres inconnus jusqu’à présent. L’une doit à sa couleur le titre de ferrugineuse ou fausse : ; elle est d’une amertume si prononcée, qu’on ne peut la goûter sans éprouver des nausées. L'autre? diffère de la véritable angusture par la couleur intérieure de l'écorce qui tire sur le rouge, par son amertume peu sensible, et par la teinte particulière de sa poudre, qui présente une analogie très-marquée avec celle du quinquina gris.
Le professeur Vauquelin a trouvé qu’elle ne précipite pas la gélatine, mais bien le tartrate de potasse antimonié, le fer, le cuivre, le plomb, et linfusion de tan. M. Planche a déterminé l’action diverse des réactifs chimiques sur les deux sortes de fausse angusture.
Les propriétés médicinales de l’angusture ont été singulièrement exaltées par les docteurs anglais qui l’ont introduite en Europe. Ils ne se sont pas bornés à la comparer au quinquina; ils l’ont mise au dessus de ce remède héroïque, sous prétexte qu’elle produit plus sûrement le même effet , administrée à moindres doses. S'il faut les en croire, l’angusture est un puissant tonique, un antiseptique assuré, un fébrifuge infaillible. Chisholm et Seamen lui donnent la préférence sur l'écorce du Pérou dans le traitement de la fièvre jaune. C’est au moyen de l’angusture que Jean Wilkinson parvint à se délivrer d’une fièvre tierce fort rebelle, et vainement combattue par le quinquina. On ajoute que la diarrhée chronique et la dysenterie adynamique résistent bien rarement à l'emploi judicieux de l'angusture, qui se donne tantôt en substance à la dose de douze à vingt grains, plusieurs fois par jour, tantôt en infusion ou en décoction, tantôt sous forme de teinture vineuse ou alcoolique. Humboldt
‘ Les droguistes l’appellent argusture fine.
* Angusture plate ou commune, des officines.
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nous apprend que les religieux capucins catalans qui gouvernent les missions de Carony préparent avec beaucoup de soin lextrait d’angusture, qu'ils distribuent aux couvens de la Catalogne.
Au milieu de ce concert de louanges, deux médecins exempts d'enthousiasme soumirent à un examen impartial Fécorce si fastueusement vantée. Le docteur Gemello Villa, à Lodi, n’a retiré aucun succès de l'emploi de l’angusture dans le traitement des fièvres intermittentes , de la diarrhée, du scorbut, tandis que ces affections diverses ont été promptement guéries par les remèdes ordinaires. Le savant Alibert n’a pas été plus heureux. Voici la manière dont il s'exprime : « J'ai administré l’angusture en substance à plusieurs fébricitans, et les effets que j'ai obtenus n'ont répondu ni à la renommée de cette écorce, ni à mon attente particulière. Je la donnais à la dose de huit décigrammes de trois en trois heures dans l’apyrexie. »
C'est par de nouvelles tentatives, faites avec la même candeur, que l’on parviendra à dissiper les doutes qui règnent encore sur les propriétés de l’angusture, et à lui assigner sa véritable place dans la matière médicale.
MEYER (F.-A.-A. ), De cortice angusturæ, Diss. med. therap. inaug., in-8°. Goftingæ, 13.decemb., 17090.
L'auteur a traduit en 1793 (in-8°. Goftingue) sa Thèse en br et l’a enrichie de nouvelles Observations et de bonnes Notices bibliographiques. | FILTER (rrançois-rrnest), De cortice angusturæ, ejusque usu medico, Diss. inaug., in-4°. lenæ, 18 febr., 1791. — Traduit en allemand en 1793 (in-8°. Leipsic), avec la Dissertation de C.-C.-G. Amelung, sur le mercure soluble de Hahémann. saupr (christophe-rhéophile), De corticis angusturæ charactere botanico, Diss. inaug. , præs. Petr. Emmanuel Hartmann, in-4°. Francoforti ad Viadrum, 24 septembr. 1795. sRANDE (auguste-evrard), Experiments and observations on the angustura bark ; c'està-dire Expériences et observations sur l'écorce d’angusture ; in-8°. Londres, 1791. La seconde édition est de 1793.
BoRNITZ (rrédéric-auguste), De corticis angusturæ patrid, principiis, usuque medico, Diss. inaug., præs. Bernard. Christian. Otto ; in-8°. Trajecti ad Viardum , 12 januar. 1804.
EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La plante est réduite au tiers de sa grandeur na-
turelle.) — 1. Calice et pistil. — 2. Corolle ouverte , dans laquelle on apercoïit cinq étamines, dont trois avortées. — 3. EÉtamine fertile, grossie. — 4. Pistil dont les ovaires sont entourés d’un anneau denté en son bord. — 5. Ovaires après la fécondation. — 6. Les mêmes dont on
a enlevé l’anneau.
Lip P. Larbert Zenelr